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Mon opinion d'orthophoniste sur les mots étiquettes

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Ah les fameux mots étiquettes! Quel parent n’a pas été découragé devant cette « nouvelle » façon d’apprendre les mots d’orthographe… Plusieurs enseignants se sont d’ailleurs questionnés sur cette façon d’enseigner les mots de vocabulaire depuis la mise en place de la réforme.

Et même si la réforme date déjà d’il y a quelques années, les débats sur les changements pédagogiques sont encore d’actualité. Les mots étiquettes n’en font pas exception…

Travaillant auprès de la clientèle d’âge scolaire présentant des difficultés notamment sur le plan du langage écrit, j’ai moi-même eu à me questionner quant à l’apprentissage de l’orthographe par mots étiquettes. Le fait de connaitre les principes sous-jacents à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture m’aide à mieux comprendre le raisonnement derrière la mise en place des mots étiquettes.

Toutefois, je dois dire que certains aspects me titillent un peu en tant qu’orthophoniste. Je vous partage donc mon opinion sur les mots étiquettes et surtout quelques trucs pour optimiser l’apprentissage des mots de vocabulaire sans avoir à refaire le programme pédagogique du Ministère de l’Éducation.

Pourquoi est-ce qu’on utilise les mots étiquettes?

Selon les explications que j’ai trouvées en faisant mes recherches, les mots étiquettes à apprendre sont choisis de façon à ce que les enfants se familiarisent, au courant de la première année, à l’orthographe d’environ 80% des mots lus dans la littérature jeunesse.

Autrement dit, les mots étiquettes représentent des mots auxquels les jeunes sont fréquemment exposés. Ainsi, en lui permettant de les apprendre, c’est lui donner la chance de lire plus facilement. En effet, quand le temps de lire arrivera, le jeune pourra reconnaitre (plus) facilement ces mots, ce qui augmentera sa vitesse et son aisance en lecture, donc son intérêt pour la lecture.

Toutefois, comme il est important de ne pas deviner les mots et de pouvoir les décoder, les enfants apprennent également à lire par décodage syllabique (lire une syllabe à la fois). Les mots étiquettes sont donc pensés pour pouvoir être décodés et lus par syllabe.

Quand on s’attarde sur les processus d’apprentissage de la lecture chez les jeunes, ces explications font un certain sens. En effet, lorsqu’un enfant apprend à lire, il procède d’abord par décodage. Il lit les mots son par son, syllabe par syllabe et en construisant le mot, il finit par en reconnaitre la forme globale. Chaque essai de décodage réussi d’un nouveau mot permet d’acquérir des connaissances orthographiques spécifiques à ce mot pour en faciliter la reconnaissance par la suite. L’apprentissage de la lecture repose donc sur les sons (la forme orale du mot) pour progressivement laisser place à l’élaboration d’un lexique orthographique (une sorte de dictionnaire de l’orthographe correct des mots). Il s’agit de la théorie d’auto-apprentissage.

Le problème des mots étiquettes

Maintenant que je vous ai résumé comment fonctionne l’apprentissage de la lecture et comment on retient l’orthographe correct d’un mot (en considérant les nombreuses irrégularités de la langue française), vous réaliserez que le problème des mots étiquettes ne réside pas dans le concept en soi, mais dans la façon dont on les utilise.

En effet, trop souvent, les jeunes doivent simplement apprendre par cœur l’orthographe du mot. Il n’y a donc pas d’intégration faite en lien avec la théorie d’auto-apprentissage qui est (actuellement) le principe à la base de l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe. Ainsi, c’est comme si chaque nouveau mot devait être appris par cœur plutôt que de réutiliser des concepts d’apprentissage qui permettent un apprentissage et une rétention plus efficace pour les jeunes.

L’autre aspect que j’aime moins par rapport aux mots étiquettes concerne encore une fois la façon dont ils sont présentés. La langue française présentant plusieurs particularités, plusieurs spécialistes de l’éducation ont mentionné qu’il serait plus pertinent de présenter les mots étiquettes suivant des règles orthographiques plutôt que des thèmes. Bon c’est vrai que d’un point de vue sémantique, cela fait du sens de regrouper les mots par catégories et c’est pertinent pour enrichir le vocabulaire.

