La force des enfants « DYS »

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J’adore mon métier et mon milieu de travail. Il n’y a pas une journée où je me lève et pars travailler à reculons. Par contre, comme dans tout bon emploi, il y a certains aspects de ma job que j’apprécie un peu moins. Parmi ces aspects, je n’aime pas trop trop avoir à écrire ces trois petites lettres « DYS » dans un rapport et encore moins être confrontée à la réaction des parents lorsque je leur explique ce que ça signifie.

Bon j’avoue, je devrais m’y attendre un peu. Lorsqu’un parent vient me consulter avec son enfant, c’est rarement parce que tout va bien. Généralement, il s’inquiète pour un (ou plusieurs) aspects du développement langagier de son enfant et espère trouver quelques réponses à ses questions auprès de moi. Certains parents viennent me voir avec l’espoir qu’un suivi en orthophonie permettra de tout régler et de passer à autre chose (si seulement j’avais la formule magique pour y arriver…). Dans certains cas, ce ne sont effectivement que des retards de langage qui se rattrapent très bien avec une intervention orthophonique ciblée et intensive. Dans d’autres cas, les difficultés perdurent et les progrès sont plus lents que ce qu’on souhaiterait. C’est alors que l’expression « dys » commence à faire son chemin dans ma tête : dyslexie, dysphasie, dyspraxie, dysorthographie sont les « dys » qui me concernent le plus en tant qu’orthophoniste.

 

DEPUIS QUELQUES ANNÉES, ON DIRAIT QU’ON ASSISTE À UNE MONTÉE DE CES FAMEUX « DYS ».

Depuis quelques années, on dirait qu’on assiste à une montée de ces fameux « dys ». Je ne sais pas si c’est parce que je baigne dans le milieu que j’y suis plus exposée, mais il ne passe pas une semaine sans que je lise au moins un article sur le nombre grandissant d’enfants en difficultés dans les classes, sur les services inadaptés pour les enfants en difficultés, sur les faux diagnostics, etc. Je peux alors comprendre qu’un parent qui vient me voir et à qui je dis avoir l’hypothèse d’une dyspraxie verbale ou d’une dyslexie chez leur enfant ne fera autrement qu’être préoccupé par l’annonce de cette nouvelle, plutôt mauvaise à première vue (et là je n’ai pas encore confirmé la conclusion).

Tous les parents que je connais souhaitent le meilleur pour leur enfant et sont prêts à faire tout en leur pouvoir pour que celui-ci ait un parcours de vie le plus beau possible malgré les nombreuses embûches que leur progéniture rencontrera inévitablement. J’imagine que c’est ça être parent et je trouve cela vraiment louable. Alors lorsque j’annonce à un parent que son enfant présente une dysABC de degré XYZ, voir l’inquiétude dans leur regard me met toute à l’envers. Je peux sentir leur cerveau tourner à 100 miles à l’heure. Ils se posent et me posent toutes les questions qui leur passent à l’esprit et auxquelles je tente de répondre au meilleur de mes connaissances d’orthophoniste : Est-ce que mon enfant pourra aller à l’université? Qu’est-ce qu’il va arriver lorsqu’il va entrer à l’école? Est-ce que les amis vont le comprendre, rire de lui? Est-ce qu’il aura droit à des aides adaptées? Comment mon enfant va-t-il réagir devant les difficultés rencontrées? Comment moi est-ce que je peux faire pour l’aider? Est-ce que ça se guérit? Est-ce qu’il aura une vie normale? Et j’en passe!

 

SON INTELLIGENCE, IL APPREND À LA METTRE À PROFIT DIFFÉREMMENT EN RAISON DE SON HANDICAP. C’EST LÀ TOUTE LA BEAUTÉ QUE JE VOIS CHEZ CES ENFANTS.

