La stimulation du langage... ça mange quoi en hiver?

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Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Peut-être même votre enfant en a-t-il déjà reçu sans que vous sachiez qu’il s’agissait de cela. Je parle ici de la stimulation du langage. Étant orthophoniste, c’est une pratique avec laquelle j’ai appris à me familiariser avec le temps et surtout que j’ai toujours trouvée fort pertinente.

Pourtant, ce n’est pas le cas de tous mes collègues et d’un certain sens, je peux les comprendre. Certaines n’ont pas vu la venue des agents de stimulation du langage d’un bon œil, par crainte de voir leurs compétences professionnelles sous-estimées ou diminuées. D’autres aiment bien l’idée, mais ne savent pas trop quand ni comment faire appel à un agent de stimulation du langage.

Alors pour un parent, je comprends fort bien que ça peut être assez flou de distinguer orthophonie de stimulation du langage.

J’ai donc décidé de vous résumer dans cet article comment orthophonie et stimulation du langage se distinguent, mais surtout comment ils se complètent.

Quelle est la différence principale entre les deux?

Selon la définition de l’OOAQ, « l’orthophoniste est le professionnel des troubles de la communication qui évalue et traite les personnes aux prises avec des problèmes variés » touchant notamment le langage, la communication, la parole et la voix.

Pour sa part, l’agent de stimulation du langage agit sous la supervision de l’orthophoniste pour réinvestir les stratégies vues en orthophonie dans le milieu de l’enfant dans le but de favoriser le transfert et la généralisation des acquis en matière de langage.

Autrement dit, l’agent de stimulation du langage agit comme exécutant à partir des objectifs ciblés par l’orthophoniste. Seule l’orthophoniste peut évaluer un enfant et émettre une conclusion orthophonique. C’est également elle qui détermine l’orientation à prendre pour un suivi et les objectifs langagiers qui seront à prioriser.

De son côté, l’agent de stimulation du langage s’implique davantage dans le milieu de l’enfant. Son rôle premier est de favoriser la généralisation et l’application des stratégies vues dans le bureau de l’orthophoniste. Il va généralement dans le milieu de l’enfant (garderie, domicile, école) pour appliquer les recommandations de l’orthophoniste.

Quelle certification ont les agents de stimulation du langage par rapport aux orthophonistes ?

Ne peut pas être orthophoniste qui veut. En fait, devenir orthophoniste demande de faire des études universitaires de 2ème cycle. Il faut faire une maîtrise en orthophonie. Une fois le diplôme obtenu, il est possible de pratiquer seulement en payant sa cotisation à son ordre professionnel. Au Québec, il s’agit de l’Ordre des Orthophonistes et Audiologistes du Québec (OOAQ).

En ce qui concerne la stimulation du langage, comme il ne s’agit pas actuellement d’un titre protégé, théoriquement n’importe qui peut en faire. Plusieurs éducateurs spécialisés en font dans leur milieu sans pour autant avoir été spécialement formés par rapport au développement langagier. Cependant, je crois qu’il est important de sensibiliser la population au fait qu’il existe des formations spécifiques dans le domaine. Cela permet d’être plus sélectif dans le choix de l’agent de stimulation du langage avec qui vous collaborerez.

Il existe effectivement un programme collégial reconnu par le ministère de l’éducation (MELS) offert à différents endroits à travers la province de Québec. Ce programme est encore méconnu, mais mériterait selon moi, à l’être davantage, car il est spécifique à l’intervention et au développement du langage. D’ailleurs, plusieurs éducateurs à l’enfance ou éducateurs spécialisés l’ont suivi pour approfondir leurs connaissances en matière de développement du langage.

Ce programme est en fait une attestation d’études collégiales (AEC) s’adressant aux individus détenant un diplôme d’études collégiales ou universitaires dans un domaine psychosocial.

 

Comment les orthophonistes et les agents de stimulation du langage collaborent-ils?

Comme je l’ai mentionné plus haut, le rôle premier de l’agent est d’appliquer les stratégies travaillées par l’orthophoniste dans le milieu de l’enfant afin de favoriser la généralisation des objectifs ciblés.

Cela demande donc de collaborer. L’un ne peut remplacer l’autre à mon avis. Ils sont complémentaires.

Dans certains cas, l’orthophoniste peut faire appel aux services d’un agent de stimulation du langage notamment pour libérer des plages dans son horaire afin d’offrir les services à un plus grand nombre de clients. L’agent peut assurer une fréquence d’interventions permettant ainsi à l’orthophoniste d’espacer un peu ses suivis (sans toutefois cesser de voir le client) selon où l’enfant en est rendu.

