4 principes pour mieux choisir son livre pour enfants

4 principes pour mieux choisir son livre pour enfants

Je travaille beaucoup avec la clientèle d'âge scolaire (est-ce que j'ai besoin de le redire hi hi?). Avec l'expérience, j'ai pu observer que l'apprentissage de la lecture et de l'écriture n'est jamais une tâche facile lorsqu'on a des difficultés sur le plan langagier, et ce, que mes clients aient ou non un retard de l'acquisition de la lecture ou une dyslexie/dysorthographie. En effet, qu'il ait des difficultés spécifiques au langage écrit ou non, l'enfant présentant un retard ou un trouble de langage éprouve forcément plus de difficultés dans l'apprentissage de la lecture. Dans certains cas, cela n'a pas d'impact majeur sur le cursus scolaire, car l'enfant peut compenser autrement, mais dans d'autres cas, cela peut engendrer différentes conséquences et affecter l'estime de l'enfant en plus de son intérêt et de sa motivation à apprendre. Dernièrement, j'ai reçu un message d'une maman dont je suis la fille qui semblait découragée par les difficultés de lecture de sa fille. Elle me demandait des conseils et se demandait ce qu'elle faisait de « pas correct » pour que sa fille ne comprenne pas les mots qu'elle lit et ne se rappelle pas de ce qu'elle a lu... Ça m'a fait réfléchir beaucoup et j'ai décidé d'écrire ce petit billet pour faire le point sur l'apprentissage de la lecture chez les enfants dits « normo-lecteurs* », mais surtout chez les enfants avec des difficultés d'apprentissage et de langage. Voici quelques principes que je vous invite à garder en tête lorsque viendra le temps d'accompagner votre enfant dans ses périodes de lecture ou encore lorsque viendra le temps d'acheter un livre à lui offrir.  

 

PRINCIPE 1 : PLUS ON LIT, MEILLEUR LECTEUR ON DEVIENT 

Plusieurs études montrent qu'un individu qui est meilleur en lecture sera davantage porté à lire. Hors, ces mêmes études (et d'autres) font état du fait que, plus on lit et plus on s'améliore en lecture. Ainsi, vous comprendrez donc qu'une personne qui, à la base, a de bonnes habiletés en lecture a plus de chance d'aimer lire et donc de lire beaucoup et donc de devenir encore meilleur en lecture (autrement dit : bon lecteur = aime lire = lit beaucoup = encore meilleur lecteur). Inversement, une personne qui présente, dès le début de l'apprentissage de la lecture, des difficultés risque de trouver que la lecture est une activité peu palpitante et quand on n'aime pas quelque chose, ben on ne le fait pas vraiment. Par conséquent, les chances qu'un enfant avec des difficultés de lecture devienne un meilleur lecteur sont plus faibles (autrement dit : lecteur faible = n'aime pas vraiment lire = lit peu = ne s'améliore pas vraiment en lecture). C'est souvent le cas des enfants qui présentent des difficultés langagières et/ou un trouble d'apprentissage. Ces enfants sont d'emblée plus faibles sur le plan des habiletés de lecture donc lire est plus difficile pour eux. Et parce que c'est difficile pour eux de lire, cela leur demande beaucoup plus d'énergie et de concentration pour lire le même texte qu'un enfant de leur classe n'ayant pas de difficulté. Conséquemment, la lecture devient une tâche très difficile et fatigante donc peu intéressante pour ces enfants. Après tout, je ne connais pas grand monde qui aime faire quelque chose dans lequel il n'est pas ou ne se sent pas compétent. Le « problème », c'est que pour qu'ils puissent devenir de meilleurs lecteurs, ils doivent être beaucoup plus exposés à la lecture que ne doit l'être un enfant dit normo-lecteur. Je suis consciente qu'en tant que parent dont l'enfant n'aime pas lire, ce n'est pas toujours évident de l'amener à lire sans affronter une crise ou avoir à « se battre ». C'est donc un peu un cycle sans fin... 

 

PRINCIPE 2 : L'ÂGE INDIQUÉ SUR UN LIVRE = PAS LE MEILLEUR TRUC POUR ORIENTER SON CHOIX

Souvent, lorsqu'on veut acheter un livre pour un enfant, on se fie surtout à l'âge indiqué sur le livre. Il est vrai que la plupart des livres et albums jeunesse sont classés par âge. Ce classement est très intéressant pour un enfant normo-lecteur, car ça permet de lui offrir des livres de son niveau. Toutefois, pour un enfant qui éprouve des difficultés en lecture, c'en est tout autre. Il ne faut pas se fier à l'âge indiqué sur un livre de lecture, mais plutôt adapter notre choix au niveau de lecture de l'enfant. Si mon enfant a 10 ans, mais qu'il a le niveau de lecture d'un enfant de 7 ans, alors je ne lui achèterai pas un livre écrit pour un enfant de 10 ans. Des plans pour ne pas du tout lui faire aimer la lecture, car le niveau de lecture sera trop élevé pour ses capacités. En fait, peu importe le type de lecteur qu'est votre enfant, le but premier lorsqu'on choisit un livre pour un enfant est l'intérêt et le plaisir de lire. Après tout, ce qu'on veut, c'est qu'il lise tout simplement (voir principe 1 ci-dessus). Ainsi, vous devriez prioriser le style de livre que votre enfant aime. Souvent, en tant qu'adulte, on pense que si on achète à un enfant de 8 ans un livre écrit pour un enfant de 5 ans, celui-ci pensera qu'on l'infantilise et ne le lira pas parce qu'il le trouve trop bébé. Au contraire!!! De nos jours, on a la chance d'avoir une foule de livres de tous les types, abordant plein de thèmes variés, et ce, peu importe l'âge auquel ils sont destinés. Votre enfant préférera de loin avoir un livre écrit pour un enfant plus jeune, mais qu'il peut lire et comprendre et qui correspond à ses intérêts, qu'avoir un livre écrit pour un enfant de son âge qu'il peine à finir parce que celui-ci est trop long et difficile à comprendre.

