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Est-ce que votre jeune est VRAIMENT dyslexique?

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Généralement, quand on me parle de difficultés de lecture, on s'inquiète quasi-automatiquement en se disant que c'est forcément une dyslexie*. Il est indéniable qu'il s'agit d'un trouble spécifique du langage écrit. Toutefois, avec l'expérience, j'ai rapidement réalisé qu'il y a autant de types de difficultés en lecture et en écriture qu'il y a de jeunes... En effet, le seul point commun que je trouve à tous ces jeunes qui viennent me consulter sont les difficultés en lecture (et en écriture). Le langage écrit faisant partie de mes spécialités, mais surtout étant l'un de mes principaux champs d'intérêts dans mon domaine, j'ai décidé de vous écrire un billet sur la fameuse dyslexie pour la démystifier autrement.  

Environ 1 jeune sur 5 présente des difficultés en lecture (et en écriture). Toutefois, ces difficultés n'ont pas toutes la même « cause ». Dans d'autres mots, bien que la dyslexie pose véritablement défi à l'apprentissage et à l'automatisation de la lecture, ce ne sont pas toutes les difficultés de lecture qui sont forcément une dyslexie. 

La véritable dyslexie

La dyslexie c'est quoi? En résumé, il s'agit d'un déficit de lecture associé à des difficultés sur le plan du traitement des sons. Un mot ce n'est rien d'autre qu'une composition de différents sons qui, mis ensemble, font du sens. Ces sons, on les appelle les phonèmes. Lorsqu'on apprend à lire, on apprend à créer des associations entre les lettres de l'alphabet et les sons qui forment les mots. Autrement dit, on apprend qu'une lettre fait tel son ou qu'un son s'écrit avec telle lettre ou séquence de lettres.

L'individu dyslexique présente des difficultés à établir les bonnes correspondances entre les sons et les lettres (aussi appelées graphèmes). Par exemple, il est difficile pour lui de savoir que le son /u/ s'écrit ou et non au ou encore que le son /b/ s'écrit b et non d. On pourrait parfois penser, devant la ressemblance visuelle de certaines lettres, que les erreurs commises par les dyslexiques sont d'ordre visuel. L'aspect visuel peut notamment jouer un rôle dans les difficultés de lecture et d'écriture. Toutefois, dans le cas où il s'agit plutôt d'une difficulté sur le plan du traitement des sons, la fameuse confusion b/d ou p/q n'est pas associée au fait que l'individu dyslexique ne distingue pas ces lettres. C'est plutôt parce qu'il ne peut se rappeler quelle lettre va avec quel son, ce qui est d'autant plus difficile quand en plus, les lettres se ressemblent visuellement parlant.

L'individu dyslexique peut également éprouver de la difficulté avec les séquences de sons d'où le fait qu'il inverse ou omet notamment des syllabes dans les mots. 

ATTENTION! Ce n'est pas parce qu'une personne est dyslexique qu'elle est nécessairement « moins intelligente ». Ça n'a AUCUN lien. 

Mais si c'est pas une dyslexie, c'est quoi alors?

Trouble développemental du langage

Les difficultés de lecture peuvent être attribuables à une multitude de facteurs variés. En tant que professionnelle du langage, il m'arrive souvent de voir des jeunes avec un trouble développemental du langage (donc une atteinte principale du langage oral) avoir également des difficultés en lecture sans pour autant que ce soit de l'ordre de la dyslexie. 

En effet, ces jeunes qui ont parfois de la difficulté à s'exprimer comme à comprendre, ne maitrisent pas bien le langage à l'oral. Je vous laisse imaginer alors le défi que cela représente pour eux d'apprivoiser le langage écrit qui est, disons-le, assez différent et assez complexe par rapport à l'oral. Ainsi, toute l'énergie mise pour comprendre le sens des mots et des phrases à l'écrit ou encore pour organiser son discours en contexte de production écrite est sollicitée. Il en reste peu pour bien décoder les mots ou bien les orthographier. 

