Jeux classiques VS jeux éducatifs : lesquels sont les plus éducatifs ?

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Régulièrement je me fais demander si j’ai des suggestions de jeux éducatifs pour travailler X ou Y habiletés ou compétences.

À chaque fois qu’on me pose la question, j’avoue être toujours un peu embêtée… En fait, je ne sais JAMAIS quoi répondre. Drôle de réponse venant d’une orthophoniste non?

La majeure partie de la matériathèque à ma clinique est composée de jeux de table ou des grands classiques (p.ex. la tour Jenga, le connect four). J’ai très peu de jeux éducatifs qui ciblent un aspect particulier de l’apprentissage ou du développement langagier des enfants.

J’ai donc décidé de vous écrire un billet où je vous partage mon opinion sur les jeux éducatifs et les jeux de table et le pourquoi j’ai beaucoup plus de l’un que de l’autre.

Les jeux éducatifs : pourquoi je les aime « moyen »

Je pense qu’il ne passe pas un mois sans que je ne vois passer, sur mes réseaux sociaux, un nouveau jeu qui travaille une compétence particulière. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai parfois l’impression qu’il pleut des jeux éducatifs de toutes sortes.

Comprenons-nous, je n’ai rien contre les jeux éducatifs en tant que tel, mais la plupart d’entre eux présentent, selon moi, des petites lacunes pour travailler lesdites habiletés mentionnées sur leur boîte.

Avec mon métier, j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de tester divers jeux dits éducatifs. Personnellement, j’ai plus souvent qu’autrement été déçue, et ce, pour diverses raisons.

1) On peut difficilement les utiliser dans divers contextes...

Les jeux éducatifs étant très précis, je trouve toujours difficile de les combiner à d’autres jeux ou de les utiliser pour travailler d’autres objectifs. Ça en fait des jeux peu flexibles dont l’utilisation est limitée.

En tant qu’orthophoniste, c’est sûr que j’aime avoir des jeux que je peux utiliser dans plusieurs contextes différents et certains jeux éducatifs (comme la collection Placote que j'adore) s'y prêtent bien. 

Par contre, les parents souvent se demandent quoi faire en dehors des consignes qui viennent avec le jeu. Et c'est là que leur utilisation limitée peut être embêtante dans le cas où vous voudriez jouer en famille. Un jeu éducatif présente souvent des défis/questions précis destinés à une tranche d’âge cible. Si vos enfants ne se trouvent pas tous dans cette tranche d’âge, cela risque de compliquer un peu la donne en matière d’équité.

C’est possible d’aider les plus jeunes pour qu’ils y trouvent également leur compte dans le jeu, mais si le niveau du jeu ne se trouve pas dans la zone proximale de développement* de l’enfant, l’apprentissage sera moins efficace. 

*C’est la distance entre ce que l’enfant peut effectuer ou apprendre seul et ce qu’il peut apprendre uniquement avec l’aide d’une personne plus experte.

2) Une fois les objectifs visés atteints, les enfants n'ont plus de défi, donc moins envie de jouer...

Les jeux éducatifs peuvent présenter de beaux défis à priori. Pour ma part, c’est souvent cet aspect qui m’interpelle le plus. J’aime les questions qu’on peut y retrouver et je m’en inspire dans mes thérapies.

Par contre, une fois qu’on a fait le tour, eh bien… on a fait le tour. Ce que les jeunes aiment dans un jeu de société, c’est tout l’aspect défi qu’il recèle. Par contre, quand les jeunes connaissent les réponses par cœur, le plaisir de relever un défi n’est plus le même et donc l’intérêt est moins présent.

Cela fait donc en sorte qu’il est souvent difficile de jouer plusieurs fois au même jeu éducatif, car on a souvent l’impression « d’avoir fait le tour ».

3) Ils peuvent difficilement être utilisés sans la présence d'un adulte en raison de leur complexité...

Les enfants aiment jouer avec leurs parents, mais ils aiment aussi jouer entre eux (et je serais prête à parier qu’en tant que parent, ça vous fait du bien parfois de voir vos grands jouer ensemble à un jeu pendant que vous vaquez à vos occupations. Vous avez le droit, c’est totalement légitime).

Le problème avec les jeux éducatifs, c’est que, pour la plupart, notamment en raison de cette fameuse zone proximale de développement, ils nécessitent la présence d’une personne plus « expérimentée » si on veut vraiment bénéficier du « potentiel d’apprentissage » qu’offre le jeu.