Dans les cas où une orthophoniste aurait une liste d’attente, le fait de faire appel à un agent de stimulation du langage représente une belle option pour permettre d’offrir le service au plus grand nombre de jeunes et ainsi répondre à la mission préventive que l’ordre nous suggère.

Plusieurs autres situations sont propices au recours aux services d’un agent de stimulation du langage pour complémenter les services de l’orthophoniste. Il suffit simplement de s’informer et de voir comment est-ce ce que celle-ci pourrait référer à un agent.

 

Quand puis-je faire appel à un agent de stimulation du langage pour mon enfant?

En soit, toutes les situations où l’enfant est suivi en orthophonie sont propices à faire appel à un agent de stimulation du langage. Toutefois, il est important d’en discuter d’abord avec votre orthophoniste. Elle pourra vous informer de la direction qu’elle souhaite prendre pour le suivi et discuter avec vous des meilleures circonstances pour collaborer avec un agent de stimulation du langage.

Il n’est pas toujours évident de trouver par soi-même (qu’on soit parent ou intervenant) un agent de stimulation du langage qui saura répondre à nos besoins et à ceux de notre enfant.

Pour ma part, je collabore avec Tutorax, une entreprise du Québec qui offre des services de stimulation du langage. J’œuvre moi-même au sein de cette entreprise et j’ai pu mettre en place ce service en m’assurant que les agents de stimulation du langage se joignant à notre équipe présentaient les compétences nécessaires. D’ailleurs, nous sommes deux orthophonistes à offrir à notre équipe des ateliers de formation continue afin qu’ils soient bien informés et efficaces dans leurs interventions.

 

Si vous êtes une orthophoniste et aimeriez collaborer avec des agents de stimulation du langage, mais ne savez pas trop comment, n’hésitez pas à m’écrire. Nous pourrons regarder ensemble comment le fait de faire appel à ce service pourra grandement améliorer votre pratique.

Si vous êtes un parent et vous vous demandez si vous pouvez bénéficier des services d’un agent de stimulation du langage, je vous invite à contacter directement Tutorax. Ils pourront alors répondre à toutes vos questions

Petit éloge du dictionnaire Eurêka

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Une question qu’on me pose souvent outre les demandes pour des suggestions de jeux est la demande en lien avec le dictionnaire.

Lorsque les jeunes commencent l’école, les parents aiment les outiller correctement, ce qui est tout à fait compréhensible. On me demande souvent quel dictionnaire acheter à un jeune présentant des difficultés et qui débute le primaire.

À cette question, je donne toujours la même réponse : Le dictionnaire Eurêka!

Laissez-moi vous expliquer pourquoi je ne jure que par ce dictionnaire.

Spécifique à l’orthographe

Contrairement à la plupart (voire tous) des dictionnaires qu’on trouve sur le marché, le dictionnaire Eurêka n’a pas pour objectif de fournir une définition ou une explication par rapport à un terme. D’ailleurs, on n’y trouve aucune définition.

Ce dictionnaire permet principalement et seulement de trouver l’orthographe correcte des mots, et ce, à partir des sons entendus dans le mot recherché. Les auteurs ont d’ailleurs ajouté des sections présentant des règles utiles pour simplifier l’apprentissage de l’orthographe.

Le fait que le dictionnaire Eurêka ne cible que l’orthographe des mots favorise l’apprentissage de l’écrit notamment chez les jeunes présentant des difficultés. En effet, ceux-ci ont accès directement à l’information recherchée, ce qui permet d’éviter la surcharge cognitive associée à une quantité trop élevée d’informations à traiter et à manipuler.

Parfait pour travailler les habiletés métalinguistiques tout en développant son lexique orthographique

J’ai mentionné ci-dessus qu’on trouve le mot recherché à partir des sons qui le composent. Oui oui! Il s’agit du seul dictionnaire (à ma connaissance), dont la structure de recherche repose sur le principe de la conscience phonologique.  

L’orthophoniste en moi dansait littéralement de joie lorsque j’ai découvert le merveilleux principe de ce dictionnaire. La plupart des jeunes présentant des difficultés en lecture et en écriture (sur le plan de l’orthographe) ont des fragilités sur le plan des habiletés métalinguistiques.

En effet, pour trouver l’orthographe d’un mot, il faut d’abord le décortiquer en sons. Cela représente donc une merveilleuse occasion de travailler la syllabation, puis la segmentation d’un mot en sons. Cela permet également de bien accompagner l’enfant s’il fait une erreur dans son processus de segmentation et omet des sons par exemple.

