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La stimulation du langage... ça mange quoi en hiver?

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Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Peut-être même votre enfant en a-t-il déjà reçu sans que vous sachiez qu’il s’agissait de cela. Je parle ici de la stimulation du langage. Étant orthophoniste, c’est une pratique avec laquelle j’ai appris à me familiariser avec le temps et surtout que j’ai toujours trouvée fort pertinente.

Pourtant, ce n’est pas le cas de tous mes collègues et d’un certain sens, je peux les comprendre. Certaines n’ont pas vu la venue des agents de stimulation du langage d’un bon œil, par crainte de voir leurs compétences professionnelles sous-estimées ou diminuées. D’autres aiment bien l’idée, mais ne savent pas trop quand ni comment faire appel à un agent de stimulation du langage.

Alors pour un parent, je comprends fort bien que ça peut être assez flou de distinguer orthophonie de stimulation du langage.

J’ai donc décidé de vous résumer dans cet article comment orthophonie et stimulation du langage se distinguent, mais surtout comment ils se complètent.

Quelle est la différence principale entre les deux?

Selon la définition de l’OOAQ, « l’orthophoniste est le professionnel des troubles de la communication qui évalue et traite les personnes aux prises avec des problèmes variés » touchant notamment le langage, la communication, la parole et la voix.

Pour sa part, l’agent de stimulation du langage agit sous la supervision de l’orthophoniste pour réinvestir les stratégies vues en orthophonie dans le milieu de l’enfant dans le but de favoriser le transfert et la généralisation des acquis en matière de langage.

Autrement dit, l’agent de stimulation du langage agit comme exécutant à partir des objectifs ciblés par l’orthophoniste. Seule l’orthophoniste peut évaluer un enfant et émettre une conclusion orthophonique. C’est également elle qui détermine l’orientation à prendre pour un suivi et les objectifs langagiers qui seront à prioriser.

De son côté, l’agent de stimulation du langage s’implique davantage dans le milieu de l’enfant. Son rôle premier est de favoriser la généralisation et l’application des stratégies vues dans le bureau de l’orthophoniste. Il va généralement dans le milieu de l’enfant (garderie, domicile, école) pour appliquer les recommandations de l’orthophoniste.

Quelle certification ont les agents de stimulation du langage par rapport aux orthophonistes ?

Ne peut pas être orthophoniste qui veut. En fait, devenir orthophoniste demande de faire des études universitaires de 2ème cycle. Il faut faire une maîtrise en orthophonie. Une fois le diplôme obtenu, il est possible de pratiquer seulement en payant sa cotisation à son ordre professionnel. Au Québec, il s’agit de l’Ordre des Orthophonistes et Audiologistes du Québec (OOAQ).

En ce qui concerne la stimulation du langage, comme il ne s’agit pas actuellement d’un titre protégé, théoriquement n’importe qui peut en faire. Plusieurs éducateurs spécialisés en font dans leur milieu sans pour autant avoir été spécialement formés par rapport au développement langagier. Cependant, je crois qu’il est important de sensibiliser la population au fait qu’il existe des formations spécifiques dans le domaine. Cela permet d’être plus sélectif dans le choix de l’agent de stimulation du langage avec qui vous collaborerez.

Il existe effectivement un programme collégial reconnu par le ministère de l’éducation (MELS) offert à différents endroits à travers la province de Québec. Ce programme est encore méconnu, mais mériterait selon moi, à l’être davantage, car il est spécifique à l’intervention et au développement du langage. D’ailleurs, plusieurs éducateurs à l’enfance ou éducateurs spécialisés l’ont suivi pour approfondir leurs connaissances en matière de développement du langage.

Ce programme est en fait une attestation d’études collégiales (AEC) s’adressant aux individus détenant un diplôme d’études collégiales ou universitaires dans un domaine psychosocial.

 

Comment les orthophonistes et les agents de stimulation du langage collaborent-ils?

Comme je l’ai mentionné plus haut, le rôle premier de l’agent est d’appliquer les stratégies travaillées par l’orthophoniste dans le milieu de l’enfant afin de favoriser la généralisation des objectifs ciblés.

Cela demande donc de collaborer. L’un ne peut remplacer l’autre à mon avis. Ils sont complémentaires.