Il est vrai que c’est amusant d’apprendre des mots comme cœur et amour lorsqu’arrive la Saint-Valentin, mais ces mots (comme bien d’autres) ne présentent pas le même niveau de difficulté en termes d’orthographe.

En présentant les mots par régularités orthographiques, on s’assure de respecter une certaine séquence dans l’apprentissage de l’orthographe et également de regrouper les mots par règles, ce qui peut favoriser la rétention des particularités orthographiques.

Comment utiliser les mots étiquettes ?

Comme on ne peut refaire le programme éducatif au complet pour de simples mots étiquettes, j’ai pensé vous proposer ici quelques façons de modifier l’apprentissage des mots étiquettes. Avec ces trucs, vous respecterez davantage la théorie de l’auto-apprentissage, mais également les règles orthographiques pour favoriser une meilleure intégration de l’orthographe.

1)   Découper les nouveaux mots en syllabes et en sons

Lorsque vous pratiquez les mots à apprendre avec votre enfant, avant de lui demander de vous l’épeler par cœur, prenez un moment pour analyser sa forme phonologique. Autrement dit, demandez à votre enfant de vous découper le mot dicté en syllabes, puis en sons.

À ce moment, l’enfant n’a pas besoin d’avoir accès à la forme écrite du mot pour le faire. Justement, c’est souhaitable qu’il ne puisse pas lire le mot pour qu’il fasse d’abord le lien avec la forme phonologique (sonore).

Ensuite, vous pouvez demander à l’enfant de faire les correspondances entre les sons et les lettres, soit de procéder syllabe par syllabe pour vous dire la forme écrite du mot. Ainsi, si l’enfant commet des erreurs, ce sera plus facile et efficace de les réparer. D’ailleurs, vous pourrez corriger plus aisément si jamais votre enfant fait des erreurs en omettant une syllabe ou un son par exemple.

2)   Expliquer les particularités orthographiques et faire des liens avec des règles enseignées

Lorsque votre enfant apprend un mot présentant des particularités orthographiques (p.ex. un M devant un P ou B), il peut être intéressant de lui rappeler lorsqu’il sépare son mot en sons ou en syllabes.

Vous ne lui donnez pas directement la réponse, mais lui rappelez cette règle et limitez le risque d’erreur. Le fait que votre enfant soit exposé plusieurs fois à la forme correcte du mot (sans erreur) favorise une meilleure rétention.

Éventuellement, vous pourrez lui demander, une fois qu’il a syllabé puis séparé le mot en sons, s’il peut vous mentionner la règle orthographique qui s’applique pour ce mot. Demandez-lui cela AVANT que votre enfant n’épelle ou n’écrive le mot.

3)   Créer un dictionnaire des exceptions

Parce que le français est une magnifique langue dans toute sa complexité, il existe des mots pour lesquels on ne peut vraiment appliquer de règles ou pour lesquels les règles sont peu fréquentes. C’est notamment le cas pour les petits mots fonction qui sont présentés au début de l’apprentissage de la lecture (p.ex. mais, à, et), mais qui doivent être appris par cœur d’une certaine façon. Dans ces moments, je suggère de remplir le dictionnaire des exceptions.

Le principe est fort simple : il suffit de choisir un duo-tang dans lequel on insère des séparateurs avec les lettres de l’alphabet. Quand le jeune doit apprendre un mot dit « irrégulier » (p.ex. toujours, hier) et/ou qu’il a de la difficulté à retenir, on lui demande (après avoir fait les étapes 1 et 2) de l’inscrire dans son dictionnaire des exceptions.

Il peut l’écrire à l’onglet correspondant à la première lettre du mot. Petit conseil : lorsque votre enfant écrit son mot, demandez-lui, une fois le mot écrit correctement, de vous mentionner quelle est la particularité et de la mettre en évidence par exemple en la surlignant ou en l’encerclant en couleur.