Facile d’utilisation pour les enfants

Un autre des aspects que j’adore avec ce dictionnaire, c’est qu’il est si simple d’utilisation, que les jeunes deviennent rapidement autonomes dans leurs recherches. Cela en fait donc un outil parfait à consulter par le jeune, et ce, même s’il n’est pas accompagné d’un adulte pour le guider.

Évidemment, comme pour n’importe quel outil, cela demande tout de même un temps d’adaptation et de pratique encadré par l’adulte. Toutefois, de manière générale, je dirais que les jeunes intègrent rapidement le principe et ce n’est pas long qu’ils n’ont plus besoin de notre support.

D’ailleurs, puisque le dictionnaire Eurêka ne contienne que l’orthographe sans définitions, il n’est guère plus épais qu’un petit manuel scolaire, ce qui fait en sorte qu’il est facile de le trainer partout.

Et pour les définitions, il y a toujours Google…

Si vous cherchez tout de même un dictionnaire qui propose des définitions pour votre enfant, je vous partage le truc que j’utilise le plus en thérapie : Google. 

Je ne dis pas cela parce que je suis contre les dictionnaires classiques. Cependant, souvent pour les jeunes avec des difficultés langagières, le principe de recherche dans un dictionnaire (principe d’ordre alphabétique) ainsi que la façon dont les définitions sont écrites sont trop complexes. Ça c’est sans compter les mots polysémiques, i.e. qui présentent diverses significations selon le contexte.  

Lorsque nous avons besoin de trouver ce que signifie un mot, j’invite toujours mes jeunes à faire une recherche sur Google, et ce, pour plusieurs raisons : 

  1. Les jeunes aiment la technologie et cela fait souvent changement quand je leur permets de travailler sur l’ordinateur. C’est d’ailleurs plus motivant pour eux.

  2. La charge cognitive associée à la recherche sur l’ordinateur est moins élevée : on écrit le mot et on fouille selon ce qu’on recherche.

  3. On a accès à l’information sous différentes formes : des définitions, des images, des vidéos… Cela fait donc en sorte que si la définition écrite est trop difficile à comprendre, on peut aller soutenir cela avec une vidéo par exemple.

  4. Le jeune apprend, par le fait même, des nouvelles stratégies pour mener sa recherche correctement. Il pourra ensuite les généraliser dans d’autres contextes (p.ex. lorsqu’il fera une recherche d’informations pour un travail scolaire).

 

 

Pour conclure ce petit éloge et mettre la cerise sur le sundae, vous pouvez trouver le dictionnaire Eurêka dans pratiquement toutes les librairies et il est très abordable (autour de 25-30$ tout dépendant de l’exemplaire que vous achetez). Personnellement, je vous conseille d’opter pour le Grand dictionnaire Eurêka qui contient plus de mots et qui coûte à peine plus cher que le dictionnaire Eurêka.

La téléorthophonie : est-ce vraiment efficace ?

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La téléorthophonie étant encore en émergence, il n’est pas rare que je discute avec des parents ou des professionnels qui sont réticents devant cette approche, et ce, pour diverses raisons.  

Pourtant, quand on fouille un peu sur Internet et dans les bases de données scientifiques, on trouve déjà plusieurs écrits scientifiques qui font état de l’efficacité de ce mode d’intervention. Pour ma part, je ne crois pas vous apprendre quoi que ce soit en vous disant que je suis adepte de la téléorthophonie et que je l’utilise de plus en plus dans ma pratique.

Évidemment, il importe de considérer tous les côtés de la médaille dans l’utilisation de cette approche. Voilà pourquoi j’ai décidé de faire le point pour vous sur cette méthode qui suscite encore bien des questionnements.

Petit rappel de ce qu’est la téléorthophonie

Si vous avez déjà lu mes articles précédents, vous savez un peu en quoi consiste la téléorthophonie et pourquoi je trouve cette méthode avantageuse sur plusieurs plans.

Sinon, en gros, la téléorthophonie est le terme faisant référence à un service offert via les technologies et la télécommunication. Cela permet notamment au professionnel d’offrir un service ciblé et spécifique en direct, et ce, malgré la distance géographique qui peut le séparer de son client.