Dans certains cas, l’orthophoniste peut faire appel aux services d’un agent de stimulation du langage notamment pour libérer des plages dans son horaire afin d’offrir les services à un plus grand nombre de clients. L’agent peut assurer une fréquence d’interventions permettant ainsi à l’orthophoniste d’espacer un peu ses suivis (sans toutefois cesser de voir le client) selon où l’enfant en est rendu.

Dans les cas où une orthophoniste aurait une liste d’attente, le fait de faire appel à un agent de stimulation du langage représente une belle option pour permettre d’offrir le service au plus grand nombre de jeunes et ainsi répondre à la mission préventive que l’ordre nous suggère.

Plusieurs autres situations sont propices au recours aux services d’un agent de stimulation du langage pour complémenter les services de l’orthophoniste. Il suffit simplement de s’informer et de voir comment est-ce ce que celle-ci pourrait référer à un agent.

 

Quand puis-je faire appel à un agent de stimulation du langage pour mon enfant?

En soit, toutes les situations où l’enfant est suivi en orthophonie sont propices à faire appel à un agent de stimulation du langage. Toutefois, il est important d’en discuter d’abord avec votre orthophoniste. Elle pourra vous informer de la direction qu’elle souhaite prendre pour le suivi et discuter avec vous des meilleures circonstances pour collaborer avec un agent de stimulation du langage.

Il n’est pas toujours évident de trouver par soi-même (qu’on soit parent ou intervenant) un agent de stimulation du langage qui saura répondre à nos besoins et à ceux de notre enfant.

Pour ma part, je collabore avec Tutorax, une entreprise du Québec qui offre des services de stimulation du langage. J’œuvre moi-même au sein de cette entreprise et j’ai pu mettre en place ce service en m’assurant que les agents de stimulation du langage se joignant à notre équipe présentaient les compétences nécessaires. D’ailleurs, nous sommes deux orthophonistes à offrir à notre équipe des ateliers de formation continue afin qu’ils soient bien informés et efficaces dans leurs interventions.

 

Si vous êtes une orthophoniste et aimeriez collaborer avec des agents de stimulation du langage, mais ne savez pas trop comment, n’hésitez pas à m’écrire. Nous pourrons regarder ensemble comment le fait de faire appel à ce service pourra grandement améliorer votre pratique.

Si vous êtes un parent et vous vous demandez si vous pouvez bénéficier des services d’un agent de stimulation du langage, je vous invite à contacter directement Tutorax. Ils pourront alors répondre à toutes vos questions

Ce qu'il faut savoir sur la nouvelle nomenclature pour les troubles du langage

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Est-ce que ça vous est déjà arrivé en tant que parent de lire un rapport d’orthophonie et de vous demander (à plusieurs reprises) ce que signifiaient certains termes?

Si c’est le cas, eh bien je vous rassure, vous êtes un parent tout-à-fait normal et je vous comprends. Moi-même en tant qu’orthophoniste, il m’arrive d’avoir à retourner dans mes livres pour valider certaines spécificités quand j’emploie un terme afin d’être certaine que je ne me trompe pas.

Cela est d’autant plus complexe que le vocabulaire technique évolue rapidement et change souvent…. (Eh misère…)

C’est d’ailleurs le cas de ce qui était autrefois la dysphasie (ou trouble primaire du langage) et qu’on appelle maintenant trouble développemental du langage.

En tant que parent, il se peut que vous voyiez apparaître ce terme sur les bilans et rapports orthophoniques de votre enfant. J’ai donc pensé qu’il serait bien de vous expliquer ce qu’implique le trouble développemental du langage.

Qu’est-ce que le Trouble Développemental du Langage ?

En gros, on pourrait dire que le Trouble Développemental du Langage (TDL) c’est tout simplement la nouvelle nomenclature de la dysphasie qui était devenue le trouble primaire du langage, mais avec quelques nuances.

Le TDL concerne un problème d’acquisition et de maîtrise du langage qui a un impact à différents degrés dans le quotidien de l’individu.

Cela couvre plusieurs sphères du langage et peut se manifester de différentes façons. Ainsi, il n’est pas suffisant de simplement mentionner qu’un individu présente un TDL. Il faut également spécifier quelles sont les sphères langagières atteintes (p.ex. le vocabulaire, le discours, etc.)