Ces jeunes qui ont des difficultés sur le plan du langage oral trouvent généralement plus ardu l'apprentissage de la lecture et de l'écriture parce que cela demande d'emblée une bonne maîtrise du langage. À l'école, une des façons d'évaluer le « niveau de langage » passe par la lecture et l'écriture. Ainsi, on tend à assumer que le jeune présente des habiletés langagières suffisantes lorsqu'on évalue le code écrit et toutes ses particularités, ce qui n'est pas le cas pour tous les élèves... 

Trouble du traitement auditif

Il existe un trouble dont on entend peu parler, mais qui pourtant a des conséquences sur plusieurs sphères : le trouble du traitement auditif (TTA). Il s'agit d'une « incapacité à analyser correctement et à traiter les sons entendus »**. 

Les difficultés de lecture et d'écriture présentées par un individu présentant un TTA peuvent s'apparenter à celle d'une dyslexie sans pour autant en être une. Les individus avec un TTA ont également des difficultés avec la perception des sons à l'oral, ce qui n'est pas forcément le cas des dyslexiques. Par exemple, ils pourraient confondre le mot poisson et poison parce qu'ils se ressemblent beaucoup sur le plan de la sonorité. De plus, il ont également de la difficulté à établir les frontières entre les mots, du fait qu'ils ont de la difficulté à analyser correctement les sons entendus. Cette difficulté transparait davantage à l'écrit qu'à l'oral. Ainsi, ils pourraient écrire « léléphant » au lieu de l'éléphant. 

Force est donc de constater que si le jeune éprouve de la difficulté à traiter les sons à l'oral, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture sera d'autant plus ardu...

Et plein d'autres possibilités...

Je vous ai parlé plus en profondeur de troubles langagiers qui peuvent avoir un impact sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, car c'est directement associé à ma profession, mais il y en a plusieurs autres. 

Pour n'en lister que quelques uns :

  • Trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) : Ce trouble est notamment associé à de l'impulsivité et à des difficultés sur le plan de l'attention, de l'organisation et de la planification. On comprend donc que, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture demandant toutes ces capacités, cela peut avoir un certain impact... 
  • Problèmes associés à des difficultés de traitement visuel : est-ce que l'enfant est en mesure d'établir un bon focus sur la page, de « scanner » le mot au complet, etc? On s'entend que s'il ne voit pas l'ensemble des mots qu'il doit traiter, l'apprentissage de la lecture risque de ne pas être de tout repos.

Ok et maintenant je fais quoi si mon jeune a des difficultés de lecture?

Tout d'abord, la seule façon de distinguer quelle est l'origine de ces difficultés est de consulter un professionnel notamment une orthophoniste ou un neuropsychologue. À l'aide de tests spécifiques, ils pourront vous dire si votre enfant est véritablement dyslexique ou si ses difficultés sont attribuables à autre chose. 

Aussi, il est important de savoir que ce n'est pas parce que votre enfant est dyslexique qu'il ne pourra jamais s'améliorer en lecture ni en écriture. Peu importe l'origine des difficultés de votre enfant, il progressera à son rythme. Par contre, pour lui assurer la meilleure progression possible, il est important de savoir à quel trouble on a affaire histoire de proposer des interventions spécifiquement adaptées. 

Si vous avez des questions concernant les difficultés de lecture et/ou d'écriture de votre enfant, la meilleure façon d'en avoir le coeur net c'est de consulter un spécialiste (Dr. Google est bien généreux de ses informations, mais elles ne sont pas toujours nuancées). 

*Pour faciliter la compréhension de ce texte, je parle ici de dyslexie, mais en jargon orthophonique, on parlera plutôt de trouble spécifique du langage écrit. 

**Définition tirée du document de l'institut Raymond-Dewar.

Selon moi, les handicaps invisibles sont un problème de société

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J’aime écouter des podcasts de tout genre pour m’inspirer, m’éduquer, me faire réfléchir, etc. Les podcasts en lien avec l’orthophonie ne font pas exception. J’aime particulièrement ceux de la chaîne ADDitude Magazine. L’autre jour, en route pour la maison, j’en ai écouté un particulièrement intéressant sur la dyslexie et les difficultés de lecture. Les propos de la Dre Robin McEvoy (neuropsychologue américaine) m’ont particulièrement fait réfléchir non pas aux difficultés de lecture, mais aux handicaps invisibles en général.