Les avantages que j’y vois en tant qu’orthophoniste

Les jeunes d’aujourd’hui sont littéralement nés avec des appareils technologiques entre les mains. Pour eux, ça n’a rien de nouveau et d’intimidant au contraire! Combien de fois d’ailleurs ai-je vu un jeune de 10 ans expliquer à son parent comment fonctionne un logiciel X ou encore un jeune de 4 ans naviguer lui-même sur Internet avant même de savoir lire et écrire. Bref, pour ces jeunes, la technologie et la téléorthophonie n’ont rien de révolutionnaire par rapport à un suivi dit « classique ». Pour certains d’entre eux, le principe d’intervention à distance est même moins anxiogène, car ils sont plus à l’aise derrière un écran.

À cet effet, il n’est pas rare que je vois la motivation et l’engagement des jeunes croitre lorsqu’ils utilisent l’ordinateur, ce qui est positif pour leurs apprentissages. Je trouve également que la téléorthophonie leur confère une certaine autonomie, car ce sont eux qui sont devant l’ordinateur et qui gèrent parfois ce qui se passe sur l’écran.

D’ailleurs, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la téléorthophonie peut s’adapter à une grande diversité de problématiques langagières et de clientèles. Il n’en reste pas moins que dans certains cas, l’intervention en personne sera mieux. Pour ma part, à moins d’avoir un jeune qui est limité physiquement et ne peut utiliser l’ordinateur de façon autonome ou encore un jeune qui présente une capacité d’attention très limitée, je pourrais utiliser la téléorthophonie avec la majorité de mes clients*.

Plusieurs études ont été réalisées auprès de clientèles variées (principalement aux États-Unis) telles que les troubles du spectre de l’autisme, les difficultés de lecture et d’écriture ou même les difficultés sur le plan de la prononciation. De manière générale, la téléorthophonie a été démontrée aussi efficace qu’une thérapie dite « classique ». Il faut tout de même noter que cela ressort dans la mesure où l’orthophoniste est bien entraîné à ce type d’intervention et dispose des bons outils pour intervenir tout en considérant l’engagement et la motivation du client.

Aux États-Unis, ils sont d’ailleurs en avance sur nous avec ces services et les études en sont même rendues à explorer l’efficacité de la téléorthophonie dans les écoles publiques situées en milieu rural, soit là où les jeunes ont accès à peu de services professionnels. Parce que quand on s’y arrête, n’est-ce pas un droit fondamental pour un jeune en difficulté d’avoir accès aux ressources dont il a besoin pour optimiser ses chances de réussite scolaire… (mais ça serait un autre débat). 

Bon, vous vous direz peut-être que je suis un peu biaisée et que je prêche pour ma paroisse en vous présentant les avantages de la téléorthophonie, mais j’ai fait plusieurs recherches avant de vous les mentionner et j’ai pu constater, à travers mes lectures, que ces avantages ne sont pas que dans ma tête.

Reste que, comme n’importe quoi, ce n’est pas parfait…

La téléorthophonie, bien qu’elle présente plusieurs avantages à mon sens, n’est pas parfaite et il serait irresponsable de ne pas considérer les limites de cette pratique dans nos interventions.  

Cette formule, selon moi, est peu adéquate pour des suivis en sous-groupes. On n’a pas un aussi bon contrôle quant à la gestion de la rencontre qu’en personne. Il pourrait être difficile de maintenir la discipline de l’autre côté de l’écran.

Même si j’ai mentionné que la téléorthophonie peut être employée avec une foule de problématiques langagières et différents types de clientèle, il n’en reste pas moins que dans certains cas, l’effort d’adaptation à fournir soit trop coûteux en termes de temps et d’argent pour les résultats que ça rapporte. Je pense notamment à l’intervention à distance auprès de la clientèle d’âge préscolaire, ce qui demande plus d’adaptation des pratiques.  

L’autre élément que je trouve important à considérer comme une limite, concerne le manque de formation et de balises pour ce type de service. Comme celui-ci est en émergence, on retrouve beaucoup de variabilité dans la façon dont les services sont offerts, ce qui peut affecter l’efficacité de la thérapie. Il sera donc important de poursuivre les études et recherches ainsi que le développement de la pratique pour trouver ou élaborer les logiciels les plus adaptés à cette pratique.

Dans le même ordre d’idées, comme cette pratique est relativement récente, en tant qu’orthophoniste, on n’a à peu près aucune formation dans notre cursus sur ce type d’intervention. Cela demande donc, quand on veut se lancer en téléorthophonie, de faire beaucoup de recherches et d’exploration sur le web pour trouver des ressources à utiliser à distance, mais également pour adapter les ressources dont on dispose déjà et qui sont faites pour être utilisées en personne. Ce ne sont pas tous les professionnels qui sont prêts à investir le temps et l’argent nécessaires à ces démarches, et ce, pour diverses raisons.