La première chose que je dis aux parents, c’est que, de manière générale, un enfant « dys » a de la difficulté sur le plan de capacités cognitives spécifiques, mais n’est pas moins intelligent que les autres enfants de son âge et qu’il peut être très bon et se démarquer dans plusieurs domaines. Certains parents se sentent également coupables et responsables des difficultés qu’éprouve leur enfant. Toutefois, il est prouvé que cela n’a pas de lien direct avec l’environnement familial. Oui une stimulation ciblée a un impact positif sur le développement de l’enfant, mais ce n’est pas exclusivement de la faute du parent si l’enfant présente une dysphasie par exemple. À la question fréquente des parents à savoir si leur enfant vivra avec cela toute sa vie ou si ça se guérit, je réponds toujours qu’on ne peut pas en guérir pour la simple et bonne raison que ce n’est pas une maladie, mais qu’il pourra très bien vivre avec son trouble grâce aux nombreux moyens qui lui permettront de surmonter et de compenser ses vulnérabilités. En effet, tout au long de sa scolarité, on peut aider un enfant « dys » à surmonter les défis que son handicap lui apporte et à pallier aux difficultés qu’il rencontrera. Par contre, il faut savoir demeurer réaliste : ce ne sera pas toujours facile et parfois, la montagne à escalader paraîtra insurmontable, mais on y arrive toujours, un pas à la fois. En effet, avec une prise en charge adaptée et personnalisée au niveau de l’enfant et à son environnement, on arrive à amener l’enfant à vivre plusieurs belles réussites. Il suffit de bien orienter les interventions parce que devant les difficultés rencontrées, les succès peuvent parfois paraître inaccessibles pour ces enfants, ce qui peut avoir un impact pour leur estime d’eux-mêmes. C’est pourquoi il faut optimiser le plus possible les situations où ils sont bons, où ils sont bien et où ils peuvent nous apprendre des choses et réussir. C’est un magnifique défi que d’accompagner ces enfants sur le chemin de leur réussite et je fais toujours tout en mon possible pour le relever, car c’est magnifique de les voir sourire lorsqu’ils réussissent enfin quelque chose sur laquelle ils ont travaillé si fort.

Mais par-dessus tout, ce que je dis aux parents à qui j’annonce une hypothèse de « dys » chez leur enfant ou pour qui je la confirme, c’est que, c’est peut-être vrai qu’un enfant « dys » mettra plus de temps à acquérir et à maîtriser plusieurs des concepts vus à l’école dans le cadre d’un enseignement traditionnel. Oui il ne trouvera pas toujours ça facile et bûchera fort pour arriver aux mêmes résultats que ses confrères. Toutefois, il n’est pas moins intelligent que les autres. Son intelligence, il apprend à la mettre à profit différemment en raison de son handicap. C’est là toute la beauté que je vois chez ces enfants. C’est leur force de caractère, car ils luttent souvent contre eux-même, mais ne lâchent jamais prise et leur incroyable capacité d’adaptation devant les défis que leur pose une société pas toujours adaptée à leur réalité! Très jeunes, les enfants « dys » me semblent sensibles aux difficultés des autres parce qu’ils sont sensibles à leurs propres difficultés. J’ai parfois l’impression qu’ils ont un niveau d’empathie et de lâcher-prise que peu de gens ont. Pour moi, ces enfants « dys » sont tout sauf différents. Ils sont uniques! Parce qu’eux savent profiter de la vie dans une société qui ne leur fait pas toujours des cadeaux. Ils sont dotés d’une grande sagesse pour leur âge, parce qu’ils voient les choses sous un autre angle, et nous enseignent à adopter un autre point de vue. Surtout, ils savent pardonner et accepter et c’est selon moi, une des plus grandes forces qu’on pourrait posséder.

Bref, en tant qu’orthophoniste, je me suis donné une mission quant à mon rôle envers les parents dont l’enfant est « dys ». Mon rôle n’est pas de les rassurer, ni de les amener à la raison. Mon rôle, c’est simplement de leur faire voir les deux côtés de la médaille. De leur montrer que, bien que ce ne sera pas facile, ils ont la plus grande richesse du monde à côté d’eux et que leur enfant leur en apprendra probablement autant, sinon plus, qu’eux ne leur en apprendront.

À tout mes petits cocos « dys », je tiens à dire le plus sincèrement du monde que je vous admire! Continuez d’être qui vous êtes! Vous êtes magnifiques!