Comment les cartes mentales peuvent aider à mieux organiser sa pensée

mindmap-carte-mentale

Dans la vie, j’ai toujours été une personne très séquentielle et linéaire. Je me rappelle, durant mes études, quand je révisais ma matière, je me faisais des listes. C’était pour moi la meilleure façon de retenir l’information. Voilà pourquoi j’ai toujours eu plus de facilité à apprendre en lisant des livres, car l’information y est présentée de la façon dont je la retiens. 

Toutefois, depuis que je suis orthophoniste, j’ai constaté que, pour la plupart de mes clients, c’est tout l’inverse. Leur cerveau ne fonctionne pas du tout comme le mien et pour eux, il n’y a rien de plus difficile à comprendre que de l’information présentée à l’écrit sous forme de liste.

C’est pour cette raison que, depuis quelque temps, je me suis intéressée aux cartes mentales (aussi appelées cartes conceptuelles) pour les intégrer dans ma pratique comme un super outil afin d’aider mes jeunes clients à mieux comprendre ce qu’ils apprennent et à mieux organiser leur pensée pour ensuite la mettre sur papier.  

J’ai donc pensé vous rédiger un billet de blogue dans lequel je vous explique davantage en quoi consistent les cartes mentales et comment on peut les utiliser.

C’est quoi au juste une carte mentale ?

Une carte mentale est en fait une façon de représenter graphiquement des concepts en les organisant autour d’un thème (ou d’une idée) central. Elle permet de préciser les relations entre les différents éléments qui découlent du thème central et de les hiérarchiser.

Si vous faites des recherches sur Internet, vous verrez qu’une carte mentale est aussi appelée carte conceptuelle, schéma de concepts ou réseau sémantique. Bien que les termes varient d’une plateforme à l’autre, le principe de base demeure le même.

mindmeister-carte-mentale-mindmap

Pourquoi utiliser une carte mentale ?

Il y a autant de façons d’utiliser une carte mentale qu’il y a d’individus et de façons d’organiser l’information. P.ex. vous pourriez utiliser une carte mentale pour organiser la répartition des tâches ménagères dans la maison. Bref, on peut facilement leur trouver une utilité dans tous les contextes.

Toutefois, la plupart du temps, quand je présente à mes jeunes clients la carte mentale, c’est pour l’utiliser dans des contextes précis :

Illustrer des liens entre les connaissances qu’ils acquièrent sur une matière à l’étude et des connaissances antérieures (donc qu’ils ont déjà) afin que l’information fasse plus de sens et soit plus facilement comprise et retenue. C’est d’ailleurs le principe même des inférences (souvent difficiles chez les jeunes ayant des difficultés langagières) qui consistent à faire des liens entre l’information lue/entendue et les connaissances qu’on possède déjà pour arriver à la bonne réponse.

Organiser les informations à l’étude : je ne vous apprends rien en vous disant que, lorsqu’on étudie, le premier réflexe qu’on a est de relire les notes du cours ou encore les chapitres à l’étude dans le manuel scolaire. Toutefois, cette information est souvent répétée différemment d’un endroit à l’autre et présentée de façon linéaire. Pour les jeunes présentant des difficultés de langage, cela représente un double défi, car ils doivent regrouper les informations qui vont ensemble et apprendre en suivant une structure linéaire qui ne leur convient pas forcément. La compréhension et l’intégration de la matière est donc difficile. En utilisant la carte conceptuelle, on reprend toutes ces informations et on essaie de les organiser d’une façon qui fait du sens tout en ajoutant un aspect visuel qui est souvent très important pour compenser les difficultés langagières.

Planifier/organiser la structure d’un texte/travail à produire : souvent, à l’école, lorsqu’on doit faire un travail ou rédiger un texte, on doit suivre un plan bien précis. Ce plan est généralement présenté sous forme linéaire. Autrement dit, on doit inscrire les idées une à la suite de l’autre. C’est souvent très difficile pour un jeune ayant des difficultés langagières d’élaborer son discours sous cette forme. D’ailleurs, LA phrase que j’entends le plus souvent quand on suit ce genre de plan est « Mais je ne sais pas quoi écrire/dire… ». Quand on procède avec une carte mentale, on peut commencer où on veut et on ajoute ce qu’il manque par la suite. Ainsi, c’est souvent plus facile pour les jeunes d’amorcer leur texte, car on sort de la structure pour partir de leur raisonnement.

Valider la compréhension d’un jeune par rapport à un sujet : quand je laisse mes jeunes clients faire eux-mêmes leur carte mentale, ça m’ouvre la porte sur tout un pan de leur raisonnement. Je peux « voir » comment ils ont compris et intégré une information et les différents liens qu’ils font. Ainsi, si cela est erroné, je peux rapidement, et visuellement, les corriger et en discuter avec eux.