Considérations à prendre pour compenser les limites

Bien que ce modèle d’intervention soit reconnu et approuvé par l’OOAQ (Ordre des Orthophonistes et Audiologistes du Québec), par l’ASHA (American Speech and Hearing Association) et par le OAC (Orthophonie et Audiologie Canada), il importe de pratiquer la téléorthophonie en gardant en tête certaines considérations.

La confidentialité ainsi que les formulaires d’entente de service et de consentement éclairés sont tout aussi importants à respecter. Autrement dit, on applique les mêmes principes éthiques et déontologiques en téléorthophonie que dans le cas d’une rencontre en personne. Seulement, on le fait différemment.

La confidentialité est un aspect non négligeable. En plus de vous assurer que le logiciel que vous utilisez est sécurisé, il est important, en tant que professionnel, d’avoir  accès à une pièce fermée et isolée lors de vos interventions. De la même façon, je m’assure toujours que mes clients peuvent eux aussi avoir accès à un espace calme et isolé lors de nos rencontres. Oubliez donc les rencontres faites en direct d’un café ou d’un espace de coworking. D’autant plus que vous ne serez pas pleinement disponible pour votre client s’il y a trop de stimuli autour de vous.

Comme pour une rencontre d’orthophonie en personne, le client doit remplir et signer des formulaires de consentement éclairé. Toutefois, il faut qu’ils aient au préalable été adaptés pour la pratique à distance. Le client doit, dans le formulaire, avoir été mis au fait des risques et des conditions associés au recours à la téléorthophonie, car ceux-ci diffèrent de ceux en personne.

Finalement, on n’explique jamais trop en quoi consiste la téléorthophonie, en quoi elle est différente d’un service en personne et quelles sont les considérations à prendre pour un suivi à distance efficace.

 

 

En conclusion, comme n’importe quoi, la téléorthophonie présente des avantages et des limites. Toutefois, en tant que membre de l’OOAQ, on doit avoir une pratique basée sur les évidences scientifiques. Cela signifie que l’on doit tenir compte à la fois de nos expériences et compétences en tant que professionnel et des données scientifiques récentes, ce qui implique de se garder à jour, pour offrir une intervention dite efficace en étant la mieux adaptée qu’il soit. C’est le cas pour la téléorthophonie. Avant de considérer cette option dans nos interventions, il importe de se pencher sur la question en tenant compte des avantages et limites de cette pratique ainsi que des particularités du client.

 

 

*Il est à noter que je travaille avec la clientèle d’âge scolaire de 9 ans et plus. En préscolaire, cela pourrait être plus difficile, mais n’est pas forcément impossible. Il suffit d’adapter les pratiquer et l’environnement de l’autre côté de l’écran en conséquence.

 

 

Jeux classiques VS jeux éducatifs : lesquels sont les plus éducatifs ?

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Régulièrement je me fais demander si j’ai des suggestions de jeux éducatifs pour travailler X ou Y habiletés ou compétences.

À chaque fois qu’on me pose la question, j’avoue être toujours un peu embêtée… En fait, je ne sais JAMAIS quoi répondre. Drôle de réponse venant d’une orthophoniste non?

La majeure partie de la matériathèque à ma clinique est composée de jeux de table ou des grands classiques (p.ex. la tour Jenga, le connect four). J’ai très peu de jeux éducatifs qui ciblent un aspect particulier de l’apprentissage ou du développement langagier des enfants.

J’ai donc décidé de vous écrire un billet où je vous partage mon opinion sur les jeux éducatifs et les jeux de table et le pourquoi j’ai beaucoup plus de l’un que de l’autre.

Les jeux éducatifs : pourquoi je les aime « moyen »

Je pense qu’il ne passe pas un mois sans que je ne vois passer, sur mes réseaux sociaux, un nouveau jeu qui travaille une compétence particulière. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai parfois l’impression qu’il pleut des jeux éducatifs de toutes sortes.

Comprenons-nous, je n’ai rien contre les jeux éducatifs en tant que tel, mais la plupart d’entre eux présentent, selon moi, des petites lacunes pour travailler lesdites habiletés mentionnées sur leur boîte.

Avec mon métier, j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de tester divers jeux dits éducatifs. Personnellement, j’ai plus souvent qu’autrement été déçue, et ce, pour diverses raisons.