Comme pour tout trouble, pour qu’on puisse parler d’un TDL, il faut bien évidemment que les difficultés observées perdurent dans le temps et ne se résorbent d’elles-mêmes. (À cet effet, j’ai publié, il y a quelque temps sur ma chaîne Youtube, une vidéo où je fais la distinction entre le retard et le trouble du langage si vous êtes curieux d’en apprendre plus.)

Auparavant, l’individu devait avoir reçu un suivi régulier pendant au moins 6 mois en orthophonie avant que l’orthophoniste puisse conclure à un trouble primaire du langage ou à une dysphasie.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Aucune durée d’intervention n’est obligatoire pour qu’on puisse conclure à un TDL. Autrement dit, dès l’évaluation initiale, une orthophoniste pourrait conclure à un TDL pour votre enfant. Évidemment, cela se fait après une analyse approfondie du portrait de l’enfant et des données qui ont été récoltées dans le questionnaire d’histoire de cas de l’enfant.

Outre cela, alors qu’avant on se prononçait sur la sévérité du trouble langagier en général, on se positionne maintenant sur la sévérité des impacts que ce trouble a au quotidien. Cela signifie que, au lieu de parler d’un TDL de degré modéré à sévère dans son ensemble par exemple, on parlera plutôt d’un TDL qui affecte le vocabulaire expressif à un degré modéré à sévère et la pragmatique à un degré léger.

Finalement, il n’est pas obligatoire d’avoir un écart entre les sphères verbales et non verbales dans les épreuves d’évaluation du quotient intellectuel pour conclure à un TDL.

Voici d'ailleurs ici un tableau récapitulatif de la séquence à suivre. Je me suis permis de vous le traduire pour qu'il soit plus facile à interpréter.

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Du changement aussi pour le « retard de langage »

Peut-être avez-vous déjà entendu un ami vous dire que son enfant présente un retard de langage. Vous l’avez peut-être aussi déjà lu dans le rapport orthophonique de votre enfant.

C’est, ça aussi, chose du passé. Effectivement, comme aucune donnée scientifique ne permet de soutenir cette nomenclature, on nous recommande plutôt de parler tout simplement de difficultés de langage lorsqu’on ne peut pas conclure à un TDL, mais que le développement du langage ne correspond pas à ce qui est attendu pour l’âge de l’enfant.

Encore une fois, il faut spécifier quels sont les aspects langagiers concernés par les difficultés, donc les sphères langagières qui sont atteintes.

Sans oublier des troubles de sons de la parole…

Dorénavant, lorsque nous constatons des difficultés sur le plan des sons de la parole, nous parlons de Trouble du Développement des Sons de la Parole (TDSP), et ce, peu importe que la cause de ce trouble soit d’ordre structurelle, linguistique ou motrice.

Évidemment, pour parler de trouble, il faut tout de même que ces difficultés persistent dans le temps. Autrement, il sera davantage questions de difficultés sur le plan des sons de la parole tout simplement.

Petite particularité intéressante, aucune recommandation n’a été émise à savoir si un TDSP fait partie du TDL ou est un trouble à part entière. Ainsi, il se peut que d’une orthophoniste à l’autre, vous voyiez la même conclusion en ce sens, mais rédigée différemment. Il est donc important de lui poser vos questions si jamais cela n’est pas clair pour vous.

Dans le cas d’une autre condition médicale, ça change aussi…

Il arrive très fréquemment qu’un trouble du langage s’inscrive dans un contexte X comme un trouble du spectre de l’autisme, une déficience intellectuelle, une paralysie cérébrale, etc.

Dans ces cas, vous ne devriez pas retrouver la nomenclature TDL dans la conclusion du rapport orthophonique de votre enfant, mais plutôt « trouble du langage associé à X ».

Pourquoi on ne parle pas de TDL ? Tout simplement car les difficultés développementales ne sont pas spécifiques au langage, mais sont globales et touchent également d’autres sphères du développement comme l’aspect moteur ou affectif en plus d’affecter le langage.

ATTENTION !!! Il est TRÈS FRÉQUENT qu’un individu présente un autre trouble en plus d’un TDL. Autrement dit, certains troubles concomitants comme le TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité), le trouble de traitement auditif et autres troubles n’empêchent pas de conclure à un TDL.

Pourquoi avoir changé de terme si c’est la même chose ?