Plusieurs études démontrent pourtant que le fait de laisser les enfants jouer entre eux à des jeux constitue justement un mode très riche en apprentissages.

4) Quand on veut travailler des objectifs particuliers, il manque souvent des éléments...

Ce point me concerne davantage en tant qu’orthophoniste, mais j’ai cru bon de le mentionner quand même par souci de transparence. Comme je l’ai mentionné plus haut, ce que j’aime bien des jeux éducatifs, c’est qu’ils présentent souvent des questions intéressantes que j’aime utiliser dans mes thérapies.

Toutefois, c’est difficile pour moi d’utiliser un seul jeu comme je le devrais, car il y a toujours des items qui ne correspondent pas à ce que je veux travailler. Je me retrouve alors plus souvent qu’autrement à combiner des morceaux de plusieurs jeux éducatifs pour travailler précisément ce que je cible.

Les jeux classiques : pourquoi je les adore

Je pense que vous aurez compris que pour moi, les meilleurs jeux en termes d’apprentissages restent les bons vieux classiques (p.ex. jeux de parcours, cherche et trouve, blocs, etc.)

1) Les enfants se tannent rarement de jouer à ces jeux simples et rapides...

Les jeux de parcours, les jeux de cartes (comme la bataille), les jeux de dés, etc. ont tous en communs qu’ils sont simples et peuvent se jouer rapidement. Cela en fait d’excellents jeux passe-partout et surtout des jeux avec lesquels on peut jouer à répétition.

Souvent, quand la partie se termine, les jeunes n’ont pas le temps de se tanner et redemandent eux-mêmes de jouer une nouvelle partie. Forcément, si la demande vient du jeune, les chances que la motivation soit élevée sont d’autant plus grandes. Une bonne raison pour en profiter et y glisser certaines notions d’apprentissage qui lui seront utiles.

2) On peut les adapter à une foule de contextes...

Pour ma part, j’ADORE utiliser les jeux de parcours comme renforcement. C’est toujours motivant pour un jeune de voir visuellement son évolution et d’avoir pour défi de gagner la partie.

À ce défi, nous ajoutons une exigence supplémentaire qui peut être soit de dire un mot, de l’épeler, de l’écrire, de formuler une phrase, etc. Bref, toutes les options sont possibles et cela est d’autant plus motivant pour le jeune de répondre à une question ciblée lorsqu’il sait qu’il s’agit de la seule façon dont il pourra faire progresser son pion.

C’est une belle façon également d’ajouter un peu de piquant et de revamper un classique qui prenait la poussière dans l’étagère.

3) Les consignes sont souvent faciles à comprendre...

Une fois qu’on comprend le principe d’un jeu comme la bataille ou encore serpents et échelles, c’est facile d’y jouer encore et encore sans nécessairement avoir recours au livret d’instructions.

Les jeunes peuvent donc reprendre les défis lancés par les parents lors d’une partie précédente et s’amuser entre eux ou encore en inventer de nouveaux pour complémenter un jeu qu’ils connaissent déjà bien. Rien de mieux pour l’imagination.

4) Tous les enfants peuvent y jouer (ou presque)...

C’est probablement ce que j’apprécie le plus des jeux de société classiques. On peut y jouer en famille, et ce, même si les enfants n’ont pas tous le même âge. Tous peuvent y trouver leur compte.

On peut même, durant une même partie, moduler les objectifs selon le niveau de l’enfant. Par exemple, on demandera au plus vieux de nous épeler un mot, mais on demandera plutôt à la plus jeune de nous dire le son que font certaines lettres.

Même si les objectifs sont modulés selon le niveau de l’enfant, comme le jeu classique reste le même, tous ont une chance égale de gagner. C’est d’autant plus motivant pour les plus jeunes qui se sentent parfois désavantagés par rapport au grand frère ou à la grande sœur.

 

 

Au terme de tous ces éléments, je pense que vous avez compris pourquoi je préfère les jeux de société classiques aux jeux éducatifs. Ceci étant dit (écrit), je ne suis pas non plus contre les jeux éducatifs et j'ai mes coups de coeur, mais disons que je suis très sélective dans mes choix.

Proportionnellement parlant, il n’en reste pas moins que j’ai et que j’utilise beaucoup plus de jeux dits « standards » que de jeux éducatifs.

Et vous avez-vous une préférence pour un type de jeux en particulier avec vos enfants?