1) On peut difficilement les utiliser dans divers contextes...

Les jeux éducatifs étant très précis, je trouve toujours difficile de les combiner à d’autres jeux ou de les utiliser pour travailler d’autres objectifs. Ça en fait des jeux peu flexibles dont l’utilisation est limitée.

En tant qu’orthophoniste, c’est sûr que j’aime avoir des jeux que je peux utiliser dans plusieurs contextes différents et certains jeux éducatifs (comme la collection Placote que j'adore) s'y prêtent bien. 

Par contre, les parents souvent se demandent quoi faire en dehors des consignes qui viennent avec le jeu. Et c'est là que leur utilisation limitée peut être embêtante dans le cas où vous voudriez jouer en famille. Un jeu éducatif présente souvent des défis/questions précis destinés à une tranche d’âge cible. Si vos enfants ne se trouvent pas tous dans cette tranche d’âge, cela risque de compliquer un peu la donne en matière d’équité.

C’est possible d’aider les plus jeunes pour qu’ils y trouvent également leur compte dans le jeu, mais si le niveau du jeu ne se trouve pas dans la zone proximale de développement* de l’enfant, l’apprentissage sera moins efficace. 

*C’est la distance entre ce que l’enfant peut effectuer ou apprendre seul et ce qu’il peut apprendre uniquement avec l’aide d’une personne plus experte.

2) Une fois les objectifs visés atteints, les enfants n'ont plus de défi, donc moins envie de jouer...

Les jeux éducatifs peuvent présenter de beaux défis à priori. Pour ma part, c’est souvent cet aspect qui m’interpelle le plus. J’aime les questions qu’on peut y retrouver et je m’en inspire dans mes thérapies.

Par contre, une fois qu’on a fait le tour, eh bien… on a fait le tour. Ce que les jeunes aiment dans un jeu de société, c’est tout l’aspect défi qu’il recèle. Par contre, quand les jeunes connaissent les réponses par cœur, le plaisir de relever un défi n’est plus le même et donc l’intérêt est moins présent.

Cela fait donc en sorte qu’il est souvent difficile de jouer plusieurs fois au même jeu éducatif, car on a souvent l’impression « d’avoir fait le tour ».

3) Ils peuvent difficilement être utilisés sans la présence d'un adulte en raison de leur complexité...

Les enfants aiment jouer avec leurs parents, mais ils aiment aussi jouer entre eux (et je serais prête à parier qu’en tant que parent, ça vous fait du bien parfois de voir vos grands jouer ensemble à un jeu pendant que vous vaquez à vos occupations. Vous avez le droit, c’est totalement légitime).

Le problème avec les jeux éducatifs, c’est que, pour la plupart, notamment en raison de cette fameuse zone proximale de développement, ils nécessitent la présence d’une personne plus « expérimentée » si on veut vraiment bénéficier du « potentiel d’apprentissage » qu’offre le jeu.

Plusieurs études démontrent pourtant que le fait de laisser les enfants jouer entre eux à des jeux constitue justement un mode très riche en apprentissages.

4) Quand on veut travailler des objectifs particuliers, il manque souvent des éléments...

Ce point me concerne davantage en tant qu’orthophoniste, mais j’ai cru bon de le mentionner quand même par souci de transparence. Comme je l’ai mentionné plus haut, ce que j’aime bien des jeux éducatifs, c’est qu’ils présentent souvent des questions intéressantes que j’aime utiliser dans mes thérapies.

Toutefois, c’est difficile pour moi d’utiliser un seul jeu comme je le devrais, car il y a toujours des items qui ne correspondent pas à ce que je veux travailler. Je me retrouve alors plus souvent qu’autrement à combiner des morceaux de plusieurs jeux éducatifs pour travailler précisément ce que je cible.

Les jeux classiques : pourquoi je les adore

Je pense que vous aurez compris que pour moi, les meilleurs jeux en termes d’apprentissages restent les bons vieux classiques (p.ex. jeux de parcours, cherche et trouve, blocs, etc.)

1) Les enfants se tannent rarement de jouer à ces jeux simples et rapides...

Les jeux de parcours, les jeux de cartes (comme la bataille), les jeux de dés, etc. ont tous en communs qu’ils sont simples et peuvent se jouer rapidement. Cela en fait d’excellents jeux passe-partout et surtout des jeux avec lesquels on peut jouer à répétition.

