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Le trouble du langage, ça existe aussi dépassé 5 ans...

comprendre le trouble du langage chez les ados

« Je comprends pas pourquoi il va en orthophonie cet enfant-là... J'en n'entends pas de problème quand il parle... » Étant une orthophoniste qui travaille principalement avec la clientèle d'âge scolaire, c'est une question qu'on me pose souvent quand des gens de mon entourage connaissent des enfants d'âge scolaire qui sont suivis en orthophonie. C'est vrai que, quand on entend parler de troubles du langage, on pense immédiatement à l'enfant de 3-4 ans qui ne prononce pas bien les sons, qui ne formule pas de phrases complètes ou ne parle pas beaucoup. Toutefois, les troubles de langage concernent beaucoup plus que cela. C'est beaucoup plus large qu'un simple problème de prononciation et ça peut également être beaucoup plus subtil que cela. C'est ce qu'on observe chez les enfants plus vieux, notamment d'âge scolaire, et les adultes. Aujourd'hui, j'ai décidé de prendre un moment pour mettre par écrit l'explication que j'ai donnée à plusieurs reprises aux gens de mon entourage. 

 

«C'EST PAS PARCE QUE LA PERSONNE PRONONCE BIEN LES SONS QU'IL N'Y A PAS DE PROBLÈME...»

Ce n'est pas parce qu'un individu ne présente pas de difficultés à prononcer des mots ou à formuler des phrases qu'il n'éprouve pas de difficultés langagières pour autant. En effet, lorsqu'on parle de trouble de langage, cela implique nécessairement une persistance des difficultés. Ainsi, si un individu présente un trouble de langage alors qu'il a 5 ans, il y a de fortes chances que ce trouble soit encore présent lorsqu'il aura 15 ans, 25 ans, 50 ans. La seule différence, c'est que les difficultés ne sont pas les mêmes selon l'âge développemental de l'enfant, ses apprentissages, la sévérité de son trouble et les exigences de son milieu. 

Un trouble de langage peut se décliner de plusieurs façons. Dans le milieu orthophonique, on décompose le langage en 7 composantes et chacune d'entre elles peut être touchée de façon plus ou moins importante. Évidemment, il y a tout l'aspect de la compréhension du langage qui consiste à bien interpréter le message qu'on nous dit (comprendre les consignes, les questions, le sens des phrases que notre interlocuteur emploie ou qu'on lit, etc.) et qui n'est pas du tout à négliger. Il y a aussi tout le volet de l'expression qui se décline en différentes catégories.

  1. Tout d'abord, il y a les sons : c'est avec les sons qu'on formule les mots. Le fait de ne pas prononcer correctement certains sons peut avoir un impact sur la clarté du message livré. 
  2. Pour pouvoir formuler des phrases, on utilise des mots qui font partie de notre lexique. J'aime comparer le lexique à un bottin de mots. Dans le fond, le lexique contient tous les mots qu'on comprend et qu'on emploie. Ces mots doivent avoir un sens si on veut les comprendre et les employer correctement, ce qu'on appelle la sémantique. Ensemble, le lexique et la sémantique (soit les mots et leur sens) composent ce que j'appelle notre dictionnaire interne.
  3. Des mots mis ensembles forment des phrases. Mais ce n'est pas tout de combiner des mots ensembles... Encore faut-il respecter l'ordre des mots pour que ce soit grammatical, soit la syntaxe (p.ex. on ne dira pas « Je jus du veux », mais plutôt « Je veux du jus ») et bien accorder les mots selon les marques du genre et du pluriel (p.ex. le fameux « sontaient » au lieu de « étaient »), soit la morphologie.
  4. Lorsqu'on formule des phrases, généralement, c'est parce qu'on veut raconter, échanger, argumenter. Autrement dit, en combinant des phrases ensemble sur un sujet X, on fait un discours
  5. Le tout, dans le but ultime d'interagir avec les gens autour de nous, donc d'avoir des conversations et des échanges avec eux en tenant compte de tout l'aspect non verbal et des tours de parole, soit la pragmatique