Dans le podcast, Dre McEvoy présentait une statistique et un constat percutants. Elle disait que 20% de la population américaine présenterait des difficultés de lecture de quelconque nature que ce soit. C’est ÉNORME comme statistique. Et c’est justement pour ça que c’est aussi… étrange… « Ce n’est pas possible que 20% de la population soit handicapée sur le plan de la lecture. À ce stade, on devrait plutôt considérer ce groupe comme étant un type de normalité » disait McEvoy. Ces mots m’ont fait l’effet d’un coup de poing. Pas parce que 20% c’est beaucoup, mais parce qu’elle mettait le doigt sur un sentiment que je vis depuis un moment en tant que professionnelle du langage : ce ne sont pas les difficultés qui définissent les jeunes, mais le moule dans lequel nous les faisons évoluer qui définit ces difficultés.

***ATTENTION! Je ne dis pas ici que les jeunes n’ont pas de difficultés et qu’il ne faut rien faire, mais parfois, il peut s’avérer pertinent de considérer le portrait du jeune de façon plus globale pour nuancer notre interprétation et surtout moduler nos interventions afin d’être encore plus efficace.

Les difficultés, ça existe

En fait, on considère un comportement (ou absence de comportement) comme étant une difficulté si cela empêche l’individu de fonctionner adéquatement dans la société dans laquelle il évolue. C’est le cas notamment des troubles d’apprentissage. Dans une société comme la nôtre, un jeune présentant p.ex. un TDAH est considéré comme ayant un handicap invisible puisqu’il ne peut apprendre selon le cursus habituel. Avec cette vision, on peut donc émettre l’hypothèse que certaines difficultés sont propres à la culture. Je crois toutefois que ce n’est pas le lot de toutes les difficultés.

Prenons par exemple le trouble développemental du langage (anciennement appelé trouble primaire du langage). Toutes les cultures ont un dialecte ou une langue propre qui permet à leurs membres d’échanger entre eux et de communiquer. Ainsi, un individu qui présente des difficultés sur le plan du langage oral et de la communication sera, d’une certaine façon, handicapé, car il ne pourra communiquer efficacement avec les gens qu’il côtoie. On s’entend que le type d’atteinte et le degré de sévérité varient selon le « style » langagier de chacune des cultures. N’en reste pas moins que l’atteinte demeure.

À l’inverse, un trouble spécifique du langage écrit (la dyslexie) est propre à une culture. Un individu ne peut pas présenter des difficultés en lecture et en écriture dans une société où on n’a ni à lire ni à écrire pour apprendre ou communiquer. Ici, c’est un handicap puisque, dans notre société nord-américaine, il faut posséder et développer des habiletés de lecture et d’écriture efficaces pour connaitre une certaine réussite. Cela est notamment associé au fait que la base des apprentissages et des évaluations scolaires repose principalement sur la lecture et l’écriture. Conséquemment, si le jeune éprouve déjà des difficultés de lecture et d’écriture, il part avec une prise, ce qui n’aurait pas été le cas dans une société où il n’y ni lecture ni écriture.

Dans le podcast que j’ai écouté, Dre McEvoy a fait une comparaison avec le chant que j’ai beaucoup appréciée. Elle disait que si les bases de l’apprentissage reposaient sur le chant, s’il fallait être un bon chanteur pour bien réussir en société, nous ferions alors face à une toute autre situation. Plusieurs d’entre nous seraient considérés comme ayant un trouble du chant…

Ces « handicapés » qui ont accompli de grandes choses

Tous les jours, je côtoie des jeunes qui bûchent à l’école, qui mettent les bouchées doubles et qui ne voient pas toujours le résultat de leurs nombreux efforts. Je suis témoin de leurs nombreux moments de découragements et leurs doutes lorsqu’ils escaladent un pas à la fois la montagne d’obstacles qui se présentent à eux durant leur cheminement scolaire.