Souvent, quand la partie se termine, les jeunes n’ont pas le temps de se tanner et redemandent eux-mêmes de jouer une nouvelle partie. Forcément, si la demande vient du jeune, les chances que la motivation soit élevée sont d’autant plus grandes. Une bonne raison pour en profiter et y glisser certaines notions d’apprentissage qui lui seront utiles.

2) On peut les adapter à une foule de contextes...

Pour ma part, j’ADORE utiliser les jeux de parcours comme renforcement. C’est toujours motivant pour un jeune de voir visuellement son évolution et d’avoir pour défi de gagner la partie.

À ce défi, nous ajoutons une exigence supplémentaire qui peut être soit de dire un mot, de l’épeler, de l’écrire, de formuler une phrase, etc. Bref, toutes les options sont possibles et cela est d’autant plus motivant pour le jeune de répondre à une question ciblée lorsqu’il sait qu’il s’agit de la seule façon dont il pourra faire progresser son pion.

C’est une belle façon également d’ajouter un peu de piquant et de revamper un classique qui prenait la poussière dans l’étagère.

3) Les consignes sont souvent faciles à comprendre...

Une fois qu’on comprend le principe d’un jeu comme la bataille ou encore serpents et échelles, c’est facile d’y jouer encore et encore sans nécessairement avoir recours au livret d’instructions.

Les jeunes peuvent donc reprendre les défis lancés par les parents lors d’une partie précédente et s’amuser entre eux ou encore en inventer de nouveaux pour complémenter un jeu qu’ils connaissent déjà bien. Rien de mieux pour l’imagination.

4) Tous les enfants peuvent y jouer (ou presque)...

C’est probablement ce que j’apprécie le plus des jeux de société classiques. On peut y jouer en famille, et ce, même si les enfants n’ont pas tous le même âge. Tous peuvent y trouver leur compte.

On peut même, durant une même partie, moduler les objectifs selon le niveau de l’enfant. Par exemple, on demandera au plus vieux de nous épeler un mot, mais on demandera plutôt à la plus jeune de nous dire le son que font certaines lettres.

Même si les objectifs sont modulés selon le niveau de l’enfant, comme le jeu classique reste le même, tous ont une chance égale de gagner. C’est d’autant plus motivant pour les plus jeunes qui se sentent parfois désavantagés par rapport au grand frère ou à la grande sœur.

 

 

Au terme de tous ces éléments, je pense que vous avez compris pourquoi je préfère les jeux de société classiques aux jeux éducatifs. Ceci étant dit (écrit), je ne suis pas non plus contre les jeux éducatifs et j'ai mes coups de coeur, mais disons que je suis très sélective dans mes choix.

Proportionnellement parlant, il n’en reste pas moins que j’ai et que j’utilise beaucoup plus de jeux dits « standards » que de jeux éducatifs.

Et vous avez-vous une préférence pour un type de jeux en particulier avec vos enfants?

Découvrez comment l'orthophoniste peut avoir un impact sur les difficultés scolaires de votre enfant

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Certains (surtout les jeunes) comptent les jours et attendent avec impatience la fin de l’année scolaire. Même si ça paraît loin, ça approche à grands pas.

Plusieurs élèves aux prises avec des difficultés scolaires (et leurs parents) doivent alors mettre les bouchées doubles pour améliorer leurs résultats scolaires ou encore les maintenir.

C’est d’ailleurs une période de l’année particulièrement chargée pour moi parce que je reçois souvent des demandes de parents, à la suite d’une référence de l’école, pour un suivi en orthophonie.

Mais comment est-ce que je peux, en tant qu’orthophoniste, aider votre enfant à mieux réussir à l’école?

Langage et apprentissages : deux termes indissociables

Dans le système scolaire actuel, tout apprentissage passe par le langage. Quand on y pense, la matière est enseignée verbalement par le prof ou on la lit dans les livres. C’en est de même pour les évaluations des jeunes.

On évalue le niveau d’un jeune et l’étendue de ses apprentissages à partir du langage. Il n’y a qu’à penser aux fameuses présentations orales, aux travaux d’équipe ou aux examens où les élèves doivent écrire leurs réponses (même en mathématique).

(D’ailleurs si vous voulez en apprendre un peu plus sur le lien entre les deux, vous pouvez également consulter cet autre billet.)

Vous comprenez que parfois, quand les apprentissages semblent plus difficiles pour un jeune, il peut y avoir une difficulté langagière sous-jacente. C’est donc mon rôle, en tant qu’orthophoniste, de trouver où se situent les forces et les difficultés langagières de l’élève pour pouvoir mieux l’outiller et l’accompagner plus efficacement dans ses apprentissages.
Parfois, le simple fait de comprendre les difficultés de son enfant, de mieux connaitre les types de textes et de phrases qu’il maîtrise (ou pas) fait toute une différence dans l’accompagnement qu’on lui offre.