Les différents types de cartes mentales

Comme je l’ai dit plus haut, une carte mentale peut être illustrée de différentes façons. Toutefois, il existe aussi différents médiums pour la faire. On peut toujours la faire avec les bons vieux papier et crayons ou encore sur un mur ou une affiche avec des post-it. Sinon, il existe plusieurs logiciels payants et gratuits sur Internet. Il suffit de déterminer avec quel médium on est le plus à l’aise. Le but est de se simplifier la vie et non de la compliquer. 

Chaque médium comporte ses avantages et ses inconvénients. Par exemple, avec une carte dessinée à la main, vous pouvez laisser libre cours à votre créativité et inventer des symboles que vous comprenez. C’est souvent aussi plus facile de voir le résultat dans son ensemble sur papier. Par contre, il est plus difficile de la modifier et on est limité par l’espace que nous offre la feuille.

À l’inverse, les cartes mentales faites à partir de logiciels permettent plus de souplesse si on veut manipuler l’information au fur et à mesure qu’on la développe. On peut davantage déplacer les liens, ce qui permet de réfléchir à leur organisation et de voir ce qui fonctionne le mieux. Cependant, les logiciels étant des logiciels, on est souvent limités par leurs fonctionnalités qui peuvent ne pas nous convenir.

À cet effet, vous trouverez ici une liste des différents logiciels en ligne (payants comme gratuits) pour faire des cartes mentales. Je vous suggère de les explorer afin de voir lequel vous convient le mieux. Personnellement, j’aime beaucoup MindMeister  (qui offre une version gratuite et payante).

L’avantage des cartes mentales pour les jeunes avec difficultés langagières

Il n’est pas rare de voir un jeune présentant des difficultés langagières ou d’apprentissage avoir de la difficulté à élaborer et à organiser ses idées. Plusieurs de ces jeunes ont d’ailleurs un mode de pensée plus « nuagique », i.e. qu’ils voient le sujet dans son ensemble et qu’il est difficile pour eux de le décortiquer et de voir quelle étape vient en premier.

Leur demander de « commencer par le commencement » est souvent un très gros défi pour eux. La carte mentale est un outil qui leur permet justement d’avoir une vision détaillée et globale du sujet traité. Quand je leur explique, j’aime leur dire que c’est un peu comme si on prenait une photo de ce qu’ils voient dans leur tête et qu’on la mettait sur le papier pour que moi je puisse comprendre et mieux les aider.

 Les cartes mentales étant propres à chacune, elles permettent aussi aux jeunes d’avoir un certain pouvoir sur leurs apprentissages. En effet, quand nous travaillons ce concept, après que j’aie expliqué ce que c’est aux jeunes, je les laisse explorer le médium et organiser l’information comme eux la perçoivent. Ça leur permet de retrouver une certaine autonomie. Ils sont fiers de pouvoir ensuite m’expliquer ce qu’ils ont fait. C’est une excellente façon aussi pour moi de pouvoir leur compréhension et de les questionner.

 

Bref, j’adore travailler avec les cartes mentales, car elles m’ouvrent, de façon visuelle, sur la compréhension qu’un jeune se fait d’un problème, d’une situation ou d’un travail à faire.

Ce qu'il faut savoir sur la nouvelle nomenclature pour les troubles du langage

nouvelle-nomenclature-trouble-de-langage

Est-ce que ça vous est déjà arrivé en tant que parent de lire un rapport d’orthophonie et de vous demander (à plusieurs reprises) ce que signifiaient certains termes?

Si c’est le cas, eh bien je vous rassure, vous êtes un parent tout-à-fait normal et je vous comprends. Moi-même en tant qu’orthophoniste, il m’arrive d’avoir à retourner dans mes livres pour valider certaines spécificités quand j’emploie un terme afin d’être certaine que je ne me trompe pas.

Cela est d’autant plus complexe que le vocabulaire technique évolue rapidement et change souvent…. (Eh misère…)

C’est d’ailleurs le cas de ce qui était autrefois la dysphasie (ou trouble primaire du langage) et qu’on appelle maintenant trouble développemental du langage.

En tant que parent, il se peut que vous voyiez apparaître ce terme sur les bilans et rapports orthophoniques de votre enfant. J’ai donc pensé qu’il serait bien de vous expliquer ce qu’implique le trouble développemental du langage.

Qu’est-ce que le Trouble Développemental du Langage ?

En gros, on pourrait dire que le Trouble Développemental du Langage (TDL) c’est tout simplement la nouvelle nomenclature de la dysphasie qui était devenue le trouble primaire du langage, mais avec quelques nuances.

