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Quoi faire quand on est la seule orthophoniste au privé dans sa région

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Ce n’est un secret pour personne, les régions sont toujours les premières touchées lorsqu’il est question de pénurie de services. L’orthophonie ne fait pas exception. D’ailleurs, lorsqu’on est finissant, il est souvent facile de se trouver un emploi en orthophonie à l’extérieur des grands centres, car ceux-ci sont, malheureusement, peu convoités.

Le secteur privé est également touché puisque peu d’orthophonistes vont s’établir en région pour ouvrir une clinique ou un service. Certaines le font, mais elles sont souvent trop peu nombreuses pour répondre à la demande (parce que même si la population est moins importante, les besoins ne sont pas moins présents). D’ailleurs, les listes d’attente sont souvent longues contrairement aux grands centres.

Imaginez quand la seule orthophoniste (au public comme au privé) de sa région part en congé de maternité ou de maladie ou encore qu’elle prend la décision de fermer boutique…

J’ai listé dans cet article des suggestions d’options pour vous chers parents afin que vous ne vous retrouviez pas sans support et pour vous chères collègues si jamais cela devait vous arriver.

1) Référer à une orthophoniste qui est géographiquement près de vous.

La solution la plus logique quand on n’a pas accès à un service d’orthophonie dans notre région est d’aller à celui qui se trouve le plus proche (p.ex. dans la ville voisine).

C’est d’ailleurs ce que nous faisons entre orthophonistes si notre charge de clients est complète : on réfère les nouvelles demandes à des collègues de confiance qui sont proches géographiquement parlant afin de limiter le plus possible les inconvénients reliés aux déplacements pour les parents.

Il arrive malheureusement que cette option ne soit pas possible et qu’il faille alors passer au « plan B ».

2) Plan B : tirer profit de la technologie pour faire de l'orthophonie à distance

On a la chance de vivre dans une époque où la technologie nous permet d’être en contact avec n’importe qui, peu importe l’endroit où on se trouve et le moment de la journée. Bien que cela puisse parfois être négatif, ça amène un giga lot de positif.

J’ai d’ailleurs décidé de faire de la technologie mon alliée en développant ma pratique d’orthophonie à distance (ou téléorthophonie). Cela m’a été fort utile dernièrement. Notamment parce que j’ai pu dépanner une collègue (et amie) orthophoniste qui est la seule ayant une pratique privée dans sa région.

Elle est partie récemment en congé de maternité et n’a trouvé personne pour la remplacer dans sa région. Elle m’a donc contactée et j’ai pu, grâce à la téléorthophonie, reprendre les suivis de ses clients d’âge scolaire au plus grand bonheur de ceux-ci. Le tout sans qu’ils aient à parcourir les 2 hrs de route qui nous séparent pour une heure (parfois moins) de thérapie.

Donc si vous ne connaissiez pas la téléorthophonie, je vous confirme que c’est pratiquement une révolution pour moi avec mes clients d’âge scolaire.

3) Faire appel à des agents multiplicateurs du langage.

Des quoi? Me direz-vous. En fait, ce sont le plus souvent des éducateurs spécialisés ou encore des personnes ayant une (ou plusieurs) formation(s) en stimulation du langage. Cela est particulièrement utile lorsqu’il vous est impossible d’avoir accès aux services d’une orthophoniste de façon régulière.

Je l’ai dit plus haut, mais je le répète, les orthophonistes en région étant souvent une denrée rare, il est plus long d’avoir un suivi (au public comme au privé) et parfois, l’orthophoniste ne peut pas voir l’enfant de façon régulière.

Une bonne façon d’optimiser la stimulation du langage et de le faire de façon régulière consiste à faire appel à un agent de stimulation du langage (ou un éducateur spécialisé). Le rôle de cet agent est en fait d’appliquer les stratégies mentionnées au plan d’intervention orthophonique à travers la routine de l’enfant de manière à ce qu’il puisse bénéficier d’un suivi adapté et ciblé malgré l’absence d’un suivi en orthophonie de façon régulière.

Cela constitue notamment une très bonne option pour la clientèle d’âge préscolaire avec qui il est parfois plus difficile de faire de l’orthophonie à distance.

Ce que j’aime de cette option, c’est que ça permet à une orthophoniste d’alléger sa charge de clients pour pouvoir offrir un suivi à un plus grand nombre de clients, mais de tout de même savoir que ses clients bénéficient d’un encadrement adapté.