 

PRINCIPE 3 : C'EST PAS PARCE QU'ON SAIT LIRE QU'ON DOIT LIRE SEUL TOUT LE TEMPS

Je me rappelle, quand j'étais jeune, tous les soirs j'avais droit à mon 30 minutes de lecture avant le dodo. C'était un petit privilège qui me permettait de me coucher « un peu plus tard ». Mes frères aussi avaient droit à ce même privilège. Par contre, à partir de sa deuxième année, mon petit frère ne le voyait plus du tout comme un privilège. Même s'il n'avait pas de difficultés en lecture, il n'aimait pas vraiment lire le soir avant de se coucher. En fait, il n'aimait pas lire seul dans sa chambre. Ce qu'il aimait, c'était de lire en compagnie de ma mère ou de mon père. 

On pense souvent que la lecture est une activité qui se pratique en solitaire. Ma mère me disait toujours : « Quand on aime lire, on n'est jamais seul ». C'est vrai dans un sens, mais pour un enfant qui n'aime pas vraiment lire ou qui éprouve de la difficulté à lire, se retrouver seul pour lire peut tirer davantage de la corvée que du privilège. Souvent, quand on est jeune (par jeune j'entends l'âge préscolaire), la période de lecture pré-dodo se fait avec le parent qui nous raconte une histoire et avec qui on peut interagir. Mais on dirait qu'à partir du moment où on sait lire, le parent délaisse cette activité avec son enfant pour le laisser faire sa lecture du soir seul. Pourquoi ne pas revoir le moment de lecture? J'ai dit plus tôt que plus on lit, meilleur lecteur on devient... Ce n'est pas faux, mais le fait de réfléchir sur ce qu'on lit joue pour beaucoup. L'enfant, normo-lecteur ou non, est en apprentissage de la lecture. Il a donc encore besoin d'un modèle adulte et compétent en lecture pour l'aider à s'améliorer. S'installer le soir pour partager le moment de lecture avec son enfant, même si celui-ci sait lire a beaucoup de bon. Souvent, l'enfant aime faire la lecture à son parent. C'est une belle façon pour lui de prendre confiance en ses capacités de lecteur. C'est aussi une belle façon de réfléchir à ce qu'on lit, d'amener l'enfant à développer des stratégies pour l'aider à devenir plus compétent en lecture.

 

PRINCIPE 4 : C'EST PAS JUSTE LES ROMANS QUI SONT BONS POUR LA LECTURE

 Je me rappelle des périodes de bibliothèque à l'école lorsque j'étais au primaire. Sur 5 romans, on n'avait le droit de prendre seulement une bande dessinée et on ne pouvait consulter les magazines que sur place. Dans mon cas, ça ne me dérangeait pas vraiment, mais je n'ai jamais compris cette règle farfelue. Comme je l'ai dit dans le principe 2, le but premier de la lecture devrait être l'intérêt et la motivation. S'il existe une panoplie d'ouvrages différents sur le marché, ce n'est pas pour rien. Selon moi, chaque type de document de lecture présente ses avantages. N'hésitez pas à varier les types de lecture que fait votre enfant pour l'exposer à différents types de textes, ce qui sera super pour le développement de ses habiletés de lecture, mais également pour l'aider à trouver ce qui l'intéresse en lecture (particulièrement si votre enfant n'aime pas lire). Je conseille régulièrement à mes parents clients les sites Bayard Jeunesse et Scholastic, car ils présentent une panoplie de romans, albums, encyclopédies bandes dessinées et magazines variés. Votre enfant trouvera assurément quelque chose qui suscitera son intérêt. J'aime aussi particulièrement le livre de Julie Provencher, une enseignante qui a fait une maîtrise sur l'accompagnement parental en lecture auprès d'enfants de 5 ans, dans lequel elle propose divers trucs de lecture simples et ludiques pour susciter l'intérêt de la lecture chez les petits et les plus grands. 

Sur ce, je souhaite à tous, petits et grands, bonne lecture!

*Normo-lecteur = terme utilisé en jargon orthophonique pour désigner un enfant qui ne présente pas de difficultés en lecture et en écriture et qui suit le développement attendu selon son âge et son cheminement scolaire.