Le TDL concerne un problème d’acquisition et de maîtrise du langage qui a un impact à différents degrés dans le quotidien de l’individu.

Cela couvre plusieurs sphères du langage et peut se manifester de différentes façons. Ainsi, il n’est pas suffisant de simplement mentionner qu’un individu présente un TDL. Il faut également spécifier quelles sont les sphères langagières atteintes (p.ex. le vocabulaire, le discours, etc.)

Comme pour tout trouble, pour qu’on puisse parler d’un TDL, il faut bien évidemment que les difficultés observées perdurent dans le temps et ne se résorbent d’elles-mêmes. (À cet effet, j’ai publié, il y a quelque temps sur ma chaîne Youtube, une vidéo où je fais la distinction entre le retard et le trouble du langage si vous êtes curieux d’en apprendre plus.)

Auparavant, l’individu devait avoir reçu un suivi régulier pendant au moins 6 mois en orthophonie avant que l’orthophoniste puisse conclure à un trouble primaire du langage ou à une dysphasie.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Aucune durée d’intervention n’est obligatoire pour qu’on puisse conclure à un TDL. Autrement dit, dès l’évaluation initiale, une orthophoniste pourrait conclure à un TDL pour votre enfant. Évidemment, cela se fait après une analyse approfondie du portrait de l’enfant et des données qui ont été récoltées dans le questionnaire d’histoire de cas de l’enfant.

Outre cela, alors qu’avant on se prononçait sur la sévérité du trouble langagier en général, on se positionne maintenant sur la sévérité des impacts que ce trouble a au quotidien. Cela signifie que, au lieu de parler d’un TDL de degré modéré à sévère dans son ensemble par exemple, on parlera plutôt d’un TDL qui affecte le vocabulaire expressif à un degré modéré à sévère et la pragmatique à un degré léger.

Finalement, il n’est pas obligatoire d’avoir un écart entre les sphères verbales et non verbales dans les épreuves d’évaluation du quotient intellectuel pour conclure à un TDL.

Voici d'ailleurs ici un tableau récapitulatif de la séquence à suivre. Je me suis permis de vous le traduire pour qu'il soit plus facile à interpréter.

graphique pour blogue3.png

 

Du changement aussi pour le « retard de langage »

Peut-être avez-vous déjà entendu un ami vous dire que son enfant présente un retard de langage. Vous l’avez peut-être aussi déjà lu dans le rapport orthophonique de votre enfant.

C’est, ça aussi, chose du passé. Effectivement, comme aucune donnée scientifique ne permet de soutenir cette nomenclature, on nous recommande plutôt de parler tout simplement de difficultés de langage lorsqu’on ne peut pas conclure à un TDL, mais que le développement du langage ne correspond pas à ce qui est attendu pour l’âge de l’enfant.

Encore une fois, il faut spécifier quels sont les aspects langagiers concernés par les difficultés, donc les sphères langagières qui sont atteintes.

Sans oublier des troubles de sons de la parole…

Dorénavant, lorsque nous constatons des difficultés sur le plan des sons de la parole, nous parlons de Trouble du Développement des Sons de la Parole (TDSP), et ce, peu importe que la cause de ce trouble soit d’ordre structurelle, linguistique ou motrice.

Évidemment, pour parler de trouble, il faut tout de même que ces difficultés persistent dans le temps. Autrement, il sera davantage questions de difficultés sur le plan des sons de la parole tout simplement.

Petite particularité intéressante, aucune recommandation n’a été émise à savoir si un TDSP fait partie du TDL ou est un trouble à part entière. Ainsi, il se peut que d’une orthophoniste à l’autre, vous voyiez la même conclusion en ce sens, mais rédigée différemment. Il est donc important de lui poser vos questions si jamais cela n’est pas clair pour vous.

Dans le cas d’une autre condition médicale, ça change aussi…

Il arrive très fréquemment qu’un trouble du langage s’inscrive dans un contexte X comme un trouble du spectre de l’autisme, une déficience intellectuelle, une paralysie cérébrale, etc.

Dans ces cas, vous ne devriez pas retrouver la nomenclature TDL dans la conclusion du rapport orthophonique de votre enfant, mais plutôt « trouble du langage associé à X ».

Pourquoi on ne parle pas de TDL ? Tout simplement car les difficultés développementales ne sont pas spécifiques au langage, mais sont globales et touchent également d’autres sphères du développement comme l’aspect moteur ou affectif en plus d’affecter le langage.

ATTENTION !!! Il est TRÈS FRÉQUENT qu’un individu présente un autre trouble en plus d’un TDL. Autrement dit, certains troubles concomitants comme le TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité), le trouble de traitement auditif et autres troubles n’empêchent pas de conclure à un TDL.