Pour les parents, ce genre de suivi peut être intéressant surtout si vous devez vous déplacer dans une autre région pour recevoir un suivi en orthophonie. Ainsi, vous pouvez continuer le suivi, mais à fréquence moindre tout en bénéficiant d’un support de qualité pour le bon développement langagier de votre enfant. Cela est souvent très bénéfique pour nos horaires déjà bien garnis…

ATTENTION!!! Ce type de service ne remplace en rien un suivi en orthophonie. Au contraire, il permet de le supplémenter. Ainsi, il est important d’avoir une orthophoniste au dossier de votre enfant pour en bénéficier. Si vous êtes curieux d’en apprendre davantage, je vous invite à consulter ce service que j’ai mis en place en collaboration avec Tutorax une entreprise jeune et dynamique d’aide aux devoirs.

 

Malgré l’accès aux services plus difficile lorsqu’on habite en région, je crois que maintenant, nous disposons de plusieurs moyens qui nous permettent de nous adapter sans que cela n’ait forcément à être compliqué.

Si vous avez des questions sur la téléorthophonie (que vous soyez parent ou orthophoniste), n’hésitez pas à me contacter. Ça me fait toujours plaisir de partager avec vous sur ce mode d’intervention que j’affectionne particulièrement.

 

 

Les avantages et limites des aides technologiques

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Bien qu’il en existe une panoplie, on associe souvent les aides technologiques aux ordinateurs et logiciels informatiques*. C’est d’ailleurs souvent ces aides devant lesquelles les parents sont le plus réticents pour leurs enfants de peur que ceux-ci ne deviennent « paresseux ».

Les technologies d’aide permettent notamment d’augmenter l’autonomie dans les apprentissages, d’améliorer la justesse et la vitesse du travail en classe et d’offrir des situations d’apprentissage positives et de succès à l’élève. Cela augmente sa motivation devant ses apprentissages.

Par contre, bien que fort utiles, ces technologies présentent aussi des limites et ne peuvent pas compenser toutes les difficultés de l’élève. Les technologies ne peuvent compenser un enseignement inefficace, éliminer un trouble d’apprentissage ou encore allumer une passion forte pour l’école chez l’élève.

J’ai donc pensé qu’il serait pertinent de démêler pour vous les avantages et les limites des aides technologiques.

Les avantages des aides technologiques

Quand un élève éprouve des difficultés à l’école et que celles-ci persistent malgré ses nombreux efforts et les adaptations déjà mises en place, sa motivation et son estime de lui s’en trouve affectées. C’est alors qu’on pense à mettre en place des aides technologiques pour supporter le jeune dans ses apprentissages.

Une aide technologique, c’est en fait un outil (ordinateur, logiciel, calculatrice, etc.) qui aide le jeune à réaliser une tâche ou à développer des habiletés, chose qu’il n’aurait pu faire sans ce type d’aide. Plusieurs études ont démontré les impacts positifs de leur utilisation, et ce, dans des contextes variés.

Elles favorisent un meilleur sentiment d’autoefficacité

Je crois que personne ici ne trouve facile et surtout satisfaisant de fournir de gros efforts et de ne pas avoir de bons résultats ou les résultats attendus, et ce, à chaque fois. C’est ce que vivent plusieurs des enfants présentant un trouble d’apprentissage. Malgré tout le travail et le temps qu’ils mettent, ils éprouvent de la difficulté à l’école, ce qui est très décourageant.

Les aides technologiques permettent aux jeunes de se sentir plus efficaces, car enfin ils ont des résultats à la hauteur de leurs efforts. En effet, en compensant leurs difficultés avec l’outil, les élèves peuvent enfin mettre à profit leurs réelles habiletés. Ainsi, ils ont souvent de meilleurs résultats, ce qui entretient une certaine fierté.

Elles augmentent le niveau de motivation des élèves

Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je réussis quelque chose, ça me donne un regain d’énergie et j’ai le goût de recommencer pour le réussir encore. À l’inverse, si je ne le réussis pas, après une fois, je vais essayer avec une autre technique, mais après plusieurs échecs, je me décourage et je laisse tomber.

C’est un peu ce qui se passe avec les jeunes qui ont un trouble d’apprentissage. Le fait de ne pas réussir dans leurs apprentissages scolaires peut être très démotivant. Ça devient un cercle vicieux : moins ils réussissent, moins ils ont envie de mettre les efforts pour y arriver. Et c’est d’autant plus difficile quand il faut mettre de plus en plus d’efforts et qu’ils ne portent pas fruit…

La mise en place d’une aide technologique peut, dans plusieurs cas, redonner aux jeunes cette motivation perdue. Elle leur permet de diminuer la dose d’efforts qu’ils doivent mettre pour se concentrer sur l’essentiel et réussir la tâche. À force de réussites, mais également à diminuer le niveau d’efforts à fournir pour un même résultat, les jeunes sont encouragés, ce qui les motive à poursuivre leurs apprentissages et parfois même à pousser plus loin que ce qu’on attend d’eux.