Auparavant, il était possible de voir une même conclusion rendue différemment selon l’orthophoniste et, surtout dans le cas de demandes précises pour des subventions et des allocations par exemple, si nous n’employions pas la terminologie exigée, cela n’était pas valide même si, en bout de ligne, la conclusion voulait dire la même chose.

Ainsi, un panel de 59 experts se sont consultés pour en arriver avec cette nouvelle nomenclature qui s’applique aussi bien au milieu clinique qu’en recherche.

Par contre, il faut noter qu’en tant qu’orthophoniste, notre ordre nous a demandé, durant la période de transition, d’utiliser les anciens termes entre parenthèses afin de s’assurer de la compréhension de tous.

 

 

J’espère qu’avec tout cela, vous comprendrez un peu mieux les fameux termes orthophoniques. Et si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à m’écrire directement et ça me fera plaisir d’en discuter avec vous!

Est-ce que votre jeune est VRAIMENT dyslexique?

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Généralement, quand on me parle de difficultés de lecture, on s'inquiète quasi-automatiquement en se disant que c'est forcément une dyslexie*. Il est indéniable qu'il s'agit d'un trouble spécifique du langage écrit. Toutefois, avec l'expérience, j'ai rapidement réalisé qu'il y a autant de types de difficultés en lecture et en écriture qu'il y a de jeunes... En effet, le seul point commun que je trouve à tous ces jeunes qui viennent me consulter sont les difficultés en lecture (et en écriture). Le langage écrit faisant partie de mes spécialités, mais surtout étant l'un de mes principaux champs d'intérêts dans mon domaine, j'ai décidé de vous écrire un billet sur la fameuse dyslexie pour la démystifier autrement.  

Environ 1 jeune sur 5 présente des difficultés en lecture (et en écriture). Toutefois, ces difficultés n'ont pas toutes la même « cause ». Dans d'autres mots, bien que la dyslexie pose véritablement défi à l'apprentissage et à l'automatisation de la lecture, ce ne sont pas toutes les difficultés de lecture qui sont forcément une dyslexie. 

La véritable dyslexie

La dyslexie c'est quoi? En résumé, il s'agit d'un déficit de lecture associé à des difficultés sur le plan du traitement des sons. Un mot ce n'est rien d'autre qu'une composition de différents sons qui, mis ensemble, font du sens. Ces sons, on les appelle les phonèmes. Lorsqu'on apprend à lire, on apprend à créer des associations entre les lettres de l'alphabet et les sons qui forment les mots. Autrement dit, on apprend qu'une lettre fait tel son ou qu'un son s'écrit avec telle lettre ou séquence de lettres.

L'individu dyslexique présente des difficultés à établir les bonnes correspondances entre les sons et les lettres (aussi appelées graphèmes). Par exemple, il est difficile pour lui de savoir que le son /u/ s'écrit ou et non au ou encore que le son /b/ s'écrit b et non d. On pourrait parfois penser, devant la ressemblance visuelle de certaines lettres, que les erreurs commises par les dyslexiques sont d'ordre visuel. L'aspect visuel peut notamment jouer un rôle dans les difficultés de lecture et d'écriture. Toutefois, dans le cas où il s'agit plutôt d'une difficulté sur le plan du traitement des sons, la fameuse confusion b/d ou p/q n'est pas associée au fait que l'individu dyslexique ne distingue pas ces lettres. C'est plutôt parce qu'il ne peut se rappeler quelle lettre va avec quel son, ce qui est d'autant plus difficile quand en plus, les lettres se ressemblent visuellement parlant.

L'individu dyslexique peut également éprouver de la difficulté avec les séquences de sons d'où le fait qu'il inverse ou omet notamment des syllabes dans les mots. 

ATTENTION! Ce n'est pas parce qu'une personne est dyslexique qu'elle est nécessairement « moins intelligente ». Ça n'a AUCUN lien. 

Mais si c'est pas une dyslexie, c'est quoi alors?

Trouble développemental du langage

Les difficultés de lecture peuvent être attribuables à une multitude de facteurs variés. En tant que professionnelle du langage, il m'arrive souvent de voir des jeunes avec un trouble développemental du langage (donc une atteinte principale du langage oral) avoir également des difficultés en lecture sans pour autant que ce soit de l'ordre de la dyslexie. 