Pourquoi avoir changé de terme si c’est la même chose ?

Auparavant, il était possible de voir une même conclusion rendue différemment selon l’orthophoniste et, surtout dans le cas de demandes précises pour des subventions et des allocations par exemple, si nous n’employions pas la terminologie exigée, cela n’était pas valide même si, en bout de ligne, la conclusion voulait dire la même chose.

Ainsi, un panel de 59 experts se sont consultés pour en arriver avec cette nouvelle nomenclature qui s’applique aussi bien au milieu clinique qu’en recherche.

Par contre, il faut noter qu’en tant qu’orthophoniste, notre ordre nous a demandé, durant la période de transition, d’utiliser les anciens termes entre parenthèses afin de s’assurer de la compréhension de tous.

 

 

J’espère qu’avec tout cela, vous comprendrez un peu mieux les fameux termes orthophoniques. Et si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à m’écrire directement et ça me fera plaisir d’en discuter avec vous!

Les avantages et limites des aides technologiques

avantages-limites-aides-technologiques

Bien qu’il en existe une panoplie, on associe souvent les aides technologiques aux ordinateurs et logiciels informatiques*. C’est d’ailleurs souvent ces aides devant lesquelles les parents sont le plus réticents pour leurs enfants de peur que ceux-ci ne deviennent « paresseux ».

Les technologies d’aide permettent notamment d’augmenter l’autonomie dans les apprentissages, d’améliorer la justesse et la vitesse du travail en classe et d’offrir des situations d’apprentissage positives et de succès à l’élève. Cela augmente sa motivation devant ses apprentissages.

Par contre, bien que fort utiles, ces technologies présentent aussi des limites et ne peuvent pas compenser toutes les difficultés de l’élève. Les technologies ne peuvent compenser un enseignement inefficace, éliminer un trouble d’apprentissage ou encore allumer une passion forte pour l’école chez l’élève.

J’ai donc pensé qu’il serait pertinent de démêler pour vous les avantages et les limites des aides technologiques.

Les avantages des aides technologiques

Quand un élève éprouve des difficultés à l’école et que celles-ci persistent malgré ses nombreux efforts et les adaptations déjà mises en place, sa motivation et son estime de lui s’en trouve affectées. C’est alors qu’on pense à mettre en place des aides technologiques pour supporter le jeune dans ses apprentissages.

Une aide technologique, c’est en fait un outil (ordinateur, logiciel, calculatrice, etc.) qui aide le jeune à réaliser une tâche ou à développer des habiletés, chose qu’il n’aurait pu faire sans ce type d’aide. Plusieurs études ont démontré les impacts positifs de leur utilisation, et ce, dans des contextes variés.

Elles favorisent un meilleur sentiment d’autoefficacité

Je crois que personne ici ne trouve facile et surtout satisfaisant de fournir de gros efforts et de ne pas avoir de bons résultats ou les résultats attendus, et ce, à chaque fois. C’est ce que vivent plusieurs des enfants présentant un trouble d’apprentissage. Malgré tout le travail et le temps qu’ils mettent, ils éprouvent de la difficulté à l’école, ce qui est très décourageant.

Les aides technologiques permettent aux jeunes de se sentir plus efficaces, car enfin ils ont des résultats à la hauteur de leurs efforts. En effet, en compensant leurs difficultés avec l’outil, les élèves peuvent enfin mettre à profit leurs réelles habiletés. Ainsi, ils ont souvent de meilleurs résultats, ce qui entretient une certaine fierté.

Elles augmentent le niveau de motivation des élèves

Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je réussis quelque chose, ça me donne un regain d’énergie et j’ai le goût de recommencer pour le réussir encore. À l’inverse, si je ne le réussis pas, après une fois, je vais essayer avec une autre technique, mais après plusieurs échecs, je me décourage et je laisse tomber.

C’est un peu ce qui se passe avec les jeunes qui ont un trouble d’apprentissage. Le fait de ne pas réussir dans leurs apprentissages scolaires peut être très démotivant. Ça devient un cercle vicieux : moins ils réussissent, moins ils ont envie de mettre les efforts pour y arriver. Et c’est d’autant plus difficile quand il faut mettre de plus en plus d’efforts et qu’ils ne portent pas fruit…

La mise en place d’une aide technologique peut, dans plusieurs cas, redonner aux jeunes cette motivation perdue. Elle leur permet de diminuer la dose d’efforts qu’ils doivent mettre pour se concentrer sur l’essentiel et réussir la tâche. À force de réussites, mais également à diminuer le niveau d’efforts à fournir pour un même résultat, les jeunes sont encouragés, ce qui les motive à poursuivre leurs apprentissages et parfois même à pousser plus loin que ce qu’on attend d’eux.