Pour savoir comment faire votre dictionnaire des exceptions maison, je vous l’explique juste ici dans cette vidéo.

Et vous les mots étiquettes? Vous aimez ou pas? J’espère que cet article vous aura permis de vous réconcilier un peu avec ceux-ci et surtout de mieux comprendre leur utilité.

Petit éloge du dictionnaire Eurêka

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Une question qu’on me pose souvent outre les demandes pour des suggestions de jeux est la demande en lien avec le dictionnaire.

Lorsque les jeunes commencent l’école, les parents aiment les outiller correctement, ce qui est tout à fait compréhensible. On me demande souvent quel dictionnaire acheter à un jeune présentant des difficultés et qui débute le primaire.

À cette question, je donne toujours la même réponse : Le dictionnaire Eurêka!

Laissez-moi vous expliquer pourquoi je ne jure que par ce dictionnaire.

Spécifique à l’orthographe

Contrairement à la plupart (voire tous) des dictionnaires qu’on trouve sur le marché, le dictionnaire Eurêka n’a pas pour objectif de fournir une définition ou une explication par rapport à un terme. D’ailleurs, on n’y trouve aucune définition.

Ce dictionnaire permet principalement et seulement de trouver l’orthographe correcte des mots, et ce, à partir des sons entendus dans le mot recherché. Les auteurs ont d’ailleurs ajouté des sections présentant des règles utiles pour simplifier l’apprentissage de l’orthographe.

Le fait que le dictionnaire Eurêka ne cible que l’orthographe des mots favorise l’apprentissage de l’écrit notamment chez les jeunes présentant des difficultés. En effet, ceux-ci ont accès directement à l’information recherchée, ce qui permet d’éviter la surcharge cognitive associée à une quantité trop élevée d’informations à traiter et à manipuler.

Parfait pour travailler les habiletés métalinguistiques tout en développant son lexique orthographique

J’ai mentionné ci-dessus qu’on trouve le mot recherché à partir des sons qui le composent. Oui oui! Il s’agit du seul dictionnaire (à ma connaissance), dont la structure de recherche repose sur le principe de la conscience phonologique.  

L’orthophoniste en moi dansait littéralement de joie lorsque j’ai découvert le merveilleux principe de ce dictionnaire. La plupart des jeunes présentant des difficultés en lecture et en écriture (sur le plan de l’orthographe) ont des fragilités sur le plan des habiletés métalinguistiques.

En effet, pour trouver l’orthographe d’un mot, il faut d’abord le décortiquer en sons. Cela représente donc une merveilleuse occasion de travailler la syllabation, puis la segmentation d’un mot en sons. Cela permet également de bien accompagner l’enfant s’il fait une erreur dans son processus de segmentation et omet des sons par exemple.

Facile d’utilisation pour les enfants

Un autre des aspects que j’adore avec ce dictionnaire, c’est qu’il est si simple d’utilisation, que les jeunes deviennent rapidement autonomes dans leurs recherches. Cela en fait donc un outil parfait à consulter par le jeune, et ce, même s’il n’est pas accompagné d’un adulte pour le guider.

Évidemment, comme pour n’importe quel outil, cela demande tout de même un temps d’adaptation et de pratique encadré par l’adulte. Toutefois, de manière générale, je dirais que les jeunes intègrent rapidement le principe et ce n’est pas long qu’ils n’ont plus besoin de notre support.

D’ailleurs, puisque le dictionnaire Eurêka ne contienne que l’orthographe sans définitions, il n’est guère plus épais qu’un petit manuel scolaire, ce qui fait en sorte qu’il est facile de le trainer partout.

Et pour les définitions, il y a toujours Google…

Si vous cherchez tout de même un dictionnaire qui propose des définitions pour votre enfant, je vous partage le truc que j’utilise le plus en thérapie : Google. 

Je ne dis pas cela parce que je suis contre les dictionnaires classiques. Cependant, souvent pour les jeunes avec des difficultés langagières, le principe de recherche dans un dictionnaire (principe d’ordre alphabétique) ainsi que la façon dont les définitions sont écrites sont trop complexes. Ça c’est sans compter les mots polysémiques, i.e. qui présentent diverses significations selon le contexte.  

