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Connaissez-vous l'effet du « Je ne sais pas » ?

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Je ne sais pas pour vous, mais moi quand on me pose une question vague, c'est très rare que j'enchaîne avec une réponse super élaborée. Disons que je reste en surface. Vous savez la fameuse question « comment ça va ». Non mais connaissez-vous une question plus vague que ça ? Que répondez-vous quand on vous la pose ? Moi j'y vais pour le classique : « Bien ». Et ça s'arrête pas mal là... En fait, je n'ai jamais vraiment élaboré en détails sur ma vie avec ce genre de question. Je suppose que certains d'entre vous se reconnaitront dans ma réaction. On dirait même que c'est une norme. Si je demande à quelqu'un comment il va, je ne m'attends pas du tout à ce qu'il commence à déblatérer sur sa vie. C'est plutôt une sorte de marque de politesse qu'une vraie question on dirait.

C'est d'ailleurs une remarque que j'ai souvent venant des parents de mes clients ados (et même que je constate chez les parents d'ados en général). Plusieurs se plaignent qu'il est difficile, voire impossible d'entretenir une conversation avec leur adolescent. Ils ont l'impression de jouer les enquêteurs et de n'avoir que des réponses par monosyllabes du genre « ouin », « mmm », « non »... Bref, disons que la conversation ne tient pas vraiment du dialogue. 

À question vague, réponse vague

Lorsque des parents me font part de ce genre de remarque, la première chose que je leur demande est quel genre de question posent-ils à leur ado. De manière générale, ils me répondent qu'ils lui demandent comment ça s'est passé à l'école, comment a été sa journée, qu'est-ce qu'il a fait de spécial, etc. Ensuite, nous faisons une analyse de ces questions pour voir quel est le problème.

Prenons la question « Comment a été ta journée ». Maintenant, inversons les rôles. Admettons que l'on vous pose cette question. Qu'allez-vous être porté à répondre d'emblée : « bien » ou encore « correcte ». Et peut-être même que vous irez parfois d'un vague (et choquant on l'admet) « je sais pas »... Quand on y réfléchit, il n'y a pas vraiment plus à dire que cela. Il est donc normal que votre jeune ne soit pas porté à élaborer sur la question. 

Autrement dit, ce n'est pas forcément parce que votre ado ne veut pas vous parler qu'il se contente de réponses brèves. Si vous êtes tannés d'entendre toujours les mêmes réponses sortir de la bouche de votre ado telle une cassette qui joue sur repeat, peut-être est-ce plutôt parce que vos questions ne permettent pas une réponse plus élaborée.

À question précise, réponse précise

Si vous voulez obtenir des réponses précises de la part de votre jeune, assurez-vous de lui poser des questions précises

Au lieu de lui demander comment a été sa journée, si vous connaissez son horaire, pourquoi ne pas lui demander quels livres il a choisi durant la période de bibliothèque. Ou encore, au lieu de lui demander comment a été son examen de mathématiques, demandez-lui le numéro qu'il a trouvé le plus difficile ou sur une échelle de 1 à 10 à quel point il se sent confiant d'avoir atteint l'objectif qu'il s'était fixé par rapport à sa note. 

Le but est que vous soyez précis dans vos questions pour obtenir la réponse attendue ou encore ouvrir sur une possible discussion plutôt que de vous retrouver à devoir poser beaucoup trop de questions à votre jeune qui finira par s'en lasser. 

Souvent, quand on pose une question précise, on a une réponse claire qui ne demande pas à être justifiée. Cela vous permettra donc d'éviter de poser trop de questions et de passer pour harcelant auprès de votre jeune. Et peut-être même sera-t-il plus enclin à vous partager des détails de son propre gré. Je suis consciente que ce n'est pas toujours facile à faire, car on voudrait s'assurer que tout se passe bien pour son enfant, mais je vous promets que vous ne perdez rien à l'essayer.

ATTENTION! Ce n'est pas parce qu'une réponse est précise qu'elle est forcément longue

C'est important pour moi de faire cette distinction. Une question précise peut solliciter une réponse courte de la part de l'interlocuteur et c'est tout à fait correct. L'important est d'avoir une réponse plus précise que ce qu'on aurait si on posait une question plus « classique ». Tant mieux si la question que vous posez amène votre enfant/ado à élaborer une longue réponse. Par contre, parfois, une réponse de 2 ou 3 mots suffit amplement.