En effet, ces jeunes qui ont parfois de la difficulté à s'exprimer comme à comprendre, ne maitrisent pas bien le langage à l'oral. Je vous laisse imaginer alors le défi que cela représente pour eux d'apprivoiser le langage écrit qui est, disons-le, assez différent et assez complexe par rapport à l'oral. Ainsi, toute l'énergie mise pour comprendre le sens des mots et des phrases à l'écrit ou encore pour organiser son discours en contexte de production écrite est sollicitée. Il en reste peu pour bien décoder les mots ou bien les orthographier. 

Ces jeunes qui ont des difficultés sur le plan du langage oral trouvent généralement plus ardu l'apprentissage de la lecture et de l'écriture parce que cela demande d'emblée une bonne maîtrise du langage. À l'école, une des façons d'évaluer le « niveau de langage » passe par la lecture et l'écriture. Ainsi, on tend à assumer que le jeune présente des habiletés langagières suffisantes lorsqu'on évalue le code écrit et toutes ses particularités, ce qui n'est pas le cas pour tous les élèves... 

Trouble du traitement auditif

Il existe un trouble dont on entend peu parler, mais qui pourtant a des conséquences sur plusieurs sphères : le trouble du traitement auditif (TTA). Il s'agit d'une « incapacité à analyser correctement et à traiter les sons entendus »**. 

Les difficultés de lecture et d'écriture présentées par un individu présentant un TTA peuvent s'apparenter à celle d'une dyslexie sans pour autant en être une. Les individus avec un TTA ont également des difficultés avec la perception des sons à l'oral, ce qui n'est pas forcément le cas des dyslexiques. Par exemple, ils pourraient confondre le mot poisson et poison parce qu'ils se ressemblent beaucoup sur le plan de la sonorité. De plus, il ont également de la difficulté à établir les frontières entre les mots, du fait qu'ils ont de la difficulté à analyser correctement les sons entendus. Cette difficulté transparait davantage à l'écrit qu'à l'oral. Ainsi, ils pourraient écrire « léléphant » au lieu de l'éléphant. 

Force est donc de constater que si le jeune éprouve de la difficulté à traiter les sons à l'oral, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture sera d'autant plus ardu...

Et plein d'autres possibilités...

Je vous ai parlé plus en profondeur de troubles langagiers qui peuvent avoir un impact sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, car c'est directement associé à ma profession, mais il y en a plusieurs autres. 

Pour n'en lister que quelques uns :

  • Trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) : Ce trouble est notamment associé à de l'impulsivité et à des difficultés sur le plan de l'attention, de l'organisation et de la planification. On comprend donc que, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture demandant toutes ces capacités, cela peut avoir un certain impact... 
  • Problèmes associés à des difficultés de traitement visuel : est-ce que l'enfant est en mesure d'établir un bon focus sur la page, de « scanner » le mot au complet, etc? On s'entend que s'il ne voit pas l'ensemble des mots qu'il doit traiter, l'apprentissage de la lecture risque de ne pas être de tout repos.

Ok et maintenant je fais quoi si mon jeune a des difficultés de lecture?

Tout d'abord, la seule façon de distinguer quelle est l'origine de ces difficultés est de consulter un professionnel notamment une orthophoniste ou un neuropsychologue. À l'aide de tests spécifiques, ils pourront vous dire si votre enfant est véritablement dyslexique ou si ses difficultés sont attribuables à autre chose. 

Aussi, il est important de savoir que ce n'est pas parce que votre enfant est dyslexique qu'il ne pourra jamais s'améliorer en lecture ni en écriture. Peu importe l'origine des difficultés de votre enfant, il progressera à son rythme. Par contre, pour lui assurer la meilleure progression possible, il est important de savoir à quel trouble on a affaire histoire de proposer des interventions spécifiquement adaptées. 

Si vous avez des questions concernant les difficultés de lecture et/ou d'écriture de votre enfant, la meilleure façon d'en avoir le coeur net c'est de consulter un spécialiste (Dr. Google est bien généreux de ses informations, mais elles ne sont pas toujours nuancées). 

*Pour faciliter la compréhension de ce texte, je parle ici de dyslexie, mais en jargon orthophonique, on parlera plutôt de trouble spécifique du langage écrit. 

**Définition tirée du document de l'institut Raymond-Dewar.

Avez-vous déjà pensÉ utiliser le coin-coin pour apprendre?