Lorsque nous avons besoin de trouver ce que signifie un mot, j’invite toujours mes jeunes à faire une recherche sur Google, et ce, pour plusieurs raisons : 

  1. Les jeunes aiment la technologie et cela fait souvent changement quand je leur permets de travailler sur l’ordinateur. C’est d’ailleurs plus motivant pour eux.

  2. La charge cognitive associée à la recherche sur l’ordinateur est moins élevée : on écrit le mot et on fouille selon ce qu’on recherche.

  3. On a accès à l’information sous différentes formes : des définitions, des images, des vidéos… Cela fait donc en sorte que si la définition écrite est trop difficile à comprendre, on peut aller soutenir cela avec une vidéo par exemple.

  4. Le jeune apprend, par le fait même, des nouvelles stratégies pour mener sa recherche correctement. Il pourra ensuite les généraliser dans d’autres contextes (p.ex. lorsqu’il fera une recherche d’informations pour un travail scolaire).

 

 

Pour conclure ce petit éloge et mettre la cerise sur le sundae, vous pouvez trouver le dictionnaire Eurêka dans pratiquement toutes les librairies et il est très abordable (autour de 25-30$ tout dépendant de l’exemplaire que vous achetez). Personnellement, je vous conseille d’opter pour le Grand dictionnaire Eurêka qui contient plus de mots et qui coûte à peine plus cher que le dictionnaire Eurêka.

Pourquoi on cherche nos mots

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Ça nous est tous déjà arrivé de chercher un mot, de savoir quel mot on veut dire, mais de ne pas le trouver... Tsé là avoir « un mot sur le bout de la langue » comme on dit... Ici, c'est un phénomène qui arrive TRÈS souvent à mon copain, mais aussi à plusieurs de mes petits clients. En jargon orthophonique, on parle de difficulté d'accès lexical. 

OUPS! CLASSÉ DANS LE MAUVAIS TIROIR

En fait, lorsqu'un individu présente une difficulté d'accès lexical, ce n'est pas parce qu'il ne connait pas le mot, mais plutôt parce qu'il n'arrive plus à y accéder parce que celui-ci a été mal enregistré ou mal classé dans son système de tiroirs à mots comme je les appelle. Souvent, il suffit de donner au locuteur la première syllabe ou même les premiers sons du mot pour qu'il trouve comme par magie le mot qu'il cherchait tant (c'est ce qu'on appelle de l'ébauche orale). 

Quand j'explique ce phénomène à mes parents de clients, j'aime faire le parallèle avec une petite anecdote que j'ai vécue dernièrement à la maison avec mon copain. Mon copain ayant un TDAH, il lui arrive de faire quelques étourderies et de ranger des objets à de drôles d'endroits (j'ai déjà trouvé le shampoing dans le réfrigérateur pour vous dire). Conséquemment, il perd souvent ses choses ou plutôt, elles ne se trouvent jamais là où elles devraient logiquement être. Récemment, on devait sortir du pays. La veille de notre départ, alors que je préparais toute notre paperasse, j'ai ouvert le tiroir où je range toujours les passeports et... il n'y avait que MON passeport. Prise de panique, j'ai demandé à mon copain où était son passeport. Sa seule réponse fut : « J'en n'ai aucune idée ». Je me suis donc mise à fouiller un peu partout (avec son aide) dans les endroits stratégiques où il aurait possiblement pu laisser son passeport. Après une heure de recherche (et je l'avoue bien de la frustration de ma part), nous avons ENFIN trouvé ledit passeport entre deux factures dans la filière destinée aux factures des voitures... 