Elles favorisent une meilleure autonomie dans les apprentissages

Le fait d’utiliser une aide technologique dans les travaux scolaires libère de l’énergie pour d’autres ressources cognitives. Par exemple, si un jeune qui éprouve des difficultés en lecture doit mettre toute son énergie à décoder et identifier les mots, il ne lui en restera que très peu pour comprendre ce qu’il lit. Si on lui permet d’utiliser un logiciel de rétroaction vocale, il pourra alors concentrer son énergie cognitive sur la compréhension du texte qui lui est lu. Ainsi, le résultat obtenu lors d’une évaluation sera plus représentatif des habiletés réelles de compréhension de texte de l’élève.

De plus, étant maintenant moins surchargé sur le plan cognitif, l’élève est davantage disposé à généraliser ses stratégies d’apprentissage et à les mettre en application par lui-même sans besoin d’une aide externe de l’adulte.

J’aime voir cela comme un cercle vertueux : parce que l’élève bénéficie d’une aide qui le libère cognitivement, il a plus d’énergie à mettre pour développer ses stratégies d’apprentissage et utiliser le logiciel efficacement, ce qui l’aide d’autant plus.

Les limites des aides technologiques

Je compare souvent les aides technologiques à une paire de lunettes. Bien qu’elles aident à compenser certaines difficultés, elles présentent tout de même des lacunes et ne font pas tout le travail à la place de l’élève.

Il est donc important d’être au courant des limites des aides technologiques que vos enfants/élèves utilisent pour pouvoir les entrainer adéquatement à leur utilisation.

Elles demandent une adaptation et un entrainement

Lorsqu’on introduit un nouvel outil à un élève, il est important de l’entrainer à bien utiliser celui-ci. Si l’élève ne sait pas comment bien l’utiliser, l’aide technologique ne sera fort probablement pas d’une grande aide et le jeune risque de se décourager et de ne pas en voir l’utilité.

Des études ont d’ailleurs démontré que plus les élèves ont des difficultés, moins bien ils utilisent les aides technologiques alors qu’ils pourraient possiblement en bénéficier. Il est donc d’autant plus important d’inclure des activités au quotidien pour amener le jeune à utiliser son outil et à l’apprivoiser.

Plus complet et varié est l’entrainement, meilleure sera l’utilisation que l’élève fera de ses outils par lui-même par la suite et à long terme.

Elles ne règlent pas toutes les difficultés des élèves

Certains élèves se découragent de constater qu’il leur est encore difficile de réaliser des tâches malgré qu’ils aient une aide technologique à leur disposition. Il est donc important, lorsqu’on introduit une aide technologique à un élève, de lui mentionner que cela ne règlera pas tout et qu’il devra continuer à mettre des efforts pour bien réussir.

Il devra donc continuer à développer sa capacité à analyser et à se questionner sur ses démarches et continuer d’appliquer les stratégies qu’on lui enseigne. Il aura même parfois à s’adapter pour les appliquer différemment avec l’aide de son nouvel outil.

Elles exigent de l’autonomie de la part de l’élève

Bien que les outils technologiques puissent aider l’élève grandement dans ses apprentissages, ils ne réfléchissent pas à sa place, ce qui fait en sorte que les erreurs demeurent possibles. Autrement dit, l’élève doit encore fournir des efforts et s’impliquer dans ses apprentissages.

Tout d’abord, il doit lui-même être en mesure d’évaluer quand il a besoin de son outil et comment l’utiliser adéquatement dans les tâches. De plus, il doit être capable de palier aux lacunes de son outil. Pour reprendre mon exemple de la compréhension de texte, même s’il a un logiciel de rétroaction vocale, l’élève doit être en mesure de le relever lorsqu’il y a des passages du texte qu’il ne comprend pas ou encore savoir où trouver l’information pour répondre aux questions posées.

Dans le fond, ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est que les aides technologiques sont des outils qui s’ajoutent aux autres outils « standards » et qui présentent des avantages considérables, mais également des limites qu’il ne faut pas négliger.

Si vous introduisez une aide auprès d’un jeune, il est important d’être bien informé de son utilité ainsi que de la façon dont elle pourra aider l’élève pour bien la lui présenter.

Évidemment, les aides utilisées et les configurations varient selon les besoins et difficultés de chaque élève.

Si vous vous questionnez sur certaines aides technologiques, n’hésitez pas à me contacter. Parfois, le fait de discuter avec un professionnel permet d’éclaircir certains questionnements.

 

Et pour une version vidéo de ce même article, vous n'avez qu'à cliquer sur l'image. 

*Dans le cadre de cet article, j’ai préféré ne m’en tenir qu’aux aides technologiques qui sont d’ordre informatique et qui viennent supporter la lecture et l’écriture.