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Je suis ce genre d'orthophoniste qui cherche toujours l'aspect pratico-pratique dans le théorique. J'ai besoin de comprendre à quoi sert un concept, mais j'ai surtout besoin de comprendre comment il pourrait servir à mes clients au quotidien. Je trouve que l'impact est beaucoup plus puissant quand les jeunes réalisent que non seulement X concept fait du sens, mais aussi qu'il leur est vraiment utile au quotidien.

Dernièrement, il m'est arrivé plus souvent qu'autrement d'arriver en rencontre et de changer totalement mes plans pour partir de ce dont mon client me parlait et j'ai vu la puissance de cette action. Ces thérapies « improvisées » se sont d'ailleurs avérées être nos préférées à moi et à mes clients, car je suis vraiment leurs intérêts à ce moment et ils peuvent comprendre plus aisément en quoi toutes les stratégies qu'on travaille ensemble ne sont pas « que du vent ».

L'autre jour, j'étais en rencontre avec un client à distance. Dès les premières minutes, il était tout fier de me montrer qu'il savait maintenant faire un « coin-coin » (ou cocotte pour les Français) en origami. Il en avait une collection d'ailleurs. Ça m'a donc tout de suite donné une idée. J'ai laissé tomber mon « planning » de la rencontre et ai proposé à mon client de faire un coin-coin spécial orthophonie. Il était tellement enthousiaste à l'idée de faire un autre coin-coin qu'il s'est empressé d'embarquer dans l'activité. 

Fabrication du coin-coin :

1) Ciblez des règles ou des concepts que vous voulez travailler avec l'enfant. Ici, j'avais ciblé des règles orthophoniques qu'on avait travaillées précédemment et que je voulais consolider.

2) Une fois que vous avez ciblé ces règles/concepts, inscrivez-les à l'intérieur du coin-coin. Ce sera la question finale à poser. Demandez à l'enfant de vous donner la réponse à inscrire juste dessous (de mon côté, j'ai laissé mon jeune faire son propre coin-coin et j'ai fait le mien en parallèle. Je vous explique plus loin pourquoi j'aime cette option d'avoir chacun son coin-coin).

3) Sur la face pliée à l'intérieur, choisissez des mots de vocabulaire qui sont reliés aux règles inscrites. En les écrivant, cela permettra à l'enfant d'appliquer les règles que vous venez juste de réviser. 

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4) Sur les faces extérieures, vous pouvez écrire d'autres mots si ça vous dit. Pour ma part, j'ai écrit la phrase : « Donne-moi un mot à épeler ». Cela laisse à l'autre joueur le plein choix du mot que l'autre pourra épeler (ce qui est génial si on veut en profiter pour faire travailler les mots de vocabulaire de la semaine... Je dis ça juste comme ça).

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Et voilà, votre coin-coin est maintenant prêt à être utilisé! 

Pour jouer :

Il y a, selon moi, autant de façon de jouer avec le coin-coin qu'il y a de sortes de coin-coins à faire. Ici, j'ai décidé d'utiliser le coin-coin pour qu'on puisse vraiment travailler les règles qu'il contenait. Ainsi, mon jeune devait épeler le mot que je lui donnais (en lien avec une des règles inscrites à l'intérieur), puis ensuite épeler le mot que je choisissais parmi les mots inscrits dans le coin-coin. Finalement, il reprenait un peu le « pouvoir » en me posant la question finale en lien avec une règle et à laquelle je devais répondre.

Comme nous avions chacun notre coin-coin, on pouvait jouer chacun notre tour. J'aime cette idée, ce qui permet d'inverser les rôles et de ne pas toujours avoir à donner le même type de réponse. 

Ici, j'ai utilisé le coin-coin comme moyen de travailler des règles orthographiques vues dans le cadre d'un suivi en orthophonie, mais il y a vraiment une foule de façons de l'utiliser :

  • Pour les mots de vocabulaire qui sont plus difficiles à retenir ;
  • Pour les conjugaisons ;
  • Pour des devinettes ;
  • Pour inventer une histoire ;
  • Pour travailler les calculs mentaux.

Bref, vous pouvez vraiment l'adapter selon les besoins de votre enfant. D'ailleurs, ce que j'aime particulièrement de ce type de jeu, c'est que, bien qu'on n'y jouerait pas une journée de temps, on a toujours bien du plaisir à jouer quelques coups, ce qui fait en sorte que la rétention de l'information est d'autant meilleure. Le jeune prend plaisir à le faire et y est exposé à plusieurs reprises en plus d'avoir un modèle exact que ce soit avec les réponses de l'adulte ou par ce qui est écrit dans son coin-coin.