Elles favorisent une meilleure autonomie dans les apprentissages

Le fait d’utiliser une aide technologique dans les travaux scolaires libère de l’énergie pour d’autres ressources cognitives. Par exemple, si un jeune qui éprouve des difficultés en lecture doit mettre toute son énergie à décoder et identifier les mots, il ne lui en restera que très peu pour comprendre ce qu’il lit. Si on lui permet d’utiliser un logiciel de rétroaction vocale, il pourra alors concentrer son énergie cognitive sur la compréhension du texte qui lui est lu. Ainsi, le résultat obtenu lors d’une évaluation sera plus représentatif des habiletés réelles de compréhension de texte de l’élève.

De plus, étant maintenant moins surchargé sur le plan cognitif, l’élève est davantage disposé à généraliser ses stratégies d’apprentissage et à les mettre en application par lui-même sans besoin d’une aide externe de l’adulte.

J’aime voir cela comme un cercle vertueux : parce que l’élève bénéficie d’une aide qui le libère cognitivement, il a plus d’énergie à mettre pour développer ses stratégies d’apprentissage et utiliser le logiciel efficacement, ce qui l’aide d’autant plus.

Les limites des aides technologiques

Je compare souvent les aides technologiques à une paire de lunettes. Bien qu’elles aident à compenser certaines difficultés, elles présentent tout de même des lacunes et ne font pas tout le travail à la place de l’élève.

Il est donc important d’être au courant des limites des aides technologiques que vos enfants/élèves utilisent pour pouvoir les entrainer adéquatement à leur utilisation.

Elles demandent une adaptation et un entrainement

Lorsqu’on introduit un nouvel outil à un élève, il est important de l’entrainer à bien utiliser celui-ci. Si l’élève ne sait pas comment bien l’utiliser, l’aide technologique ne sera fort probablement pas d’une grande aide et le jeune risque de se décourager et de ne pas en voir l’utilité.

Des études ont d’ailleurs démontré que plus les élèves ont des difficultés, moins bien ils utilisent les aides technologiques alors qu’ils pourraient possiblement en bénéficier. Il est donc d’autant plus important d’inclure des activités au quotidien pour amener le jeune à utiliser son outil et à l’apprivoiser.

Plus complet et varié est l’entrainement, meilleure sera l’utilisation que l’élève fera de ses outils par lui-même par la suite et à long terme.

Elles ne règlent pas toutes les difficultés des élèves

Certains élèves se découragent de constater qu’il leur est encore difficile de réaliser des tâches malgré qu’ils aient une aide technologique à leur disposition. Il est donc important, lorsqu’on introduit une aide technologique à un élève, de lui mentionner que cela ne règlera pas tout et qu’il devra continuer à mettre des efforts pour bien réussir.

Il devra donc continuer à développer sa capacité à analyser et à se questionner sur ses démarches et continuer d’appliquer les stratégies qu’on lui enseigne. Il aura même parfois à s’adapter pour les appliquer différemment avec l’aide de son nouvel outil.

Elles exigent de l’autonomie de la part de l’élève

Bien que les outils technologiques puissent aider l’élève grandement dans ses apprentissages, ils ne réfléchissent pas à sa place, ce qui fait en sorte que les erreurs demeurent possibles. Autrement dit, l’élève doit encore fournir des efforts et s’impliquer dans ses apprentissages.

Tout d’abord, il doit lui-même être en mesure d’évaluer quand il a besoin de son outil et comment l’utiliser adéquatement dans les tâches. De plus, il doit être capable de palier aux lacunes de son outil. Pour reprendre mon exemple de la compréhension de texte, même s’il a un logiciel de rétroaction vocale, l’élève doit être en mesure de le relever lorsqu’il y a des passages du texte qu’il ne comprend pas ou encore savoir où trouver l’information pour répondre aux questions posées.

Dans le fond, ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est que les aides technologiques sont des outils qui s’ajoutent aux autres outils « standards » et qui présentent des avantages considérables, mais également des limites qu’il ne faut pas négliger.

Si vous introduisez une aide auprès d’un jeune, il est important d’être bien informé de son utilité ainsi que de la façon dont elle pourra aider l’élève pour bien la lui présenter.

Évidemment, les aides utilisées et les configurations varient selon les besoins et difficultés de chaque élève.

Si vous vous questionnez sur certaines aides technologiques, n’hésitez pas à me contacter. Parfois, le fait de discuter avec un professionnel permet d’éclaircir certains questionnements.

 

Et pour une version vidéo de ce même article, vous n'avez qu'à cliquer sur l'image. 

*Dans le cadre de cet article, j’ai préféré ne m’en tenir qu’aux aides technologiques qui sont d’ordre informatique et qui viennent supporter la lecture et l’écriture.