Toutefois, je vois aussi dans ces jeunes d’incroyables forces et des talents insoupçonnés. Des forces que moi, la fille qui fittait parfaitement dans le moule du programme de l’école québécoise et qui y a évolué comme un petit poisson dans l’eau, n’aurai jamais.

Je côtoie aussi personnellement un de ces jeunes pour qui l’école était tout sauf amusante et qui est maintenant un grand homme. Mon conjoint a un TDAH (tsé le stéréotype de l’hyperactif, et bien c’est lui). Il a toujours eu à travailler plus fort que les autres à l’école et a terminé une technique au CÉGEP parce qu’il savait que c’était important. Pourtant, je l’accompagnais durant ses études et je l’ai souvent vu découragé et travailler plus fort que je ne l’aurai jamais fait même durant mes études universitaires pour obtenir son diplôme. Aujourd’hui, il ne travaille plus dans son domaine d’études, mais il est un homme d’affaires accompli qui réalise de grandes choses et qui est reconnu dans son milieu.

J’ai toujours bien réussi à l’école. J’étais parmi ces personnes qu’on appelle les « bollées ». Plusieurs m’ont demandé durant mes études pourquoi je ne voulais pas aller en médecine. C’est simple : j’aurais été le plus mauvais médecin de l’histoire de l’humanité. Mes notes me le permettaient certes, mais mes capacités : ABSOLUMENT PAS (genre que je ne dois pas regarder quand on me fait une prise de sang). À l’inverse, mon conjoint n’avait pas du tout les notes pour être médecin, mais il aurait été EXCELLENT dans ce domaine.

C’est un peu tout ça qui vient tant me chercher avec les jeunes avec lesquels je travaille. Je les vois bûcher à l’école et parfois ne pas y arriver parce qu’ils n’ont pas les capacités adéquates pour « fitter dans le moule ». D’un autre côté, je vois aussi toutes leurs forces dans d’autres domaines, mais qui ne sont tout simplement pas considérés comme des éléments qui peuvent mener vers la réussite. Parmi mes petits clients, il y a ce petit garçon qui excelle au hockey et dans tous les sports d’équipe. Il y a cette cocotte qui pourrait gagner des Oscars tant elle est bonne actrice. Il y a aussi ce petit TSA qui a un talent époustouflant pour le dessin. Le seul hic, c’est que ces talents ne sont pas évalués à l’école et pourtant, sans ces belles forces mises de l’avant, ils auraient plus souvent qu’autrement abandonné bien plus que l’école…

Je trouve dommage que ce ne soit qu’à l’âge adulte qu’on puisse faire ressortir ces talents. Quand je pense à tous ces gens célèbres qu’on voit passer sur Internet et qui nous disent avoir eu des difficultés majeures à l’école par le passé, je me dis que ce ne sont pas les difficultés qui définissent l’individu. C’est le système qui définit les difficultés. Je ne dis pas qu’il faille revoir tout le système d’éducation, mais parfois adapter les enseignements pour permettre aux jeunes de faire ressortir leurs forces et leurs talents peuvent aider. Après tout, même si la lecture et l’écriture sont primordiaux dans le succès, ils sont loin d’être les seuls facteurs garants de réussite…

Le trouble du langage, ça existe aussi dépassé 5 ans...

comprendre le trouble du langage chez les ados

« Je comprends pas pourquoi il va en orthophonie cet enfant-là... J'en n'entends pas de problème quand il parle... » Étant une orthophoniste qui travaille principalement avec la clientèle d'âge scolaire, c'est une question qu'on me pose souvent quand des gens de mon entourage connaissent des enfants d'âge scolaire qui sont suivis en orthophonie. C'est vrai que, quand on entend parler de troubles du langage, on pense immédiatement à l'enfant de 3-4 ans qui ne prononce pas bien les sons, qui ne formule pas de phrases complètes ou ne parle pas beaucoup. Toutefois, les troubles de langage concernent beaucoup plus que cela. C'est beaucoup plus large qu'un simple problème de prononciation et ça peut également être beaucoup plus subtil que cela. C'est ce qu'on observe chez les enfants plus vieux, notamment d'âge scolaire, et les adultes. Aujourd'hui, j'ai décidé de prendre un moment pour mettre par écrit l'explication que j'ai donnée à plusieurs reprises aux gens de mon entourage. 