Sur cette suggestion, je vous souhaite de mots moments d'origami et d'apprentissage par le jeu.

 

 

4 façons d'utiliser le langage pour favoriser ses relations sociales

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Une des composantes du langage qu'on ne considère pratiquement jamais et qui pourtant est toute aussi importante que le fait de savoir parler, c'est la façon dont on communique et dont on gère nos interactions avec les autres. En jargon orthophonique, on parle de pragmatique.

Je parlais l'autre jour avec le parent d'une petite cliente et la mère me racontait que plus ça va, plus il semble difficile pour sa fille de se faire des amis. C'est une enfant extrêmement sociable qui aime plaire aux gens, mais il lui arrive souvent de ne pas savoir quoi dire ni comment le dire, ce qui peut parfois donner lieu à des malaises. Les autres ne comprennent pas nécessairement pourquoi elle agit ainsi. 

Ok, mais c'est quoi le lien entre le langage et les amis?

Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de discuter avec quelqu'un qui vous parlait d'un sujet qui ne vous intéressait visiblement pas, mais qui, malgré vos nombreuses tentatives pour le lui signifier subtilement, continuait sur sa lancée? Moi oui! Et je dois vous avouer que ce n'est jamais vraiment une partie de plaisir de voir que l'autre ne saisit pas les messages qu'on lui envoie. D'autant plus que ça finit souvent qu'on doit couper court à la conversation au risque de paraître bête ou dire explicitement à l'individu qu'on n'est pas intéressé (pour ma part, je DÉTESTE devoir faire ça).

Est-ce que ça vous est déjà arrivé qu'un individu que vous connaissez peu vous parle d'un peu trop proche, autrement dit, qu'il soit dans votre bulle? Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, je ressens toujours un profond malaise, car peu importe les signes que j'envoie à cette personne, on dirait qu'elle ne fait que se rapprocher de moi contre mon gré. Encore une fois, je mets donc toujours TRÈS rapidement court à la conversation au risque de paraître malpolie quand mon message n'est pas compris. 

Est-ce que ça vous est déjà arrivé qu'une personne dise une phrase totalement hors contexte ou répète ce que vous dites sans amener la conversation plus loin? Moi ça m'est déjà arrivé et j'ai beau travailler dans le domaine et comprendre les principes de base d'une conversation, à chaque fois que je le vis, je ne peux m'empêcher de me sentir mal pour la personne qui se fait souvent regarder de travers par les autres interlocuteurs.

Pour vous illustrer plus concrètement à quel point le langage module nos relations sociales, j'ai décidé de m'inspirer de 4 situations que vivent régulièrement mes propres clients présentant des difficultés langagières. 

1) Votre interlocuteur ne comprend peut-être pas tout ce que vous lui dites...

La plupart des enfants/ados avec lesquels je travaille ont des difficultés langagières. Bien qu'elles soient souvent subtiles, elles demeurent bien présentes. L'une de ces difficultés est la compréhension.

Je parie que ça vous est déjà arrivé de hocher de la tête lorsque quelqu'un vous parle, mais que vous n'avez rien compris à ce qu'il vous a dit et que vous êtiez trop gêné pour lui demander de répéter. Disons que parfois, ça peut donner lieu à de drôles de situations surtout si la réponse attendue était tout sauf un hochement de tête... 

C'est un peu ce qui se passe pour les gens qui éprouvent des difficultés de compréhension. Il leur arrive souvent de ne pas comprendre ce que signifie un mot en particulier ou une structure de phrase quelconque. Et au lieu de passer pour « simplet » et demander des précisions sur ce qui vient d'être dit, ils vont se contenter de hocher la tête ou de donner la réponse qui semble la plus logique pour eux (mais qui ne l'est pas toujours).

Cela coupe souvent l'élan de la conversation soit parce que la réponse ne permet pas de poursuivre le fil conducteur ou ne correspond pas du tout au sujet discuté. 

Sachez que les gens qui ont des difficultés langagières sont souvent mal à l'aise de devoir admettre leur incompréhension (dans certains cas même, il n'en sont pas conscient tant qu'on ne leur fait pas remarquer). Alors la prochaine fois qu'une personne vous donne une réponse insensée ou inadéquate, ne vous gênez pas pour lui demander si elle a compris ce que vous veniez de lui dire et reformuler votre phrase.

