Les écrans, pas si démoniaques que ça

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Je n’ai jamais été une grande consommatrice de télévision ni de jeux vidéos et mon copain l’est encore moins. C’est pourquoi, quand nous sommes déménagés en campagne, nous avons décidé de ne plus avoir de forfait de télévision, car mis à part pour écouter les jeux olympiques (donc une fois aux deux ans) et quelques films, notre télévision servait davantage de décoration murale. J’étais quand même fière d’avoir fait ce choix, car j’entendais partout que la télévision était nuisible et puis, quand j’y repensais, ça ne me manquait pas tellement dans le fond. Ce n’est que dernièrement que j’ai réalisé pourquoi la télévision ne me manquait pas du tout. Il y a à peine quelques jours, se sont terminés les jeux olympiques d’été de Rio. Au début des jeux, j’ai ressenti une certaine appréhension, me disant que j’allais tout manquer vu que je n’avais plus de télévision pour les écouter. Pourtant, ça n’a pas été long que j’ai découvert que j’avais encore mieux en utilisant mon ordinateur où je pouvais écouter les JO non seulement en direct, mais également choisir la discipline que je voulais écouter. Finalement, même sans télévision, j’ai pu écouter les JO et c’est là que j’ai réalisé pourquoi je ne m’étais jamais « ennuyée » de mon forfait de télévision : avec une tablette, un téléphone intelligent, un ordinateur portable et le Apple TV est-ce que je suis vraiment mieux que lorsque j’avais un simple forfait télévision?

 

LA PLACE DES ECRANS DANS NOS FOYERS

En tant qu’orthophoniste, plusieurs parents me demandent ce que je pense de la télévision, des jeux vidéos, des tablettes, etc. Ma réponse est toujours la même : « Je ne suis ni pour ni contre. » Autrement dit, pour moi, les écrans, peu importe leur format, font maintenant partie intégrante de notre quotidien et de celui de nos enfants. Il est donc normal qu’on s’en serve et je crois qu’il faut s’en servir. Par contre, je crois qu’il y a une façon de s’en servir pour en tirer profit et qu’il faut savoir les utiliser avec parcimonie (je pense ici à tous ceux qui ont constamment le nez rivé sur leur téléphone cellulaire même lorsqu’ils sont avec d’autres personnes… Moi, ça me choque).

Certains diront qu’en bas âge, les enfants ont besoin de se développer et d’apprendre en explorant activement leur milieu, en interagissant avec les adultes qui les entourent et qui sont sensibles aux intentions de l’enfant. D’ailleurs, la Société Canadienne de pédiatrie avance que les enfants de moins de 2 ans ne devraient pas être exposés à la télévision et les enfants de plus de 2 ans devraient être limités à 1 à 2 heures d’écoute télévisuelle par jour. Je devine que ce temps inclut le temps passé devant les tablettes et les téléphones intelligents également. Je ne vous apprends rien d’ailleurs en vous disant que trop de temps passé devant un écran amène un lot de conséquences assez variées allant de problèmes de surpoids à des difficultés de sommeil en passant par des problèmes relationnels. Pour ma part, je ne suis pas contre les balises de la Société Canadienne de pédiatrie, mais je crois que les écrans présentent plusieurs aspects positifs également.

Les écrans sont de puissants outils d’apprentissage et j’utilise d’ailleurs moi-même régulièrement ma tablette en thérapie, que ce soit pour motiver l’enfant durant une tâche qu’il trouve particulièrement difficile, pour le récompenser ou encore pour favoriser son apprentissage à l’aide d’un autre médium. En effet, grâce à Internet et aux nombreuses applications qu’on trouve sur le marché, on peut voyager aux quatre coins du monde et découvrir des endroits inusités en restant bien assis sur sa chaise. Cela permet, d’une certaine façon, d’enrichir énormément le bagage culturel des enfants et offre de multiples opportunités de belles conversations avec l’enfant pour répondre à ses questions ou pour l’amener à développer sa réflexion. Toutefois, comme vous l’avez peut-être deviné, je sous-entend ici que la majorité du temps passé devant l’écran se fait en interaction avec le parent. En étant présent lors des moments où son enfant joue à un jeu ou écoute une émission de télévision, le parent assure un certain contrôle sur les apprentissages que fait son enfant et peut nuancer ce qui passe à la télévision. Vu sous cet angle, on pourrait donc dire que la télévision est parfois un objet qui favorise le dialogue entre un parent et son enfant.

 

INFLUENCER POSITIVEMENT LES ENFANTS

En tant qu’adulte, je pense que la première chose à faire devant les écrans n’est pas nécessairement de tous les interdire, mais plutôt de donner le bon exemple à nos enfants. Quel genre de message un parent qui a les yeux constamment rivé sur son écran d’ordinateur ou encore qui laisse la télévision allumée à la maison même lorsque personne ne la regarde envoie à son enfant? Des études ont démontré que les enfants qui regardent le plus la télévision sont ceux dont les parents sont eux-mêmes téléphages. Moi-même je trouve parfois que les écrans occupent beaucoup de place dans ma vie et j’essaie de limiter mon utilisation en n’ayant pas mon téléphone lorsque nous sommes à table par exemple ou encore en prévoyant un moment à l’extérieur à tous les jours et en l’inscrivant à mon horaire (quoiqu’avec mes chiens, je n’ai pas vraiment besoin de me le noter. Ils se chargent bien de me le rappeler au quotidien).

Prioriser ses obligations et terminer ses tâches ou son travail AVANT de s’installer devant l’écran est également un bon modèle à donner aux enfants surtout en cette veille de rentrée scolaire. En effet, en arrivant de l’école, certains enfants peuvent avoir tendance à vouloir s’installer devant la télévision. Encouragez-les à faire d’autres activités pour se détendre avant d’amorcer les devoirs. De plus, si vos enfants voient que vous priorisez vos tâches avant la télévision, ils comprendront mieux la pertinence de terminer leurs devoirs et leurs tâches ménagères avant d’écouter leurs émissions favorites. Et le plus beau dans tout ça, contrairement à « dans mon temps », c’est qu’on peut préenregistrer nos émissions ou les écouter à l’heure qu’on veut! Alors plus d’excuses!

La télévision et les autres écrans peuvent faire partie de votre quotidien, mais comme les enfants n’ont pas toujours la notion du temps et des responsabilités, il peut être intéressant de l’ajouter à l’horaire de la semaine ou de la journée. Ainsi, l’enfant saura exactement quand il aura droit à son moment d’écran, ce qui est rassurant pour l’enfant et même motivant. De plus, même si c’est bien que vous soyez avec votre enfant lorsqu’il joue aux jeux vidéos ou écoute la télévision par exemple, cela ne veut pas dire de tout contrôler. Évidemment, assurez-vous de connaître les jeux et émissions qu’il écoute, mais laissez-lui le choix de ce qu’il écoutera ou ce à quoi il jouera. Si l’enfant ne fait pas un choix que vous approuvez, discutez-en avec lui. Cela ouvrira la porte à de beaux échanges et amènera votre enfant à mieux comprendre et possiblement à réfléchir par lui-même au choix d’émission qu’il fera par la suite.
Bref, je ne perçois pas les écrans comme le « démon » du 21ème siècle, mais je crois qu’il y a une façon de les utiliser afin de bénéficier de tous les avantages qu’ils peuvent nous apporter.