Pourquoi mon enfant sait lire, mais ne sait pas écrire...

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« Je ne comprends pas pourquoi il a de si mauvaises notes en dictées et fait autant de fautes! Il lit beaucoup et il est bon pour lire pourtant! » 

Cette phrase, je l'ai entendue à maintes reprises. Tellement que je me suis dit qu'écrire un article sur le sujet en valait sûrement la peine. En fait, je peux comprendre ces parents qui disent cela parce que partout on lit et on entend que la lecture c'est bon pour le vocabulaire et l'écriture. C'est vrai, mais... 

J'ai donc décidé de vous expliquer ce fameux « mais » pour qu'on se défasse une fois pour toute de l'idée que parce qu'une personne lit sans difficulté, elle écrira forcément sans erreur...

Écrire c'est difficile, point

On va se le dire, écrire les mots du français, c'est difficile. Tout d'abord, notre alphabet comprend 26 lettres qui servent à transcrire 36 phonèmes (sons). Conséquemment, on n'a pas le choix de combiner des lettres pour pouvoir rendre compte de tous les sons de notre langue par écrit. On parle alors de « graphème » qui est l'unité écrite correspondant à un son. Comme si déjà ce n'était pas assez complexe tout ça, il faut savoir qu'il existe plus de 100 graphèmes (lettres et combinaisons de lettres) pour écrire les 36 phonèmes (sons) de notre belle langue. 

C'est également important de comprendre que le français est une langue non transparente. Autrement dit, les correspondances entre les sons et les graphèmes sont variées. Par exemple, le son /o/ peut s'écrire « o, ot, au, eau ». Donc pour un seul son, on a quatre possibilités... (Dans d'autres langues, comme en italien, ce n'est pas du tout le cas. Un son s'écrit d'une seule façon...)

Ajoutez à cela l'inconsistance de notre langue entre la lecture et l'écriture. Pour reprendre l'exemple du son /o/, celui-ci peut s'écrire d'une foule de manières selon le contexte (et les exceptions). Par contre, les graphèmes « o, ot, au, eau » se lisent tous d'une seule façon, c'est-à-dire /o/. C'est donc un peu plus facile à retenir.

Le problème de l'orthographe quand la langue est inconsistante, c'est qu'on peut difficilement s'appuyer sur des règles orthographiques ou sur des régularités parce qu'il y a toujours cette exception quelque part qui ne s'explique pas et qu'il faut juste « connaitre »... C'est le cas de PLUSIEURS mots de notre langues qui contiennent au moins un graphème inconsistant pour lequel l'application de règles est impossible...

Lire n'est pas suffisant pour maitriser l'orthographe

Je n'apporte rien de nouveau ici en vous disant que plusieurs études ont mis en évidence le lien entre le niveau de lecture et le niveau de connaissances orthographiques chez les jeunes. Par contre, bien peu d'entre elles ont pu préciser les processus d'apprentissage de l'orthographe lexicale* pendant la lecture. 

L'apprentissage se fait selon deux versants : explicite et implicite.

L'apprentissage explicite consiste à expliquer clairement à l'enfant ce qu'il doit faire ou à préciser un concept notamment. En lecture et en écriture, c'est par exemple apprendre qu'on écrit un son X d'une façon Y (ou que les lettres ABC mises ensemble font le son Z). 

L'apprentissage implicite consiste, à l'inverse, à acquérir des connaissances sans en avoir conscience. Ainsi, pour ce qui est de l'orthographe lexicale, la principale situation d'apprentissage implicite serait... la lecture. Et c'est là que mon MAIS entre en jeu...

Chez un normo-lecteur qui n'a pas de difficultés outre mesure que ce soit sur le plan du langage ou de l'apprentissage, cet apprentissage implicite se fait naturellement et plus facilement. Toutefois, chez un jeune qui présente des difficultés (en lecture et/ou en écriture), cet apprentissage doit le plus souvent se faire de façon explicite. 

Il n'est pas rare qu'on remarque, chez un bon lecteur qui présente des difficultés en orthographe, des déficits sur le plan des habiletés phonologiques et métalinguistiques (soit, la capacité à analyser les mots et leurs processus de formation) quand on gratte un peu.

Autrement dit, la lecture jouerait un rôle majeur dans l'apprentissage implicite de l'orthographe lexicale, mais encore faut-il que le jeune ait la capacité de procéder à cet apprentissage. Et, bien évidemment, dans le cas où la lecture de mots est perturbée par des difficultés de lecture, alors la mémorisation de l'orthographe correcte d'un mot sera moindre.

Lire pour faire du sens

Dans son livre intitulé Comment les enfants apprennent l'orthographe, Béatrice Pothier explique que lorsqu'on lit, on ne porte pas forcément attention à l'orthographe des mots et aux procédés d'écriture.

On tente plutôt de dégager le sens du texte. Autrement dit, notre objectif premier est de comprendre ce qu'on lit et non pas d'apprendre comment c'est écrit. Ainsi, comme l'attention est mise sur le contenu et non pas sur le contenant, la lecture ne contribue pas autant à l'apprentissage de l'orthographe lexicale que ce qu'on pourrait croire.

Et les autres facteurs...

Il est évident que l'apprentissage et le langage étant deux éléments complexes, le niveau de lecture ne peut expliquer à lui seul l'apprentissage de l'orthographe lexicale. Il persiste donc un taux de variabilité dans l'apprentissage de l'orthographe lexicale qui ne peut être expliqué par la lecture à elle seule. 

Fait intéressant, certains lecteurs retiennent l'orthographe de mots qu'ils ont pourtant mal lus... 

Ainsi, la meilleure façon d'améliorer ses connaissances orthographiques par la lecture consiste à analyser les particularités des mots, les exceptions, les régularités, etc.

Je vous suggère donc, lorsque vous lisez avec votre enfant ou que vous faites ses devoirs, de prendre quelques minutes pour vous arrêter sur certains mots particuliers ou des mots que l'enfant vient d'apprendre récemment et de discuter de la façon dont on les écrit. 

Et vous? Quels sont les trucs que vous utilisez avec vos enfants pour favoriser la mémorisation d'un mot difficile?

*Orthographe lexicale = comment écrire un mot, sans égard aux règles d'accord en genre et en nombre.