Souvent, pour les enfants d'âge scolaire ayant un trouble de langage, selon le niveau de sévérité, la difficulté ne parait généralement pas à première vue à moins d'y prêter attention. Cependant, quand on s'y attarde, on peut voir certaines difficultés langagières surtout par rapport à l'utilisation du langage plus élaboré auquel on s'attend à l'adolescence et à l'âge adulte. Très souvent, les adolescents qui ont un trouble de langage ont de la difficulté à trouver leurs mots, ce qu'on appelle des difficultés d'accès lexical ou plus communément, le fameux phénomène du mot sur le bout de la langue. Ils vont souvent parler d'éléments ou d'objets en les désignant comme des « choses » ou des « trucs » et restent vagues dans leurs descriptions et leurs précisions de ce que c'est. Aussi, lorsqu'on leur pose des questions où on leur demande de raconter ou d'expliquer quelque chose, ils ont tendance à dire « Je sais pas » ou encore « J'm'en souviens pu ». C'est beaucoup plus facile pour eux de répondre ça que de commencer à réfléchir aux mots et aux phrases à utiliser pour avoir un discours organisé.

 

COMPRENDRE N'EST PAS TOUJOURS UNE TÂCHE FACILE NON PLUS...

n contexte de conversation de tous les jours, les jeunes ayant un trouble de langage peuvent sembler bien comprendre ce qu'on dit et donc, avoir une compréhension fonctionnelle. C'est probablement le cas pour plusieurs d'entre eux d'ailleurs. Par contre, si on leur raconte une blague ou qu'on utilise le sarcasme pour faire rire, il se peut très bien que notre interlocuteur, ayant un trouble de langage, ne la comprenne pas ou ne la trouve pas drôle du tout... En effet, quand on raconte une blague, une énigme ou une devinette, pour arriver à bien la comprendre, il faut être en mesure d'aller chercher le sens caché de celle-ci, de voir au-delà du sens premier, ce que les adolescents et adultes ayant un trouble de langage ont de la difficulté à faire au même titre qu'un jeune enfant au développement langagier normal qui n'est pas encore rendu à ce stade de traitement de l'information langagière. Autrement dit, un adolescent ou un adulte présentant un trouble de langage prend souvent tout au pied de la lettre comme on dit. 

 

«MAIS JE COMPRENDS PAS... MON ENFANT ÉTAIT BEN CORRECT AVANT D'ENTRER À L'ÉCOLE...»

C'est vrai! Si l'atteinte est légère, le trouble de langage peut passer inaperçu en bas âge et les premières manifestations apparaîtront seulement à l'école au moment où l'enfant apprend le langage écrit, soit la lecture et l'écriture. À l'école, les exigences ne sont plus les mêmes qu'à la garderie. On passe de la phase apprendre à parler à la phase parler pour apprendre. Quand on est jeune, on développe le langage. Quand on est plus vieux, le langage nous sert à faire toutes sortes d'apprentissages. Vous comprendrez donc que, si d'avance on ne maîtrise pas bien le langage, ce sera plus difficile d'apprendre. C'est ce qui arrive chez les enfants ayant un trouble de langage. Leurs habiletés langagières sont limitées donc quand vient le temps d'apprendre en classe à partir de ce que le professeur leur enseigne oralement ou ce qu'ils lisent, cela représente un défi supplémentaire. Si je prends par exemple la compréhension de consignes. Souvent, en classe lorsqu'on fait une activité, la professeur donne plusieurs consignes et celles-ci sont souvent longues. Un enfant présentant un trouble de langage et pour qui les consignes complexes et longues sont difficiles aura donc très fort probablement de la difficulté à comprendre correctement tout ce qu'il a à faire. C'est la même chose lorsque le professeur pose une question avec une longue mise en situation. C'est souvent trop d'informations à traiter pour l'enfant avec un trouble de langage qui ne répondra pas adéquatement à la question, ce qui peut indiquer qu'il n'aura pas compris. Conséquemment, un trouble de langage présente des impacts importants sur l'apprentissage. Ce trouble est d'ailleurs souvent concomittant avec des troubles d'apprentissage. 

L'école est aussi synonyme d'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Par contre, plusieurs études ont démontré que, chez les enfants ayant un trouble de langage à l'oral, on observe des répercussions sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. 

Vous comprendrez donc qu'un trouble de langage ça affecte beaucoup plus que juste la prononciation et la formulation de phrases. Le langage est rempli de subtilités qu'un enfant ayant des difficultés ne maîtrisera pas sans l'intervention soutenue d'un professionnel de la communication, soit l'orthophoniste. Pour vous aider à mieux comprendre à quel point il peut être difficile de communiquer pour quelqu'un présentant un trouble du langage, je vous invite à visionner cette petite vidéo dans laquelle je fais une comparaison avec l'apprentissage d'une seconde langue.