 

«C'EST PAS PARCE QUE LA PERSONNE PRONONCE BIEN LES SONS QU'IL N'Y A PAS DE PROBLÈME...»

Ce n'est pas parce qu'un individu ne présente pas de difficultés à prononcer des mots ou à formuler des phrases qu'il n'éprouve pas de difficultés langagières pour autant. En effet, lorsqu'on parle de trouble de langage, cela implique nécessairement une persistance des difficultés. Ainsi, si un individu présente un trouble de langage alors qu'il a 5 ans, il y a de fortes chances que ce trouble soit encore présent lorsqu'il aura 15 ans, 25 ans, 50 ans. La seule différence, c'est que les difficultés ne sont pas les mêmes selon l'âge développemental de l'enfant, ses apprentissages, la sévérité de son trouble et les exigences de son milieu. 

Un trouble de langage peut se décliner de plusieurs façons. Dans le milieu orthophonique, on décompose le langage en 7 composantes et chacune d'entre elles peut être touchée de façon plus ou moins importante. Évidemment, il y a tout l'aspect de la compréhension du langage qui consiste à bien interpréter le message qu'on nous dit (comprendre les consignes, les questions, le sens des phrases que notre interlocuteur emploie ou qu'on lit, etc.) et qui n'est pas du tout à négliger. Il y a aussi tout le volet de l'expression qui se décline en différentes catégories.

  1. Tout d'abord, il y a les sons : c'est avec les sons qu'on formule les mots. Le fait de ne pas prononcer correctement certains sons peut avoir un impact sur la clarté du message livré. 
  2. Pour pouvoir formuler des phrases, on utilise des mots qui font partie de notre lexique. J'aime comparer le lexique à un bottin de mots. Dans le fond, le lexique contient tous les mots qu'on comprend et qu'on emploie. Ces mots doivent avoir un sens si on veut les comprendre et les employer correctement, ce qu'on appelle la sémantique. Ensemble, le lexique et la sémantique (soit les mots et leur sens) composent ce que j'appelle notre dictionnaire interne.
  3. Des mots mis ensembles forment des phrases. Mais ce n'est pas tout de combiner des mots ensembles... Encore faut-il respecter l'ordre des mots pour que ce soit grammatical, soit la syntaxe (p.ex. on ne dira pas « Je jus du veux », mais plutôt « Je veux du jus ») et bien accorder les mots selon les marques du genre et du pluriel (p.ex. le fameux « sontaient » au lieu de « étaient »), soit la morphologie.
  4. Lorsqu'on formule des phrases, généralement, c'est parce qu'on veut raconter, échanger, argumenter. Autrement dit, en combinant des phrases ensemble sur un sujet X, on fait un discours
  5. Le tout, dans le but ultime d'interagir avec les gens autour de nous, donc d'avoir des conversations et des échanges avec eux en tenant compte de tout l'aspect non verbal et des tours de parole, soit la pragmatique

Souvent, pour les enfants d'âge scolaire ayant un trouble de langage, selon le niveau de sévérité, la difficulté ne parait généralement pas à première vue à moins d'y prêter attention. Cependant, quand on s'y attarde, on peut voir certaines difficultés langagières surtout par rapport à l'utilisation du langage plus élaboré auquel on s'attend à l'adolescence et à l'âge adulte. Très souvent, les adolescents qui ont un trouble de langage ont de la difficulté à trouver leurs mots, ce qu'on appelle des difficultés d'accès lexical ou plus communément, le fameux phénomène du mot sur le bout de la langue. Ils vont souvent parler d'éléments ou d'objets en les désignant comme des « choses » ou des « trucs » et restent vagues dans leurs descriptions et leurs précisions de ce que c'est. Aussi, lorsqu'on leur pose des questions où on leur demande de raconter ou d'expliquer quelque chose, ils ont tendance à dire « Je sais pas » ou encore « J'm'en souviens pu ». C'est beaucoup plus facile pour eux de répondre ça que de commencer à réfléchir aux mots et aux phrases à utiliser pour avoir un discours organisé.