 

Pourquoi mon enfant sait lire, mais ne sait pas écrire...

Cover blogue.jpg

« Je ne comprends pas pourquoi il a de si mauvaises notes en dictées et fait autant de fautes! Il lit beaucoup et il est bon pour lire pourtant! » 

Cette phrase, je l'ai entendue à maintes reprises. Tellement que je me suis dit qu'écrire un article sur le sujet en valait sûrement la peine. En fait, je peux comprendre ces parents qui disent cela parce que partout on lit et on entend que la lecture c'est bon pour le vocabulaire et l'écriture. C'est vrai, mais... 

J'ai donc décidé de vous expliquer ce fameux « mais » pour qu'on se défasse une fois pour toute de l'idée que parce qu'une personne lit sans difficulté, elle écrira forcément sans erreur...

Écrire c'est difficile, point

On va se le dire, écrire les mots du français, c'est difficile. Tout d'abord, notre alphabet comprend 26 lettres qui servent à transcrire 36 phonèmes (sons). Conséquemment, on n'a pas le choix de combiner des lettres pour pouvoir rendre compte de tous les sons de notre langue par écrit. On parle alors de « graphème » qui est l'unité écrite correspondant à un son. Comme si déjà ce n'était pas assez complexe tout ça, il faut savoir qu'il existe plus de 100 graphèmes (lettres et combinaisons de lettres) pour écrire les 36 phonèmes (sons) de notre belle langue. 

C'est également important de comprendre que le français est une langue non transparente. Autrement dit, les correspondances entre les sons et les graphèmes sont variées. Par exemple, le son /o/ peut s'écrire « o, ot, au, eau ». Donc pour un seul son, on a quatre possibilités... (Dans d'autres langues, comme en italien, ce n'est pas du tout le cas. Un son s'écrit d'une seule façon...)

Ajoutez à cela l'inconsistance de notre langue entre la lecture et l'écriture. Pour reprendre l'exemple du son /o/, celui-ci peut s'écrire d'une foule de manières selon le contexte (et les exceptions). Par contre, les graphèmes « o, ot, au, eau » se lisent tous d'une seule façon, c'est-à-dire /o/. C'est donc un peu plus facile à retenir.

Le problème de l'orthographe quand la langue est inconsistante, c'est qu'on peut difficilement s'appuyer sur des règles orthographiques ou sur des régularités parce qu'il y a toujours cette exception quelque part qui ne s'explique pas et qu'il faut juste « connaitre »... C'est le cas de PLUSIEURS mots de notre langues qui contiennent au moins un graphème inconsistant pour lequel l'application de règles est impossible...

Lire n'est pas suffisant pour maitriser l'orthographe

Je n'apporte rien de nouveau ici en vous disant que plusieurs études ont mis en évidence le lien entre le niveau de lecture et le niveau de connaissances orthographiques chez les jeunes. Par contre, bien peu d'entre elles ont pu préciser les processus d'apprentissage de l'orthographe lexicale* pendant la lecture. 

L'apprentissage se fait selon deux versants : explicite et implicite.

L'apprentissage explicite consiste à expliquer clairement à l'enfant ce qu'il doit faire ou à préciser un concept notamment. En lecture et en écriture, c'est par exemple apprendre qu'on écrit un son X d'une façon Y (ou que les lettres ABC mises ensemble font le son Z). 

L'apprentissage implicite consiste, à l'inverse, à acquérir des connaissances sans en avoir conscience. Ainsi, pour ce qui est de l'orthographe lexicale, la principale situation d'apprentissage implicite serait... la lecture. Et c'est là que mon MAIS entre en jeu...

Chez un normo-lecteur qui n'a pas de difficultés outre mesure que ce soit sur le plan du langage ou de l'apprentissage, cet apprentissage implicite se fait naturellement et plus facilement. Toutefois, chez un jeune qui présente des difficultés (en lecture et/ou en écriture), cet apprentissage doit le plus souvent se faire de façon explicite. 

Il n'est pas rare qu'on remarque, chez un bon lecteur qui présente des difficultés en orthographe, des déficits sur le plan des habiletés phonologiques et métalinguistiques (soit, la capacité à analyser les mots et leurs processus de formation) quand on gratte un peu.

Autrement dit, la lecture jouerait un rôle majeur dans l'apprentissage implicite de l'orthographe lexicale, mais encore faut-il que le jeune ait la capacité de procéder à cet apprentissage. Et, bien évidemment, dans le cas où la lecture de mots est perturbée par des difficultés de lecture, alors la mémorisation de l'orthographe correcte d'un mot sera moindre.