2) Ne pas comprendre les messages sous-entendus (figures de style, expression du visage)

Une autre des difficultés qu'on remarque chez les individus qui présentent des difficultés langagières, c'est qu'il est parfois difficile pour eux d'interpréter les fameux « messages subtils ». Vous savez ces sous-entendus qu'on glisse dans une conversation parce qu'on ne veut pas dire directement le fond de notre pensée.

En effet, étant donné qu'ils éprouvent des difficultés de compréhension, leur demander de comprendre une phrase figurée (p.ex. une expression) ou encore l'ironie, ce n'est pas toujours réaliste.

Plusieurs individus présentant des difficultés langagières ne comprendront pas le message subtil que vous tentez de leur livrer. Ainsi, n'hésitez pas à être clair. Si vous voyez que l'information ne semble pas être comprise, reprenez vos propos en les exprimant clairement. Autrement dit, dites mot pour mot ce que vous pensez.

Au risque de paraitre direct, vous serez probablement plus apprécié par votre interlocuteur qui comprendra ce que vous voulez et surtout qui pourra se sentir compris également. Cela vous évitera également, à vous, bien des frustrations de ne pas avoir été compris et possiblement que la prochaine fois que vous verrez cette personne, vous vous sentirez mois agacé par celle-ci du fait qu'elle ne vous comprend pas.

3) Comment amorcer la conversation

La plupart des personnes qui ont des difficultés langagières sont au courant de leurs difficultés et trouvent cela embarrassant (comme je l'ai dit plus tôt, ils ne sont pas « simplets »). Ils n'aiment pas forcément parler à des personnes qu'ils connaissent peu ou pas de peur d'être jugé, ce qui est totalement compréhensible. 

Un de mes rôles en tant qu'orthophoniste est de les encourager à parler et à échanger avec des gens qu'ils connaissent moins (p.ex. poser une question au serveur du restaurant, remercier la caissière, demander ses directions, etc.).

Ainsi, il arrive que la personne tente d'établir un lien avec vous, d'amorcer la conversation, mais qu'elle ne sait juste pas comment s'y prendre et qu'elle n'arrive pas à trouver les mots justes ou la bonne formulation de phrase. Si vous voyez que ce que votre interlocuteur vous dit n'est pas clair ou n'est pas totalement en lien avec le contexte, n'hésitez pas à lui demander des précisions courtes et précises. Je vous le garantis, il vous en sera reconnaissant. 

4) Ne pas savoir quoi dire, mais devoir parler (quand on sait qu'on a des difficultés)

Il se peut que vous ayez parfois l'impression d'être le seul à alimenter la conversation et à poser des questions pour lesquelles vous n'aurez que des réponses très brèves. Certains trouvent ça lourd et rapportent parfois avoir l'impression de faire un monologue. Sachez que si ça vous arrive, ce n'est pas par manque d'intérêt de la part de votre interlocuteur, mais plutôt par manque d'habiletés (bon on s'entend que dans certains cas, c'est possible que ce soit par manque d'intérêt quand même). Il est difficile pour un individu présentant un trouble du langage de formuler clairement sa pensée.

Pour aider votre locuteur à élaborer un peu et à s'impliquer davantage dans la conversation, c'est de lui poser des questions ouvertes, i.e. des questions auxquelles il ne peut répondre par oui ou non (p.ex. Pourquoi as-tu aimé cette activité?). Vous pouvez également lui offrir des choix de réponse et lui laissez le temps de réfléchir à son idée et de mettre en place sa structure. N'essayez pas de lui mettre des mots dans la bouche. Ce n'est jamais agréable pour personne.

En somme, lorsque vous rencontrerez une personne que vous connaissez peu et avec qui vous avez l'impression d'avoir une discussion « qui accroche », avant de vous sentir fâché ou énervé, prenez un instant pour valider la clarté de votre message. Peut-être êtes-vous trop subtil. Il est possible de faire passer clairement son message de façon polie.

Si vous vous reconnaissez ou reconnaissez un proche à travers ces lignes, parfois, une simple petite consultation pour travailler les principes d'une conversation suffit. Vous pouvez me contacter et je vous dirai ce qu'on peut faire ensemble.