C'est un peu ce qui se passe lorsqu'on cherche un mot. Si ce mot a été mal encodé, il est fort probable qu'il soit mal classé. Ainsi, on le cherche en activant les liens avec d'autres mots proches soit sur la base du sens (p.ex. si je cherche le mot pommier, je vais penser aux arbres, aux échelles, aux pommes, à l'automne, etc.) soit sur la base de la sonorité (p.ex. si je cherche le mot pommier encore, je pourrais me rappeler que ça finit en « ier »). Par contre, si le mot que je cherche n'est pas bien classé dans mes tiroirs de mots, il sera plus difficile pour moi de le trouver, et ce, même si je mène une recherche qui me semble logique dans ma tête. Souvent, après un peu de recherche, on finit soit par abandonner, soit par se faire aider par notre interlocuteur, soit par le trouver enfin! Personnellement, quand je cherche mes mots, je suis incapable d'abandonner. Je vais fouiller dans mes tiroirs de mots jusqu'à ce que je le trouve. 

PARFOIS, ÇA PEUT CAUSER PROBLÈME

On observe souvent des manifestations de difficultés d'accès lexical chez les individus présentant un trouble du langage ou d'apprentissage. De manière générale, ils cherchent davantage leurs mots que la plupart des gens, ce qui a un impact sur leur discours : il peut être difficile pour ces personnes d'élaborer leurs idées et les messages qu'ils livrent sont souvent peu précis.

Les difficultés d'accès lexicales se manifestent de diverses façons. Le plus souvent, les personnes utilisent des mots vagues (chose, affaire, ça, truc), ne terminent pas leurs phrases (car ils ne trouvent pas le mot qu'ils cherchent) ou remplacent un mot par un autre qui y ressemble sur le plan de la sonorité (couver/couler) ou encore qui appartient à la même catégorie (couteau/fourchette). Ils peuvent aussi clairement énoncer qu'ils savent comment X objet s'appelle, mais qu'ils ne s'en rappellent pas. 

ET ÇA SE RÈGLE TOUT ÇA ?

Il n'existe malheureusement pas de truc ni de « recette miracle » pour ne plus avoir de difficultés d'accès lexical. On peut seulement aider les gens et les outiller à encoder et classer le mieux possible les mots dans leurs tiroirs à mots pour qu'ils puissent les récupérer facilement. 

  1. Laissez-lui le temps de trouver le mot qu'il cherche. Je l'avoue (pour le vivre au quotidien avec mon copain), que ça peut être tannant à la longue de voir le locuteur chercher ses mots. Ça coupe un peu l'élan du discours et parfois, on aurait le goût de donner le mot à l'autre. Par contre, ça revient un peu à lui mettre des mots dans la bouche et il se peut qu'on n'ait pas du tout le mot que l'autre cherche, ce qui ne fait que le distraire de sa recherche et allonger l'interruption.
  2. Posez-lui des questions pour l'aider dans sa recherche. Vous pouvez poser des questions au locuteur pour l'aider à préciser sa recherche et aussi pour vous aider à l'aider. Si vous avez trouvé le mot qu'il cherche avant lui, surtout, ne lui dites pas, mais donnez-lui des indices (un peu comme une devinette) ou donnez lui la première syllabe/le premier son du mot.
  3. Reformulez le mot qu'il cherche. Si la personne utilise une description pour parler du mot qu'elle cherche, reformulez-le pour qu'elle l'entende.

Ces petits trucs ne sont pas valables seulement pour les gens qui éprouvent régulièrement des difficultés d'accès lexical, mais pour tous ceux qui en éprouveront ponctuellement un jour ou l'autre ! Ça me fait penser que je pourrais peut-être faire un prochain billet sur le phénomène de « mettre un mot dans la bouche de l'autre » hi hi !

Comment savoir si mon enfant se développe correctement?

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Tout parent, un jour ou l’autre dans sa vie, se préoccupera du développement de son enfant et le comparera inévitablement avec les petits amis de son âge ou ses frères et soeurs afin de se rassurer (ou non). Peut-être vous reconnaissez-vous dans ce que je viens d’écrire (je suis certaine que ce sera mon cas également d’ailleurs). En effet, le langage est souvent une grande préoccupation chez les parents qui sont très attentifs à la façon dont communique leur enfant et qui se posent plusieurs questions lorsque celui-ci ne semble pas suivre la courbe langagière des enfants de son âge. Souvent, dans ces moments, les parents en discutent avec les gens de leur entourage afin d’avoir leur avis. Le « hic » lorsqu’on parle avec notre entourage, c’est que, peu importe le sujet de discussion, les opinions seront toujours TRÈS divergentes. Bref, rien pour vraiment nous aider à nous faire une tête. Alors devant la persistance des inquiétudes qu’ont certains parents vis-à-vis le développement langagier de leur enfant, ils viennent consulter en orthophonie en espérant avoir l’heure juste, mais SURTOUT des « trucs » pour que leur enfant rattrape rapidement son « retard ».