Composantes évaluées

Lorsqu’on fait une évaluation au scolaire en orthophonie, on évalue quatre grandes sphères : la compréhension à l’oral, l’expression à l’oral, la lecture et l’écriture. Cela permet de dresser un portrait plus complet des habiletés perçues et cachées de l’enfant.

En effet, il arrive souvent que des parents demandent une évaluation en orthophonie parce que leur enfant présente des difficultés de lecture et/ou d’écriture. Toutefois, quand on pousse notre analyse, on constate que ces difficultés ne sont en fait que les manifestations d’autres difficultés langagières sous-jacentes qui passent souvent inaperçues au quotidien.

J’aime comparer cela à une blessure physique. Prenons par exemple quelqu’un qui se blesse et qui fait une infection. Si on ne fait que donner des antibiotiques sans prendre la peine de chercher le foyer de l’infection, il est fort possible que l’infection revienne une fois l’antibiotique retiré.

Il en est de même pour les difficultés langagières. Si on ne travaille que sur l’orthographe et la lecture sans savoir ce qui est la cause de cette difficulté, les moyens pris ne seront probablement pas efficaces et il sera difficile pour le jeune de les appliquer au quotidien.

Une évaluation approfondie de toutes les composantes langagières permet d’aller travailler plus aisément à la source des difficultés de l’enfant et ainsi, d’avoir des répercussions parfois sur plusieurs sphères en même temps.

Mon rôle auprès de l'équipe-école en tant qu'orthophoniste

Souvent, les intervenants à l’école veulent aider l’enfant, mais ne savent pas précisément ce qu’ils devraient faire, car ils n’ont pas un portrait juste de ses difficultés. Un rapport d’orthophonie peut les aides à mieux structurer les mesures d’adaptation à mettre en place et à mieux outiller l’enfant.

Par conséquent, je peux, en tant qu’orthophoniste, jouer un rôle conseil auprès de l’équipe-école en leur expliquant pourquoi une exigence X ou Y par exemple ne correspond pas au niveau actuel d’un élève. Ils peuvent donc, par la suite, trouver des mesures d’adaptation qui supportent l’élève tout en respectant son cursus scolaire.

L'enseignement de stratégies complémentaires à celles de l'orthopédagogue

Les orthopédagogues et les enseignants sont ceux qui connaissent le mieux les exigences scolaires et ce qui est attendu selon le niveau, ce qui n’est pas mon cas en tant qu’orthophoniste. Pour ma part, j’ai une connaissance davantage tournée vers les habiletés langagières.

Ainsi, nous travaillons toujours en équipe. L’orthopédagogue et l’enseignant enseignant à l’enfant des stratégies pour qu’il puisse être plus efficace dans ses apprentissages en lien avec le cursus scolaire et moi, travaillant des notions langagières qui favorisent l’application de ces stratégies.

En orthophonie, nous enseignons des stratégies plus spécifiques au langage. Par exemple, l’orthopédagogue pourrait enseigner à l’élève de surligner d’une couleur la question d’un problème mathématique pour se rappeler des éléments à trouver dans le problème. Pour ma part, je pourrais davantage demander au jeune de me dire dans ses mots ce qu’il doit trouver après avoir souligné la question.

En orthophonie, on reprend donc les stratégies vues à l’école en lien avec la matière présentée à l’école, mais on y ajoute des précisions pour soutenir le jeune dans sa compréhension. Il arrive également qu’on utilise des activités qui ne correspondent pas forcément au niveau scolaire de l’élève parce qu’on privilégie les stratégies langagières.

 

De son côté, l’enseignant (et l’orthopédagogue), peut reprendre les stratégies qu’on travaille dans notre bureau avec l’élève dans le cadre d’exercices et de travaux faits en classe pour favoriser la généralisation.

 

Tout cela permet de comprendre qu’une orthophoniste peut jouer un rôle non négligeable voire important auprès des jeunes d’âge scolaire qui éprouvent des difficultés à l’école.

Si jamais cet article vous a interpellé et que vous vous demandez si votre jeune pourrait bénéficier de l’orthophonie, n’hésitez pas à me contacter. Dans certains cas, l’orthophonie est toute indiquée et dans d’autres cas, on privilégiera une autre source d’aide.