Découvrez comment l'orthophoniste peut avoir un impact sur les difficultés scolaires de votre enfant

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Certains (surtout les jeunes) comptent les jours et attendent avec impatience la fin de l’année scolaire. Même si ça paraît loin, ça approche à grands pas.

Plusieurs élèves aux prises avec des difficultés scolaires (et leurs parents) doivent alors mettre les bouchées doubles pour améliorer leurs résultats scolaires ou encore les maintenir.

C’est d’ailleurs une période de l’année particulièrement chargée pour moi parce que je reçois souvent des demandes de parents, à la suite d’une référence de l’école, pour un suivi en orthophonie.

Mais comment est-ce que je peux, en tant qu’orthophoniste, aider votre enfant à mieux réussir à l’école?

Langage et apprentissages : deux termes indissociables

Dans le système scolaire actuel, tout apprentissage passe par le langage. Quand on y pense, la matière est enseignée verbalement par le prof ou on la lit dans les livres. C’en est de même pour les évaluations des jeunes.

On évalue le niveau d’un jeune et l’étendue de ses apprentissages à partir du langage. Il n’y a qu’à penser aux fameuses présentations orales, aux travaux d’équipe ou aux examens où les élèves doivent écrire leurs réponses (même en mathématique).

(D’ailleurs si vous voulez en apprendre un peu plus sur le lien entre les deux, vous pouvez également consulter cet autre billet.)

Vous comprenez que parfois, quand les apprentissages semblent plus difficiles pour un jeune, il peut y avoir une difficulté langagière sous-jacente. C’est donc mon rôle, en tant qu’orthophoniste, de trouver où se situent les forces et les difficultés langagières de l’élève pour pouvoir mieux l’outiller et l’accompagner plus efficacement dans ses apprentissages.
Parfois, le simple fait de comprendre les difficultés de son enfant, de mieux connaitre les types de textes et de phrases qu’il maîtrise (ou pas) fait toute une différence dans l’accompagnement qu’on lui offre.

Composantes évaluées

Lorsqu’on fait une évaluation au scolaire en orthophonie, on évalue quatre grandes sphères : la compréhension à l’oral, l’expression à l’oral, la lecture et l’écriture. Cela permet de dresser un portrait plus complet des habiletés perçues et cachées de l’enfant.

En effet, il arrive souvent que des parents demandent une évaluation en orthophonie parce que leur enfant présente des difficultés de lecture et/ou d’écriture. Toutefois, quand on pousse notre analyse, on constate que ces difficultés ne sont en fait que les manifestations d’autres difficultés langagières sous-jacentes qui passent souvent inaperçues au quotidien.

J’aime comparer cela à une blessure physique. Prenons par exemple quelqu’un qui se blesse et qui fait une infection. Si on ne fait que donner des antibiotiques sans prendre la peine de chercher le foyer de l’infection, il est fort possible que l’infection revienne une fois l’antibiotique retiré.

Il en est de même pour les difficultés langagières. Si on ne travaille que sur l’orthographe et la lecture sans savoir ce qui est la cause de cette difficulté, les moyens pris ne seront probablement pas efficaces et il sera difficile pour le jeune de les appliquer au quotidien.

Une évaluation approfondie de toutes les composantes langagières permet d’aller travailler plus aisément à la source des difficultés de l’enfant et ainsi, d’avoir des répercussions parfois sur plusieurs sphères en même temps.

Mon rôle auprès de l'équipe-école en tant qu'orthophoniste

Souvent, les intervenants à l’école veulent aider l’enfant, mais ne savent pas précisément ce qu’ils devraient faire, car ils n’ont pas un portrait juste de ses difficultés. Un rapport d’orthophonie peut les aides à mieux structurer les mesures d’adaptation à mettre en place et à mieux outiller l’enfant.

Par conséquent, je peux, en tant qu’orthophoniste, jouer un rôle conseil auprès de l’équipe-école en leur expliquant pourquoi une exigence X ou Y par exemple ne correspond pas au niveau actuel d’un élève. Ils peuvent donc, par la suite, trouver des mesures d’adaptation qui supportent l’élève tout en respectant son cursus scolaire.

L'enseignement de stratégies complémentaires à celles de l'orthopédagogue

Les orthopédagogues et les enseignants sont ceux qui connaissent le mieux les exigences scolaires et ce qui est attendu selon le niveau, ce qui n’est pas mon cas en tant qu’orthophoniste. Pour ma part, j’ai une connaissance davantage tournée vers les habiletés langagières.