Lire pour faire du sens

Dans son livre intitulé Comment les enfants apprennent l'orthographe, Béatrice Pothier explique que lorsqu'on lit, on ne porte pas forcément attention à l'orthographe des mots et aux procédés d'écriture.

On tente plutôt de dégager le sens du texte. Autrement dit, notre objectif premier est de comprendre ce qu'on lit et non pas d'apprendre comment c'est écrit. Ainsi, comme l'attention est mise sur le contenu et non pas sur le contenant, la lecture ne contribue pas autant à l'apprentissage de l'orthographe lexicale que ce qu'on pourrait croire.

Et les autres facteurs...

Il est évident que l'apprentissage et le langage étant deux éléments complexes, le niveau de lecture ne peut expliquer à lui seul l'apprentissage de l'orthographe lexicale. Il persiste donc un taux de variabilité dans l'apprentissage de l'orthographe lexicale qui ne peut être expliqué par la lecture à elle seule. 

Fait intéressant, certains lecteurs retiennent l'orthographe de mots qu'ils ont pourtant mal lus... 

Ainsi, la meilleure façon d'améliorer ses connaissances orthographiques par la lecture consiste à analyser les particularités des mots, les exceptions, les régularités, etc.

Je vous suggère donc, lorsque vous lisez avec votre enfant ou que vous faites ses devoirs, de prendre quelques minutes pour vous arrêter sur certains mots particuliers ou des mots que l'enfant vient d'apprendre récemment et de discuter de la façon dont on les écrit. 

Et vous? Quels sont les trucs que vous utilisez avec vos enfants pour favoriser la mémorisation d'un mot difficile?

*Orthographe lexicale = comment écrire un mot, sans égard aux règles d'accord en genre et en nombre.

Est-ce que votre jeune est VRAIMENT dyslexique?

est-il-vraiment-dyslexique.jpg

Généralement, quand on me parle de difficultés de lecture, on s'inquiète quasi-automatiquement en se disant que c'est forcément une dyslexie*. Il est indéniable qu'il s'agit d'un trouble spécifique du langage écrit. Toutefois, avec l'expérience, j'ai rapidement réalisé qu'il y a autant de types de difficultés en lecture et en écriture qu'il y a de jeunes... En effet, le seul point commun que je trouve à tous ces jeunes qui viennent me consulter sont les difficultés en lecture (et en écriture). Le langage écrit faisant partie de mes spécialités, mais surtout étant l'un de mes principaux champs d'intérêts dans mon domaine, j'ai décidé de vous écrire un billet sur la fameuse dyslexie pour la démystifier autrement.  

Environ 1 jeune sur 5 présente des difficultés en lecture (et en écriture). Toutefois, ces difficultés n'ont pas toutes la même « cause ». Dans d'autres mots, bien que la dyslexie pose véritablement défi à l'apprentissage et à l'automatisation de la lecture, ce ne sont pas toutes les difficultés de lecture qui sont forcément une dyslexie. 

La véritable dyslexie

La dyslexie c'est quoi? En résumé, il s'agit d'un déficit de lecture associé à des difficultés sur le plan du traitement des sons. Un mot ce n'est rien d'autre qu'une composition de différents sons qui, mis ensemble, font du sens. Ces sons, on les appelle les phonèmes. Lorsqu'on apprend à lire, on apprend à créer des associations entre les lettres de l'alphabet et les sons qui forment les mots. Autrement dit, on apprend qu'une lettre fait tel son ou qu'un son s'écrit avec telle lettre ou séquence de lettres.

L'individu dyslexique présente des difficultés à établir les bonnes correspondances entre les sons et les lettres (aussi appelées graphèmes). Par exemple, il est difficile pour lui de savoir que le son /u/ s'écrit ou et non au ou encore que le son /b/ s'écrit b et non d. On pourrait parfois penser, devant la ressemblance visuelle de certaines lettres, que les erreurs commises par les dyslexiques sont d'ordre visuel. L'aspect visuel peut notamment jouer un rôle dans les difficultés de lecture et d'écriture. Toutefois, dans le cas où il s'agit plutôt d'une difficulté sur le plan du traitement des sons, la fameuse confusion b/d ou p/q n'est pas associée au fait que l'individu dyslexique ne distingue pas ces lettres. C'est plutôt parce qu'il ne peut se rappeler quelle lettre va avec quel son, ce qui est d'autant plus difficile quand en plus, les lettres se ressemblent visuellement parlant.

L'individu dyslexique peut également éprouver de la difficulté avec les séquences de sons d'où le fait qu'il inverse ou omet notamment des syllabes dans les mots. 

ATTENTION! Ce n'est pas parce qu'une personne est dyslexique qu'elle est nécessairement « moins intelligente ». Ça n'a AUCUN lien. 