Je vous laisse aussi ci-dessous un petit résumé imagé que vous pouvez télécharger ici en format PDF. 

Pour en apprendre plus sur ce que sont réellement la compréhension et l'expression, je vous invite à cliquer sur l'image ci-dessous.

La force des enfants « DYS »

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J’adore mon métier et mon milieu de travail. Il n’y a pas une journée où je me lève et pars travailler à reculons. Par contre, comme dans tout bon emploi, il y a certains aspects de ma job que j’apprécie un peu moins. Parmi ces aspects, je n’aime pas trop trop avoir à écrire ces trois petites lettres « DYS » dans un rapport et encore moins être confrontée à la réaction des parents lorsque je leur explique ce que ça signifie.

Bon j’avoue, je devrais m’y attendre un peu. Lorsqu’un parent vient me consulter avec son enfant, c’est rarement parce que tout va bien. Généralement, il s’inquiète pour un (ou plusieurs) aspects du développement langagier de son enfant et espère trouver quelques réponses à ses questions auprès de moi. Certains parents viennent me voir avec l’espoir qu’un suivi en orthophonie permettra de tout régler et de passer à autre chose (si seulement j’avais la formule magique pour y arriver…). Dans certains cas, ce ne sont effectivement que des retards de langage qui se rattrapent très bien avec une intervention orthophonique ciblée et intensive. Dans d’autres cas, les difficultés perdurent et les progrès sont plus lents que ce qu’on souhaiterait. C’est alors que l’expression « dys » commence à faire son chemin dans ma tête : dyslexie, dysphasie, dyspraxie, dysorthographie sont les « dys » qui me concernent le plus en tant qu’orthophoniste.

 

DEPUIS QUELQUES ANNÉES, ON DIRAIT QU’ON ASSISTE À UNE MONTÉE DE CES FAMEUX « DYS ».

Depuis quelques années, on dirait qu’on assiste à une montée de ces fameux « dys ». Je ne sais pas si c’est parce que je baigne dans le milieu que j’y suis plus exposée, mais il ne passe pas une semaine sans que je lise au moins un article sur le nombre grandissant d’enfants en difficultés dans les classes, sur les services inadaptés pour les enfants en difficultés, sur les faux diagnostics, etc. Je peux alors comprendre qu’un parent qui vient me voir et à qui je dis avoir l’hypothèse d’une dyspraxie verbale ou d’une dyslexie chez leur enfant ne fera autrement qu’être préoccupé par l’annonce de cette nouvelle, plutôt mauvaise à première vue (et là je n’ai pas encore confirmé la conclusion).

Tous les parents que je connais souhaitent le meilleur pour leur enfant et sont prêts à faire tout en leur pouvoir pour que celui-ci ait un parcours de vie le plus beau possible malgré les nombreuses embûches que leur progéniture rencontrera inévitablement. J’imagine que c’est ça être parent et je trouve cela vraiment louable. Alors lorsque j’annonce à un parent que son enfant présente une dysABC de degré XYZ, voir l’inquiétude dans leur regard me met toute à l’envers. Je peux sentir leur cerveau tourner à 100 miles à l’heure. Ils se posent et me posent toutes les questions qui leur passent à l’esprit et auxquelles je tente de répondre au meilleur de mes connaissances d’orthophoniste : Est-ce que mon enfant pourra aller à l’université? Qu’est-ce qu’il va arriver lorsqu’il va entrer à l’école? Est-ce que les amis vont le comprendre, rire de lui? Est-ce qu’il aura droit à des aides adaptées? Comment mon enfant va-t-il réagir devant les difficultés rencontrées? Comment moi est-ce que je peux faire pour l’aider? Est-ce que ça se guérit? Est-ce qu’il aura une vie normale? Et j’en passe!

 

SON INTELLIGENCE, IL APPREND À LA METTRE À PROFIT DIFFÉREMMENT EN RAISON DE SON HANDICAP. C’EST LÀ TOUTE LA BEAUTÉ QUE JE VOIS CHEZ CES ENFANTS.