Ainsi, nous travaillons toujours en équipe. L’orthopédagogue et l’enseignant enseignant à l’enfant des stratégies pour qu’il puisse être plus efficace dans ses apprentissages en lien avec le cursus scolaire et moi, travaillant des notions langagières qui favorisent l’application de ces stratégies.

En orthophonie, nous enseignons des stratégies plus spécifiques au langage. Par exemple, l’orthopédagogue pourrait enseigner à l’élève de surligner d’une couleur la question d’un problème mathématique pour se rappeler des éléments à trouver dans le problème. Pour ma part, je pourrais davantage demander au jeune de me dire dans ses mots ce qu’il doit trouver après avoir souligné la question.

En orthophonie, on reprend donc les stratégies vues à l’école en lien avec la matière présentée à l’école, mais on y ajoute des précisions pour soutenir le jeune dans sa compréhension. Il arrive également qu’on utilise des activités qui ne correspondent pas forcément au niveau scolaire de l’élève parce qu’on privilégie les stratégies langagières.

 

De son côté, l’enseignant (et l’orthopédagogue), peut reprendre les stratégies qu’on travaille dans notre bureau avec l’élève dans le cadre d’exercices et de travaux faits en classe pour favoriser la généralisation.

 

Tout cela permet de comprendre qu’une orthophoniste peut jouer un rôle non négligeable voire important auprès des jeunes d’âge scolaire qui éprouvent des difficultés à l’école.

Si jamais cet article vous a interpellé et que vous vous demandez si votre jeune pourrait bénéficier de l’orthophonie, n’hésitez pas à me contacter. Dans certains cas, l’orthophonie est toute indiquée et dans d’autres cas, on privilégiera une autre source d’aide.

Le temps ou l'argent ? Ces parents qui consultent au privé

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Depuis que j’ai commencé ma pratique au privé, j’ai entendu une foule de différents commentaires de personnes, qui connaissent ou non l’orthophonie, concernant les parents qui viennent nous voir au privé pour nos services.

Certains m’ont carrément fait friser le poil des bras et d’autres m’ont touchée droit au cœur par leur beauté et leur vérité.

J’ai donc décidé de faire le point sur la réalité que vivent la grande majorité des parents de mes clients et, d’une certaine façon, de leur lever mon chapeau et de les féliciter pour toutes ces belles démarches qu’ils font pour leurs enfants, alors que ce n’est pas toujours facile.

Ils sont riches

« C’est le fun toi ! Les parents qui viennent te voir ont de l’argent donc au moins tu sais qu’ils sont motivés. »

Cette phrase, je l’ai entendue un peu trop souvent à mon goût. D’un côté, c’est vrai que je suis chanceuse parce que les parents qui viennent me voir pour leur enfant, le font de leur plein gré. De plus, on aura beau dire ce qu’on veut, il n’en reste pas moins que lorsqu’on paye pour un service, on est plus porté à s’impliquer davantage pour accompagner notre enfant dans sa progression. J’aime appeler ça un « retour sur investissement ».

Malgré cela, 90% de mes clients n’ont pas les moyens de débourser de tels montants. Certains me demandent de prélever le montant le jeudi seulement, soit lors du jour de paie. D’autres doivent limiter les services au montant qui est couvert par leurs assurances. D’autres encore déboursent tout de leur poche à 100% et doivent faire des sacrifices et couper ailleurs. Vous comprendrez que le plus souvent, les parents coupent dans leurs propres luxes à eux.

Conséquemment, non les parents qui viennent me voir ne sont pas riches. Ils sont seulement sensibles au développement de leur enfant et pour eux, les accompagner et les aider à cheminer pour les voir progresser est la plus grande richesse.

Ils ont le temps de venir te voir

Correction : les parents de mes clients PRENNENT le temps de venir me voir. Certains coupent leur heure de dîner, prennent un congé sans solde, amène le petit frère à la clinique pour faire les devoirs pendant que je suis en thérapie avec l’autre, etc. Bref, ils tentent tous de maximiser leur temps en orthophonie à leur façon.

Une chose est sûre, aucun d’entre eux n’a réellement le temps de venir me voir. Entre le travail, les devoirs et leçons, les repas à préparer, la journée du lendemain à planifier, toutes les commissions à faire, glisser une rencontre d’une heure en orthophonie relève d’un travail de moine dans l’horaire.