Mais si c'est pas une dyslexie, c'est quoi alors?

Trouble développemental du langage

Les difficultés de lecture peuvent être attribuables à une multitude de facteurs variés. En tant que professionnelle du langage, il m'arrive souvent de voir des jeunes avec un trouble développemental du langage (donc une atteinte principale du langage oral) avoir également des difficultés en lecture sans pour autant que ce soit de l'ordre de la dyslexie. 

En effet, ces jeunes qui ont parfois de la difficulté à s'exprimer comme à comprendre, ne maitrisent pas bien le langage à l'oral. Je vous laisse imaginer alors le défi que cela représente pour eux d'apprivoiser le langage écrit qui est, disons-le, assez différent et assez complexe par rapport à l'oral. Ainsi, toute l'énergie mise pour comprendre le sens des mots et des phrases à l'écrit ou encore pour organiser son discours en contexte de production écrite est sollicitée. Il en reste peu pour bien décoder les mots ou bien les orthographier. 

Ces jeunes qui ont des difficultés sur le plan du langage oral trouvent généralement plus ardu l'apprentissage de la lecture et de l'écriture parce que cela demande d'emblée une bonne maîtrise du langage. À l'école, une des façons d'évaluer le « niveau de langage » passe par la lecture et l'écriture. Ainsi, on tend à assumer que le jeune présente des habiletés langagières suffisantes lorsqu'on évalue le code écrit et toutes ses particularités, ce qui n'est pas le cas pour tous les élèves... 

Trouble du traitement auditif

Il existe un trouble dont on entend peu parler, mais qui pourtant a des conséquences sur plusieurs sphères : le trouble du traitement auditif (TTA). Il s'agit d'une « incapacité à analyser correctement et à traiter les sons entendus »**. 

Les difficultés de lecture et d'écriture présentées par un individu présentant un TTA peuvent s'apparenter à celle d'une dyslexie sans pour autant en être une. Les individus avec un TTA ont également des difficultés avec la perception des sons à l'oral, ce qui n'est pas forcément le cas des dyslexiques. Par exemple, ils pourraient confondre le mot poisson et poison parce qu'ils se ressemblent beaucoup sur le plan de la sonorité. De plus, il ont également de la difficulté à établir les frontières entre les mots, du fait qu'ils ont de la difficulté à analyser correctement les sons entendus. Cette difficulté transparait davantage à l'écrit qu'à l'oral. Ainsi, ils pourraient écrire « léléphant » au lieu de l'éléphant. 

Force est donc de constater que si le jeune éprouve de la difficulté à traiter les sons à l'oral, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture sera d'autant plus ardu...

Et plein d'autres possibilités...

Je vous ai parlé plus en profondeur de troubles langagiers qui peuvent avoir un impact sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, car c'est directement associé à ma profession, mais il y en a plusieurs autres. 

Pour n'en lister que quelques uns :

  • Trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) : Ce trouble est notamment associé à de l'impulsivité et à des difficultés sur le plan de l'attention, de l'organisation et de la planification. On comprend donc que, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture demandant toutes ces capacités, cela peut avoir un certain impact... 
  • Problèmes associés à des difficultés de traitement visuel : est-ce que l'enfant est en mesure d'établir un bon focus sur la page, de « scanner » le mot au complet, etc? On s'entend que s'il ne voit pas l'ensemble des mots qu'il doit traiter, l'apprentissage de la lecture risque de ne pas être de tout repos.

Ok et maintenant je fais quoi si mon jeune a des difficultés de lecture?

Tout d'abord, la seule façon de distinguer quelle est l'origine de ces difficultés est de consulter un professionnel notamment une orthophoniste ou un neuropsychologue. À l'aide de tests spécifiques, ils pourront vous dire si votre enfant est véritablement dyslexique ou si ses difficultés sont attribuables à autre chose. 

Aussi, il est important de savoir que ce n'est pas parce que votre enfant est dyslexique qu'il ne pourra jamais s'améliorer en lecture ni en écriture. Peu importe l'origine des difficultés de votre enfant, il progressera à son rythme. Par contre, pour lui assurer la meilleure progression possible, il est important de savoir à quel trouble on a affaire histoire de proposer des interventions spécifiquement adaptées. 

Si vous avez des questions concernant les difficultés de lecture et/ou d'écriture de votre enfant, la meilleure façon d'en avoir le coeur net c'est de consulter un spécialiste (Dr. Google est bien généreux de ses informations, mais elles ne sont pas toujours nuancées). 

*Pour faciliter la compréhension de ce texte, je parle ici de dyslexie, mais en jargon orthophonique, on parlera plutôt de trouble spécifique du langage écrit. 

**Définition tirée du document de l'institut Raymond-Dewar.