La première chose que je dis aux parents, c’est que, de manière générale, un enfant « dys » a de la difficulté sur le plan de capacités cognitives spécifiques, mais n’est pas moins intelligent que les autres enfants de son âge et qu’il peut être très bon et se démarquer dans plusieurs domaines. Certains parents se sentent également coupables et responsables des difficultés qu’éprouve leur enfant. Toutefois, il est prouvé que cela n’a pas de lien direct avec l’environnement familial. Oui une stimulation ciblée a un impact positif sur le développement de l’enfant, mais ce n’est pas exclusivement de la faute du parent si l’enfant présente une dysphasie par exemple. À la question fréquente des parents à savoir si leur enfant vivra avec cela toute sa vie ou si ça se guérit, je réponds toujours qu’on ne peut pas en guérir pour la simple et bonne raison que ce n’est pas une maladie, mais qu’il pourra très bien vivre avec son trouble grâce aux nombreux moyens qui lui permettront de surmonter et de compenser ses vulnérabilités. En effet, tout au long de sa scolarité, on peut aider un enfant « dys » à surmonter les défis que son handicap lui apporte et à pallier aux difficultés qu’il rencontrera. Par contre, il faut savoir demeurer réaliste : ce ne sera pas toujours facile et parfois, la montagne à escalader paraîtra insurmontable, mais on y arrive toujours, un pas à la fois. En effet, avec une prise en charge adaptée et personnalisée au niveau de l’enfant et à son environnement, on arrive à amener l’enfant à vivre plusieurs belles réussites. Il suffit de bien orienter les interventions parce que devant les difficultés rencontrées, les succès peuvent parfois paraître inaccessibles pour ces enfants, ce qui peut avoir un impact pour leur estime d’eux-mêmes. C’est pourquoi il faut optimiser le plus possible les situations où ils sont bons, où ils sont bien et où ils peuvent nous apprendre des choses et réussir. C’est un magnifique défi que d’accompagner ces enfants sur le chemin de leur réussite et je fais toujours tout en mon possible pour le relever, car c’est magnifique de les voir sourire lorsqu’ils réussissent enfin quelque chose sur laquelle ils ont travaillé si fort.

Mais par-dessus tout, ce que je dis aux parents à qui j’annonce une hypothèse de « dys » chez leur enfant ou pour qui je la confirme, c’est que, c’est peut-être vrai qu’un enfant « dys » mettra plus de temps à acquérir et à maîtriser plusieurs des concepts vus à l’école dans le cadre d’un enseignement traditionnel. Oui il ne trouvera pas toujours ça facile et bûchera fort pour arriver aux mêmes résultats que ses confrères. Toutefois, il n’est pas moins intelligent que les autres. Son intelligence, il apprend à la mettre à profit différemment en raison de son handicap. C’est là toute la beauté que je vois chez ces enfants. C’est leur force de caractère, car ils luttent souvent contre eux-même, mais ne lâchent jamais prise et leur incroyable capacité d’adaptation devant les défis que leur pose une société pas toujours adaptée à leur réalité! Très jeunes, les enfants « dys » me semblent sensibles aux difficultés des autres parce qu’ils sont sensibles à leurs propres difficultés. J’ai parfois l’impression qu’ils ont un niveau d’empathie et de lâcher-prise que peu de gens ont. Pour moi, ces enfants « dys » sont tout sauf différents. Ils sont uniques! Parce qu’eux savent profiter de la vie dans une société qui ne leur fait pas toujours des cadeaux. Ils sont dotés d’une grande sagesse pour leur âge, parce qu’ils voient les choses sous un autre angle, et nous enseignent à adopter un autre point de vue. Surtout, ils savent pardonner et accepter et c’est selon moi, une des plus grandes forces qu’on pourrait posséder.

Bref, en tant qu’orthophoniste, je me suis donné une mission quant à mon rôle envers les parents dont l’enfant est « dys ». Mon rôle n’est pas de les rassurer, ni de les amener à la raison. Mon rôle, c’est simplement de leur faire voir les deux côtés de la médaille. De leur montrer que, bien que ce ne sera pas facile, ils ont la plus grande richesse du monde à côté d’eux et que leur enfant leur en apprendra probablement autant, sinon plus, qu’eux ne leur en apprendront.

À tout mes petits cocos « dys », je tiens à dire le plus sincèrement du monde que je vous admire! Continuez d’être qui vous êtes! Vous êtes magnifiques!