En tant qu’orthophoniste à l’enfance, une des questions qu’on me pose le plus souvent quand on vient dans mon bureau est « Est-ce que mon enfant va être comme ça toute sa vie ? Est-ce qu’il va finir par parler comme les autres ? ». C’est une question à laquelle j’aime beaucoup répondre, car elle me permet de clarifier plusieurs éléments sur le plan du développement du langage, mais également de mieux cerner les inquiétudes des parents afin de travailler avec eux et à leur rythme. Comme la semaine passée j’ai fait un billet sur les enfants « dys », je trouvais qu’il allait de soi de clarifier un peu la différence entre un trouble et un retard de langage.

 

C'EST UN RETARD OU UN TROUBLE?

Tout d’abord, ce qu’il faut savoir, c’est qu’on peut TRÈS difficilement se prononcer avec certitude dès le départ à savoir si l’enfant évalué présente un trouble de langage ou un simple retard qui se rattrapera avec le temps et une intervention ciblée. C’est sûr que l’écart par rapport aux autres enfants de son âge (plus c’est sévère, plus il y a de risques que ce soit un trouble) et les différents facteurs de risques vont nous pister (p.ex. si un membre de la famille a lui-même un trouble de langage), mais ce n’est pas suffisant. En gros, une des principales façons pour nous de distinguer le retard du trouble, c’est la persistance des difficultés malgré une intervention ciblée et fréquente en orthophonie notamment. Généralement, si l’enfant n’a qu’un retard de langage, on remarquera rapidement des progrès et l’enfant rejoindra en peu de temps et de rencontres, le niveau langagier de ses amis. Il n’aura eu besoin que d’un petit coup de pouce pour rattraper la courbe normale. Si par contre, l’enfant présente des difficultés à comprendre et à généraliser certains concepts langagiers (p.ex. un son particulier, le masculin et le féminin) malgré qu’ils aient été travaillés plusieurs fois en orthophonie, alors on pourra pencher davantage vers l’hypothèse du trouble de langage.

 

EST-CE QU'IL VA FINIR PAR PARLER COMME LES AUTRES?

Même si on parle de courbe de développement normal pour à peu près TOUS les aspects du développement (physique, cognitif, socio-émotionnel, moteur) de l’enfant, la chose la plus importante à se rappeler est que chaque enfant se développe selon son propre rythme. Si votre enfant ne parle pas aussi bien que les amis de son groupe à la garderie, cela ne veut pas forcément dire qu’il y a un problème et que cela persistera. En effet, avant l’âge de 3 ans, la variabilité du développement langagier entre les enfants est très grande. Il est d’ailleurs difficile pour nous, orthophonistes (et je ne pense pas me tromper en disant que c’est le cas aussi pour d’autres professionnels de la santé), de se prononcer avec certitude quant à l’issue du développement langagier d’un enfant. En tant qu’orthophoniste, on se fie généralement à de grandes balises pour guider notre conclusion et notre intervention pour les enfants de cet âge, mais de façon générale, jusqu’à l’âge de 5 ans, les enfants apprennent encore à prononcer correctement les sons de la langue et à formuler les phrases correctement (cela donne lieu à des expressions assez cocasses parfois).
 