Ce n’est pas toujours évident pour les parents qui travaillent généralement sur les heures d’école de leurs enfants de se libérer. De plus, ce n’est pas parce que le jeune est en journée pédagogique que le parent l’est forcément. Le plus souvent, les orthophonistes au privé offrent des plages de soir et parfois même de fin de semaine. Toutefois, ces plages sont souvent bien rapidement remplies, étant les plus convoitées.

Évidemment, certains parents ont des horaires qui leur permettent de se libérer en journée. Par contre, ils coupent généralement ailleurs. Par exemple, une mère qui travaille de nuit pour pouvoir être présente pour ses enfants en journée pénalisera nécessairement son sommeil. Il y a aussi des parents qui décident que l’un des deux ne travaillera pas à temps plein ou restera à la maison pour gérer la vie familiale. Eh bien, si vous calculez bien, c’est peut-être du temps de plus, mais ça reste un salaire de moins…

Bref, les parents qui viennent consulter au privé n’ont pour la plupart ni temps ni argent contrairement à la croyance populaire.

C’est d’ailleurs deux des raisons pour lesquelles il est si important pour moi d’adapter mes services et c’est pourquoi je mets de l’avant la téléorthophonie et je travaille à développer diverses façons de répondre aux besoins de mes clients selon les moyens (en temps et en argent) de leurs parents.

D’ailleurs si vous vous demandez en quoi la téléorthophonie représente une solution, je vous invite à consulter cet article.

Et avant de terminer, je veux prendre un moment pour féliciter tous mes parents de clients qui font un travail incroyable et qui sont une source d’inspiration constante pour moi quand je vois leur dévouement à leurs enfants.

P.S. Si vous êtes un orthophoniste et que la téléorthophonie ça vous intéresse (ou ça vous intrigue), je peux vous donner un coup de main afin de l’intégrer à votre pratique. Personnellement, je ne m’en passerais plus !

Mon opinion sur les dépistages gratuits en orthophonie

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Pour différentes raisons, les cliniques et services privés d’orthophonie se font de plus en plus nombreux au Québec. L’une de ces raisons est d’ailleurs le peu de postes et d’emplois offerts dans le secteur public… même si les besoins sont criants…

Dans les dernières années, devant le peu de possibilités dans le secteur public, plusieurs orthophonistes graduées (moi compris), se sont tournées vers le privé. Pour ma part, j’ai toujours envisagé le secteur privé comme le lieu où je pourrais m’épanouir, mais ce n’est pas le cas de certaines orthophonistes qui y travaillent « en attendant » de trouver un emploi qui leur convient au public.

C’est ainsi qu’on a vu l’offre de services au privé en orthophonie augmenter. Les listes d’attentes auxquelles on s’inscrivait autrefois pour avoir accès à des services au privé sont maintenant chose du passé. Les clients ont dorénavant l’embarras du choix pour trouver le service et surtout l’orthophoniste qui leur convient. D’une part, c’est un beau problème de savoir que, dans un certain sens, nos services sont maintenant plus accessibles.

D’autre part, parce qu'il y a toujours deux côtés à une médaille, on voit de plus en plus d'offres de gratuités et de baisses de prix associé à cette offre grandissante de services au privé. C'est le cas notamment des dépistages gratuits

Pourquoi un dépistage?

En gros, un dépistage, c’est une procédure dite préliminaire où l’orthophoniste vous rencontre vous et votre enfant pendant une période de temps limitée (souvent entre 15 et 30 minutes) soit à domicile ou dans ses locaux et au terme de laquelle elle pourra vous dire si oui ou non votre enfant a besoin de services en orthophonie.

Plusieurs cliniques offrent des rencontres à des moments précis où vous pouvez prendre rendez-vous et vous rendre directement en clinique afin que l’orthophoniste puisse « évaluer » très sommairement votre enfant et vous donner son avis.

Le dépistage vous permet donc d’avoir l’heure juste et de vous guider quant aux mesures à mettre en place si besoin est.

Ça devrait faire partie de l'offre de services...

Je vois souvent des cliniques mettre de l’avant ces fameux dépistages sur leurs réseaux sociaux en les présentant comme un extra et une offre super intéressante. Pourtant, cela ne devrait être ni un extra ni une offre à ne pas manquer…

Quand vous appelez une orthophoniste*, vous devriez pouvoir discuter avec elle et poser vos questions. D’ailleurs, lors du premier contact téléphonique, les questions que vous pose l’orthophoniste sur votre enfant et votre situation ainsi que les explications qu’elle vous fournit constituent une forme de dépistage… et c’est gratuit! D’autant plus qu’il est rare que ce premier appel dure moins de 10 minutes. Vous venez donc de passer ce fameux dépistage sans même avoir eu besoin de vous déplacer!