Je suis consciente que c'est souvent difficile de trouver comment poser la bonne question. C'est pourquoi j'ai fait une partie du travail pour vous. Pour une liste de questions et vous donner des idées de questions à poser, je vous ai préparé un document gratuit à télécharger. Dans le même ordre d'idées, j'ai également fait un live sur la stratégie des points de suspension sur ma page Facebook. Cette stratégie consiste à laisser tomber notre rôle de parent-inspecteur pour que le jeune soit moins enclin à se refermer et peut-être même s'ouvrira-t-il de lui-même... 

Et si ça vous dit d'en apprendre plus sur les bonnes questions à poser, j'ai faite une vidéo sur ma chaîne YouTube à ce sujet.

 

Sur ce, je vous souhaite de belles discussions et surtout, des réponses précises.

La force des enfants « DYS »

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J’adore mon métier et mon milieu de travail. Il n’y a pas une journée où je me lève et pars travailler à reculons. Par contre, comme dans tout bon emploi, il y a certains aspects de ma job que j’apprécie un peu moins. Parmi ces aspects, je n’aime pas trop trop avoir à écrire ces trois petites lettres « DYS » dans un rapport et encore moins être confrontée à la réaction des parents lorsque je leur explique ce que ça signifie.

Bon j’avoue, je devrais m’y attendre un peu. Lorsqu’un parent vient me consulter avec son enfant, c’est rarement parce que tout va bien. Généralement, il s’inquiète pour un (ou plusieurs) aspects du développement langagier de son enfant et espère trouver quelques réponses à ses questions auprès de moi. Certains parents viennent me voir avec l’espoir qu’un suivi en orthophonie permettra de tout régler et de passer à autre chose (si seulement j’avais la formule magique pour y arriver…). Dans certains cas, ce ne sont effectivement que des retards de langage qui se rattrapent très bien avec une intervention orthophonique ciblée et intensive. Dans d’autres cas, les difficultés perdurent et les progrès sont plus lents que ce qu’on souhaiterait. C’est alors que l’expression « dys » commence à faire son chemin dans ma tête : dyslexie, dysphasie, dyspraxie, dysorthographie sont les « dys » qui me concernent le plus en tant qu’orthophoniste.

 

DEPUIS QUELQUES ANNÉES, ON DIRAIT QU’ON ASSISTE À UNE MONTÉE DE CES FAMEUX « DYS ».

Depuis quelques années, on dirait qu’on assiste à une montée de ces fameux « dys ». Je ne sais pas si c’est parce que je baigne dans le milieu que j’y suis plus exposée, mais il ne passe pas une semaine sans que je lise au moins un article sur le nombre grandissant d’enfants en difficultés dans les classes, sur les services inadaptés pour les enfants en difficultés, sur les faux diagnostics, etc. Je peux alors comprendre qu’un parent qui vient me voir et à qui je dis avoir l’hypothèse d’une dyspraxie verbale ou d’une dyslexie chez leur enfant ne fera autrement qu’être préoccupé par l’annonce de cette nouvelle, plutôt mauvaise à première vue (et là je n’ai pas encore confirmé la conclusion).

Tous les parents que je connais souhaitent le meilleur pour leur enfant et sont prêts à faire tout en leur pouvoir pour que celui-ci ait un parcours de vie le plus beau possible malgré les nombreuses embûches que leur progéniture rencontrera inévitablement. J’imagine que c’est ça être parent et je trouve cela vraiment louable. Alors lorsque j’annonce à un parent que son enfant présente une dysABC de degré XYZ, voir l’inquiétude dans leur regard me met toute à l’envers. Je peux sentir leur cerveau tourner à 100 miles à l’heure. Ils se posent et me posent toutes les questions qui leur passent à l’esprit et auxquelles je tente de répondre au meilleur de mes connaissances d’orthophoniste : Est-ce que mon enfant pourra aller à l’université? Qu’est-ce qu’il va arriver lorsqu’il va entrer à l’école? Est-ce que les amis vont le comprendre, rire de lui? Est-ce qu’il aura droit à des aides adaptées? Comment mon enfant va-t-il réagir devant les difficultés rencontrées? Comment moi est-ce que je peux faire pour l’aider? Est-ce que ça se guérit? Est-ce qu’il aura une vie normale? Et j’en passe!

 

SON INTELLIGENCE, IL APPREND À LA METTRE À PROFIT DIFFÉREMMENT EN RAISON DE SON HANDICAP. C’EST LÀ TOUTE LA BEAUTÉ QUE JE VOIS CHEZ CES ENFANTS.