Quand les parents me demandent si c’est pour telle ou telle autre raison, il est difficile pour moi de répondre avec certitude, car on ne connaît jamais exactement les causes d’un retard de langage. C’est sûr que l’environnement a un impact important sur le développement du langage d’un enfant, mais il peut y avoir plusieurs autres facteurs. En effet, il y a souvent une partie d’hérédité (les études démontrent que le risque est plus grand d’avoir des difficultés langagières si des membres de la famille proche en ont ou en ont déjà eu). Dans d’autres cas, cela pourrait être relié à un trouble de l’audition, p.ex. des otites à répétition en bas âge. Dans de plus rares cas, cela peut être mis en lien avec d’autres problématiques du développement. Il ne faut pas oublier que certains enfants sont tout simplement « plus doués » pour le langage que d’autres comme certains le seraient pour le dessin ou pour les sports. Bref, j’aime bien comparer cela à un gros noeud : toutes les causes possibles sont entremêlées et il est difficile de savoir précisément à quel point elles sont reliées entre elles et comment elles interagissent entre elles pour avoir un impact sur le langage de l’enfant.

 

COMMENT SAVOIR SI MON ENFANT EST À RISQUE?

Il existe certains facteurs qui augmentent les chances que les difficultés langagières d’un enfant persistent. Je vous liste ci-dessous quelques indices qui pourraient vous inciter à consulter en orthophonie afin de valider la pertinence d’un suivi. Évidemment, ce n’est pas une liste exhaustive, mais ça me fera toujours plaisir de vous répondre si vous avez des questions plus pointues sur le sujet.

  • Vers 12 mois, votre enfant ne fait pas de gestes (p.ex. pointer pour montrer ou avoir un objet ; ne secoue pas la main pour dire « bye bye ») et produit peu de sons (p.ex. il ne babille pas) ;
  • Vers 18 mois, votre enfant ne réagit pas à son prénom, ne semble pas comprendre des consignes simples et routinières (p.ex. « Donne-moi ton gobelet. »), ne produit que des sons, mais peu ou pas de mots et communique surtout par des gestes et n’essaie pas de répéter ce qu’il entend (souvent, les enfants ont tendance à répéter ce qu’on dit. C’est ce qu’on appelle l’écholalie d’apprentissage) ;
  • Vers 2 ans (24 mois), votre enfant ne comprend que quelques mots familiers (p.ex. bain, lait, dodo), mais n’associe pas 2 mots (p.ex. « Papa parti ; Maman dodo »), n’imite pas les bruits/mots et ne produit que quelques mots intelligibles ;
  • Vers 3 ans (36 mois), votre enfant ne comprend pas les questions simples (p.ex. C’est qui? Il est où?), ne comprend pas les consignes simples non accompagnées d’un geste naturel (p.ex. « Mets ton jouet dans le panier. »), s’exprime surtout en combinant des gestes et des mots, mais rarement en combinant des mots ensembles et est difficilement compris de ses parents lorsqu’il s’exprime (il ne prononce pas les sons clairement) ;
  • Vers 4 ans (48 mois), votre enfant ne semble pas comprendre les questions simples et donne des réponses inadéquates (p.ex. « Où est le chien? » « Le chien est gros »),  comprend difficilement les notions spatiales (p.ex. en haut, en bas, dedans, dessus, etc.), a de la difficulté à reconnaître et à nommer les couleurs et s’exprime avec des phrases télégraphiques (p.ex. « Moi pas dodo! ») ;
  • Vers 5 ans (60 mois), votre enfant a de la difficulté à répondre aux questions ouvertes (p.ex. « Pourquoi le garçon est fâché? »), exécute difficilement une consigne double (p.ex. « Enlève tes bottes et mets les sur le tapis. »), ne comprend pas bien les concepts abstraits (p.ex. le premier, le prochain, le dernier) et ne produit pas de phrases complexes.

Comme mentionné plus tôt, ces indices sont très généraux et dans certains cas, un enfant ne sera pas identifié avant l’âge de 5 ans, mais seulement une fois rendu à l’école.

Mais savez-vous quoi? La bonne nouvelle de tout cela, c’est que, peu importe que votre enfant ait un trouble de langage ou un retard de langage, il s’améliorera toujours. Et c’est magnifique de voir les enfants faire des progrès, aussi minimes soient-ils.

Pour en apprendre davantage sur la différence entre le retard et le trouble du langage, je vous invite à cliquer sur l'image ci-dessous.