Généralement, au terme d’une discussion téléphonique, à moins d’un cas EXTRÊMEMENT complexe, l’orthophoniste devrait être en mesure de vous orienter vers les ressources nécessaires selon les besoins ou de vous recommander une évaluation et un suivi en orthophonie.

Alors voilà! Vous venez de passer un dépistage par téléphone, totalement gratuit, qui vous a même évité un déplacement pour 15 minutes de rencontre et qui vous a mis en confiance avec une professionnelle qualifiée.

À vous mes collègues orthophonistes :

Une bonne stratégie marketing... vraiment?

D’un point de vue marketing, offrir un dépistage gratuit est une façon d’attirer de la clientèle à sa clinique et peut-être de « closer » une vente dans le cas où un enfant aurait besoin de services en orthophonie.

L’affaire, c’est que le dépistage n'oblige pas nécessairement les parents à faire affaire avec vous. Ainsi, ils pourraient trouver une clinique qui est plus proche de leur maison et amorcer un suivi là-bas plutôt qu’avec vous, l’orthophoniste qui a mené le dépistage.

Outre cela, d’un point de vue extérieur, comment pensez-vous être perçue par vos compétiteurs lorsque vous offrez des dépistages gratuits? Pour plusieurs, pas pour la majorité on s’entend, le fait de voir que vous offrez des dépistages gratuits (à moins que votre offre soit vraiment révolutionnaire et que votre but soit autre que de peut-être avoir plus de clients), ça donne l’impression que vous n’arrivez pas à avoir assez de clients par vous-mêmes donc vous vous tournez vers la gratuité.

Les grands entrepreneurs et marketing masters de ce monde vous diront d’ailleurs que la baisse des prix et la gratuité ne sont JAMAIS la solution (mais ça c’est un autre sujet). Offrir la gratuité ainsi dévalue vos services et votre compétence dans un certain sens.

Pensez à votre profession

En tant qu’orthophoniste au privé, une des choses qui me tient le plus à cœur est l’innovation. C’est important pour moi de voir comment je peux sortir des sentiers battus et offrir un service professionnel et éthique qui répond à des besoins changeants. Le tout en demeurant accessible certes, mais pas à n'importe quel prix...

Bien que je ne sois pas contre la gratuité à certains égards, je peux vous confirmer que les dépistages gratuits ne font pas partis de ces options que je considère, et ce, pour diverses raisons :

  • Ça arrive souvent qu’en tant qu’orthophoniste, on rassure des parents inquiets pour le développement de leur enfant qui suit très bien la courbe normale. C’est d’autant plus agréable pour le parent de savoir qu’on a pu répondre rapidement à ses questions sans qu’il ait eu à se déplacer pour se faire dire qu’il n’a pas besoin de nos services…

 

  • On est dans une ère où l’être est très fort et où notre personnalité compte pour beaucoup. Personnellement, je préfère offrir un premier contact un peu plus long au téléphone où j’ai pris le temps de bien répondre au parent que de tout de suite lui proposer un rendez-vous (peut-être même pas nécessaire) pour dépistage. D’ailleurs, je vous paris que le parent appréciera d’autant plus cette approche et sera plus enclin à vous recommander chaudement à quelqu’un qui aurait réellement besoin de vos services ou à vous rappeler plus tard s’il s’avère qu’il en aura besoin. Et si vous me dites que vous offrez ce contact plus long au téléphone, en plus du dépistage gratuit, alors je vous répondrai que vous perdez au change.

 

  • L’autre problème que l’on constate parfois avec ces fameux dépistages c’est qu’en 15 minutes, il peut être très difficile d’avoir l’heure juste quant aux réelles habiletés langagières de l’enfant si celui-ci ne collabore pas. Cela peut parfois biaiser notre impression clinique donc donner l'impression qu'on est moins professionnelle qu'on ne l'est réellement… Pour ma part, je préfère de loin, si j'en ai besoin, demander au parent de filmer son enfant durant une période de routine (repas, bain, etc.) et de m’envoyer cette petite vidéo qui sera plus représentative du quotidien. D’autant plus qu’avec l’omniprésence de la technologie de nos jours, les enfants ne sont plus du tout impressionnés par les photos et les vidéos que l’on prend avec nos téléphones intelligents.