La première chose que je dis aux parents, c’est que, de manière générale, un enfant « dys » a de la difficulté sur le plan de capacités cognitives spécifiques, mais n’est pas moins intelligent que les autres enfants de son âge et qu’il peut être très bon et se démarquer dans plusieurs domaines. Certains parents se sentent également coupables et responsables des difficultés qu’éprouve leur enfant. Toutefois, il est prouvé que cela n’a pas de lien direct avec l’environnement familial. Oui une stimulation ciblée a un impact positif sur le développement de l’enfant, mais ce n’est pas exclusivement de la faute du parent si l’enfant présente une dysphasie par exemple. À la question fréquente des parents à savoir si leur enfant vivra avec cela toute sa vie ou si ça se guérit, je réponds toujours qu’on ne peut pas en guérir pour la simple et bonne raison que ce n’est pas une maladie, mais qu’il pourra très bien vivre avec son trouble grâce aux nombreux moyens qui lui permettront de surmonter et de compenser ses vulnérabilités. En effet, tout au long de sa scolarité, on peut aider un enfant « dys » à surmonter les défis que son handicap lui apporte et à pallier aux difficultés qu’il rencontrera. Par contre, il faut savoir demeurer réaliste : ce ne sera pas toujours facile et parfois, la montagne à escalader paraîtra insurmontable, mais on y arrive toujours, un pas à la fois. En effet, avec une prise en charge adaptée et personnalisée au niveau de l’enfant et à son environnement, on arrive à amener l’enfant à vivre plusieurs belles réussites. Il suffit de bien orienter les interventions parce que devant les difficultés rencontrées, les succès peuvent parfois paraître inaccessibles pour ces enfants, ce qui peut avoir un impact pour leur estime d’eux-mêmes. C’est pourquoi il faut optimiser le plus possible les situations où ils sont bons, où ils sont bien et où ils peuvent nous apprendre des choses et réussir. C’est un magnifique défi que d’accompagner ces enfants sur le chemin de leur réussite et je fais toujours tout en mon possible pour le relever, car c’est magnifique de les voir sourire lorsqu’ils réussissent enfin quelque chose sur laquelle ils ont travaillé si fort.

Mais par-dessus tout, ce que je dis aux parents à qui j’annonce une hypothèse de « dys » chez leur enfant ou pour qui je la confirme, c’est que, c’est peut-être vrai qu’un enfant « dys » mettra plus de temps à acquérir et à maîtriser plusieurs des concepts vus à l’école dans le cadre d’un enseignement traditionnel. Oui il ne trouvera pas toujours ça facile et bûchera fort pour arriver aux mêmes résultats que ses confrères. Toutefois, il n’est pas moins intelligent que les autres. Son intelligence, il apprend à la mettre à profit différemment en raison de son handicap. C’est là toute la beauté que je vois chez ces enfants. C’est leur force de caractère, car ils luttent souvent contre eux-même, mais ne lâchent jamais prise et leur incroyable capacité d’adaptation devant les défis que leur pose une société pas toujours adaptée à leur réalité! Très jeunes, les enfants « dys » me semblent sensibles aux difficultés des autres parce qu’ils sont sensibles à leurs propres difficultés. J’ai parfois l’impression qu’ils ont un niveau d’empathie et de lâcher-prise que peu de gens ont. Pour moi, ces enfants « dys » sont tout sauf différents. Ils sont uniques! Parce qu’eux savent profiter de la vie dans une société qui ne leur fait pas toujours des cadeaux. Ils sont dotés d’une grande sagesse pour leur âge, parce qu’ils voient les choses sous un autre angle, et nous enseignent à adopter un autre point de vue. Surtout, ils savent pardonner et accepter et c’est selon moi, une des plus grandes forces qu’on pourrait posséder.

Bref, en tant qu’orthophoniste, je me suis donné une mission quant à mon rôle envers les parents dont l’enfant est « dys ». Mon rôle n’est pas de les rassurer, ni de les amener à la raison. Mon rôle, c’est simplement de leur faire voir les deux côtés de la médaille. De leur montrer que, bien que ce ne sera pas facile, ils ont la plus grande richesse du monde à côté d’eux et que leur enfant leur en apprendra probablement autant, sinon plus, qu’eux ne leur en apprendront.

À tout mes petits cocos « dys », je tiens à dire le plus sincèrement du monde que je vous admire! Continuez d’être qui vous êtes! Vous êtes magnifiques!