 

COMPRENDRE N'EST PAS TOUJOURS UNE TÂCHE FACILE NON PLUS...

n contexte de conversation de tous les jours, les jeunes ayant un trouble de langage peuvent sembler bien comprendre ce qu'on dit et donc, avoir une compréhension fonctionnelle. C'est probablement le cas pour plusieurs d'entre eux d'ailleurs. Par contre, si on leur raconte une blague ou qu'on utilise le sarcasme pour faire rire, il se peut très bien que notre interlocuteur, ayant un trouble de langage, ne la comprenne pas ou ne la trouve pas drôle du tout... En effet, quand on raconte une blague, une énigme ou une devinette, pour arriver à bien la comprendre, il faut être en mesure d'aller chercher le sens caché de celle-ci, de voir au-delà du sens premier, ce que les adolescents et adultes ayant un trouble de langage ont de la difficulté à faire au même titre qu'un jeune enfant au développement langagier normal qui n'est pas encore rendu à ce stade de traitement de l'information langagière. Autrement dit, un adolescent ou un adulte présentant un trouble de langage prend souvent tout au pied de la lettre comme on dit. 

 

«MAIS JE COMPRENDS PAS... MON ENFANT ÉTAIT BEN CORRECT AVANT D'ENTRER À L'ÉCOLE...»

C'est vrai! Si l'atteinte est légère, le trouble de langage peut passer inaperçu en bas âge et les premières manifestations apparaîtront seulement à l'école au moment où l'enfant apprend le langage écrit, soit la lecture et l'écriture. À l'école, les exigences ne sont plus les mêmes qu'à la garderie. On passe de la phase apprendre à parler à la phase parler pour apprendre. Quand on est jeune, on développe le langage. Quand on est plus vieux, le langage nous sert à faire toutes sortes d'apprentissages. Vous comprendrez donc que, si d'avance on ne maîtrise pas bien le langage, ce sera plus difficile d'apprendre. C'est ce qui arrive chez les enfants ayant un trouble de langage. Leurs habiletés langagières sont limitées donc quand vient le temps d'apprendre en classe à partir de ce que le professeur leur enseigne oralement ou ce qu'ils lisent, cela représente un défi supplémentaire. Si je prends par exemple la compréhension de consignes. Souvent, en classe lorsqu'on fait une activité, la professeur donne plusieurs consignes et celles-ci sont souvent longues. Un enfant présentant un trouble de langage et pour qui les consignes complexes et longues sont difficiles aura donc très fort probablement de la difficulté à comprendre correctement tout ce qu'il a à faire. C'est la même chose lorsque le professeur pose une question avec une longue mise en situation. C'est souvent trop d'informations à traiter pour l'enfant avec un trouble de langage qui ne répondra pas adéquatement à la question, ce qui peut indiquer qu'il n'aura pas compris. Conséquemment, un trouble de langage présente des impacts importants sur l'apprentissage. Ce trouble est d'ailleurs souvent concomittant avec des troubles d'apprentissage. 

L'école est aussi synonyme d'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Par contre, plusieurs études ont démontré que, chez les enfants ayant un trouble de langage à l'oral, on observe des répercussions sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. 

Vous comprendrez donc qu'un trouble de langage ça affecte beaucoup plus que juste la prononciation et la formulation de phrases. Le langage est rempli de subtilités qu'un enfant ayant des difficultés ne maîtrisera pas sans l'intervention soutenue d'un professionnel de la communication, soit l'orthophoniste. Pour vous aider à mieux comprendre à quel point il peut être difficile de communiquer pour quelqu'un présentant un trouble du langage, je vous invite à visionner cette petite vidéo dans laquelle je fais une comparaison avec l'apprentissage d'une seconde langue.

Je vous laisse aussi ci-dessous un petit résumé imagé que vous pouvez télécharger ici en format PDF. 

Pour en apprendre plus sur ce que sont réellement la compréhension et l'expression, je vous invite à cliquer sur l'image ci-dessous.