Voilà pourquoi vous ne me verrez pas annoncer des dépistages gratuits sur aucune de mes pages professionnels. Si je n’ai qu’un seul conseil à vous donner chères collègues orthophonistes du privé, c’est le suivant :

Plutôt que faire comme tout le monde et d’offrir des dépistages gratuits tout simplement, offrez quelque chose de plus dans cette gratuité. Ou encore, misez sur une autre gratuité plus cohérente avec vos services qui vous permettra d’agir avec professionnalisme tout en augmentant votre clientèle. Je vous promets que les possibilités ne manquent pas. Il ne vous suffit que de les réfléchir et de les mettre en place…

Avec tout mon respect.

Votre orthophoniste nouveau genre

 

P.S. Pour une version vidéo de ce même billet, vous pouvez cliquer tout simplement sur l'image ci-dessous.

 

*Pour alléger le texte, j'utilise ici le féminin du fait de l'omniprésence des femmes dans ma profession, mais je n'ai pas moins de respect pour mes collègues masculins.

Selon moi, les handicaps invisibles sont un problème de société

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J’aime écouter des podcasts de tout genre pour m’inspirer, m’éduquer, me faire réfléchir, etc. Les podcasts en lien avec l’orthophonie ne font pas exception. J’aime particulièrement ceux de la chaîne ADDitude Magazine. L’autre jour, en route pour la maison, j’en ai écouté un particulièrement intéressant sur la dyslexie et les difficultés de lecture. Les propos de la Dre Robin McEvoy (neuropsychologue américaine) m’ont particulièrement fait réfléchir non pas aux difficultés de lecture, mais aux handicaps invisibles en général.

Dans le podcast, Dre McEvoy présentait une statistique et un constat percutants. Elle disait que 20% de la population américaine présenterait des difficultés de lecture de quelconque nature que ce soit. C’est ÉNORME comme statistique. Et c’est justement pour ça que c’est aussi… étrange… « Ce n’est pas possible que 20% de la population soit handicapée sur le plan de la lecture. À ce stade, on devrait plutôt considérer ce groupe comme étant un type de normalité » disait McEvoy. Ces mots m’ont fait l’effet d’un coup de poing. Pas parce que 20% c’est beaucoup, mais parce qu’elle mettait le doigt sur un sentiment que je vis depuis un moment en tant que professionnelle du langage : ce ne sont pas les difficultés qui définissent les jeunes, mais le moule dans lequel nous les faisons évoluer qui définit ces difficultés.

***ATTENTION! Je ne dis pas ici que les jeunes n’ont pas de difficultés et qu’il ne faut rien faire, mais parfois, il peut s’avérer pertinent de considérer le portrait du jeune de façon plus globale pour nuancer notre interprétation et surtout moduler nos interventions afin d’être encore plus efficace.

Les difficultés, ça existe

En fait, on considère un comportement (ou absence de comportement) comme étant une difficulté si cela empêche l’individu de fonctionner adéquatement dans la société dans laquelle il évolue. C’est le cas notamment des troubles d’apprentissage. Dans une société comme la nôtre, un jeune présentant p.ex. un TDAH est considéré comme ayant un handicap invisible puisqu’il ne peut apprendre selon le cursus habituel. Avec cette vision, on peut donc émettre l’hypothèse que certaines difficultés sont propres à la culture. Je crois toutefois que ce n’est pas le lot de toutes les difficultés.

Prenons par exemple le trouble développemental du langage (anciennement appelé trouble primaire du langage). Toutes les cultures ont un dialecte ou une langue propre qui permet à leurs membres d’échanger entre eux et de communiquer. Ainsi, un individu qui présente des difficultés sur le plan du langage oral et de la communication sera, d’une certaine façon, handicapé, car il ne pourra communiquer efficacement avec les gens qu’il côtoie. On s’entend que le type d’atteinte et le degré de sévérité varient selon le « style » langagier de chacune des cultures. N’en reste pas moins que l’atteinte demeure.

À l’inverse, un trouble spécifique du langage écrit (la dyslexie) est propre à une culture. Un individu ne peut pas présenter des difficultés en lecture et en écriture dans une société où on n’a ni à lire ni à écrire pour apprendre ou communiquer. Ici, c’est un handicap puisque, dans notre société nord-américaine, il faut posséder et développer des habiletés de lecture et d’écriture efficaces pour connaitre une certaine réussite. Cela est notamment associé au fait que la base des apprentissages et des évaluations scolaires repose principalement sur la lecture et l’écriture. Conséquemment, si le jeune éprouve déjà des difficultés de lecture et d’écriture, il part avec une prise, ce qui n’aurait pas été le cas dans une société où il n’y ni lecture ni écriture.

Dans le podcast que j’ai écouté, Dre McEvoy a fait une comparaison avec le chant que j’ai beaucoup appréciée. Elle disait que si les bases de l’apprentissage reposaient sur le chant, s’il fallait être un bon chanteur pour bien réussir en société, nous ferions alors face à une toute autre situation. Plusieurs d’entre nous seraient considérés comme ayant un trouble du chant…

Ces « handicapés » qui ont accompli de grandes choses

Tous les jours, je côtoie des jeunes qui bûchent à l’école, qui mettent les bouchées doubles et qui ne voient pas toujours le résultat de leurs nombreux efforts. Je suis témoin de leurs nombreux moments de découragements et leurs doutes lorsqu’ils escaladent un pas à la fois la montagne d’obstacles qui se présentent à eux durant leur cheminement scolaire.

Toutefois, je vois aussi dans ces jeunes d’incroyables forces et des talents insoupçonnés. Des forces que moi, la fille qui fittait parfaitement dans le moule du programme de l’école québécoise et qui y a évolué comme un petit poisson dans l’eau, n’aurai jamais.

Je côtoie aussi personnellement un de ces jeunes pour qui l’école était tout sauf amusante et qui est maintenant un grand homme. Mon conjoint a un TDAH (tsé le stéréotype de l’hyperactif, et bien c’est lui). Il a toujours eu à travailler plus fort que les autres à l’école et a terminé une technique au CÉGEP parce qu’il savait que c’était important. Pourtant, je l’accompagnais durant ses études et je l’ai souvent vu découragé et travailler plus fort que je ne l’aurai jamais fait même durant mes études universitaires pour obtenir son diplôme. Aujourd’hui, il ne travaille plus dans son domaine d’études, mais il est un homme d’affaires accompli qui réalise de grandes choses et qui est reconnu dans son milieu.

J’ai toujours bien réussi à l’école. J’étais parmi ces personnes qu’on appelle les « bollées ». Plusieurs m’ont demandé durant mes études pourquoi je ne voulais pas aller en médecine. C’est simple : j’aurais été le plus mauvais médecin de l’histoire de l’humanité. Mes notes me le permettaient certes, mais mes capacités : ABSOLUMENT PAS (genre que je ne dois pas regarder quand on me fait une prise de sang). À l’inverse, mon conjoint n’avait pas du tout les notes pour être médecin, mais il aurait été EXCELLENT dans ce domaine.

C’est un peu tout ça qui vient tant me chercher avec les jeunes avec lesquels je travaille. Je les vois bûcher à l’école et parfois ne pas y arriver parce qu’ils n’ont pas les capacités adéquates pour « fitter dans le moule ». D’un autre côté, je vois aussi toutes leurs forces dans d’autres domaines, mais qui ne sont tout simplement pas considérés comme des éléments qui peuvent mener vers la réussite. Parmi mes petits clients, il y a ce petit garçon qui excelle au hockey et dans tous les sports d’équipe. Il y a cette cocotte qui pourrait gagner des Oscars tant elle est bonne actrice. Il y a aussi ce petit TSA qui a un talent époustouflant pour le dessin. Le seul hic, c’est que ces talents ne sont pas évalués à l’école et pourtant, sans ces belles forces mises de l’avant, ils auraient plus souvent qu’autrement abandonné bien plus que l’école…

Je trouve dommage que ce ne soit qu’à l’âge adulte qu’on puisse faire ressortir ces talents. Quand je pense à tous ces gens célèbres qu’on voit passer sur Internet et qui nous disent avoir eu des difficultés majeures à l’école par le passé, je me dis que ce ne sont pas les difficultés qui définissent l’individu. C’est le système qui définit les difficultés. Je ne dis pas qu’il faille revoir tout le système d’éducation, mais parfois adapter les enseignements pour permettre aux jeunes de faire ressortir leurs forces et leurs talents peuvent aider. Après tout, même si la lecture et l’écriture sont primordiaux dans le succès, ils sont loin d’être les seuls facteurs garants de réussite…