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Ce qu'il faut savoir sur la nouvelle nomenclature pour les troubles du langage

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Est-ce que ça vous est déjà arrivé en tant que parent de lire un rapport d’orthophonie et de vous demander (à plusieurs reprises) ce que signifiaient certains termes?

Si c’est le cas, eh bien je vous rassure, vous êtes un parent tout-à-fait normal et je vous comprends. Moi-même en tant qu’orthophoniste, il m’arrive d’avoir à retourner dans mes livres pour valider certaines spécificités quand j’emploie un terme afin d’être certaine que je ne me trompe pas.

Cela est d’autant plus complexe que le vocabulaire technique évolue rapidement et change souvent…. (Eh misère…)

C’est d’ailleurs le cas de ce qui était autrefois la dysphasie (ou trouble primaire du langage) et qu’on appelle maintenant trouble développemental du langage.

En tant que parent, il se peut que vous voyiez apparaître ce terme sur les bilans et rapports orthophoniques de votre enfant. J’ai donc pensé qu’il serait bien de vous expliquer ce qu’implique le trouble développemental du langage.

Qu’est-ce que le Trouble Développemental du Langage ?

En gros, on pourrait dire que le Trouble Développemental du Langage (TDL) c’est tout simplement la nouvelle nomenclature de la dysphasie qui était devenue le trouble primaire du langage, mais avec quelques nuances.

Le TDL concerne un problème d’acquisition et de maîtrise du langage qui a un impact à différents degrés dans le quotidien de l’individu.

Cela couvre plusieurs sphères du langage et peut se manifester de différentes façons. Ainsi, il n’est pas suffisant de simplement mentionner qu’un individu présente un TDL. Il faut également spécifier quelles sont les sphères langagières atteintes (p.ex. le vocabulaire, le discours, etc.)

Comme pour tout trouble, pour qu’on puisse parler d’un TDL, il faut bien évidemment que les difficultés observées perdurent dans le temps et ne se résorbent d’elles-mêmes. (À cet effet, j’ai publié, il y a quelque temps sur ma chaîne Youtube, une vidéo où je fais la distinction entre le retard et le trouble du langage si vous êtes curieux d’en apprendre plus.)

Auparavant, l’individu devait avoir reçu un suivi régulier pendant au moins 6 mois en orthophonie avant que l’orthophoniste puisse conclure à un trouble primaire du langage ou à une dysphasie.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Aucune durée d’intervention n’est obligatoire pour qu’on puisse conclure à un TDL. Autrement dit, dès l’évaluation initiale, une orthophoniste pourrait conclure à un TDL pour votre enfant. Évidemment, cela se fait après une analyse approfondie du portrait de l’enfant et des données qui ont été récoltées dans le questionnaire d’histoire de cas de l’enfant.

Outre cela, alors qu’avant on se prononçait sur la sévérité du trouble langagier en général, on se positionne maintenant sur la sévérité des impacts que ce trouble a au quotidien. Cela signifie que, au lieu de parler d’un TDL de degré modéré à sévère dans son ensemble par exemple, on parlera plutôt d’un TDL qui affecte le vocabulaire expressif à un degré modéré à sévère et la pragmatique à un degré léger.

Finalement, il n’est pas obligatoire d’avoir un écart entre les sphères verbales et non verbales dans les épreuves d’évaluation du quotient intellectuel pour conclure à un TDL.

Voici d'ailleurs ici un tableau récapitulatif de la séquence à suivre. Je me suis permis de vous le traduire pour qu'il soit plus facile à interpréter.

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Du changement aussi pour le « retard de langage »

Peut-être avez-vous déjà entendu un ami vous dire que son enfant présente un retard de langage. Vous l’avez peut-être aussi déjà lu dans le rapport orthophonique de votre enfant.

C’est, ça aussi, chose du passé. Effectivement, comme aucune donnée scientifique ne permet de soutenir cette nomenclature, on nous recommande plutôt de parler tout simplement de difficultés de langage lorsqu’on ne peut pas conclure à un TDL, mais que le développement du langage ne correspond pas à ce qui est attendu pour l’âge de l’enfant.

Encore une fois, il faut spécifier quels sont les aspects langagiers concernés par les difficultés, donc les sphères langagières qui sont atteintes.

Sans oublier des troubles de sons de la parole…

Dorénavant, lorsque nous constatons des difficultés sur le plan des sons de la parole, nous parlons de Trouble du Développement des Sons de la Parole (TDSP), et ce, peu importe que la cause de ce trouble soit d’ordre structurelle, linguistique ou motrice.

Évidemment, pour parler de trouble, il faut tout de même que ces difficultés persistent dans le temps. Autrement, il sera davantage questions de difficultés sur le plan des sons de la parole tout simplement.

Petite particularité intéressante, aucune recommandation n’a été émise à savoir si un TDSP fait partie du TDL ou est un trouble à part entière. Ainsi, il se peut que d’une orthophoniste à l’autre, vous voyiez la même conclusion en ce sens, mais rédigée différemment. Il est donc important de lui poser vos questions si jamais cela n’est pas clair pour vous.

Dans le cas d’une autre condition médicale, ça change aussi…

Il arrive très fréquemment qu’un trouble du langage s’inscrive dans un contexte X comme un trouble du spectre de l’autisme, une déficience intellectuelle, une paralysie cérébrale, etc.

Dans ces cas, vous ne devriez pas retrouver la nomenclature TDL dans la conclusion du rapport orthophonique de votre enfant, mais plutôt « trouble du langage associé à X ».

Pourquoi on ne parle pas de TDL ? Tout simplement car les difficultés développementales ne sont pas spécifiques au langage, mais sont globales et touchent également d’autres sphères du développement comme l’aspect moteur ou affectif en plus d’affecter le langage.

ATTENTION !!! Il est TRÈS FRÉQUENT qu’un individu présente un autre trouble en plus d’un TDL. Autrement dit, certains troubles concomitants comme le TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité), le trouble de traitement auditif et autres troubles n’empêchent pas de conclure à un TDL.

Pourquoi avoir changé de terme si c’est la même chose ?

Auparavant, il était possible de voir une même conclusion rendue différemment selon l’orthophoniste et, surtout dans le cas de demandes précises pour des subventions et des allocations par exemple, si nous n’employions pas la terminologie exigée, cela n’était pas valide même si, en bout de ligne, la conclusion voulait dire la même chose.

Ainsi, un panel de 59 experts se sont consultés pour en arriver avec cette nouvelle nomenclature qui s’applique aussi bien au milieu clinique qu’en recherche.

Par contre, il faut noter qu’en tant qu’orthophoniste, notre ordre nous a demandé, durant la période de transition, d’utiliser les anciens termes entre parenthèses afin de s’assurer de la compréhension de tous.

 

 

J’espère qu’avec tout cela, vous comprendrez un peu mieux les fameux termes orthophoniques. Et si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à m’écrire directement et ça me fera plaisir d’en discuter avec vous!

Est-ce que votre jeune est VRAIMENT dyslexique?

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Généralement, quand on me parle de difficultés de lecture, on s'inquiète quasi-automatiquement en se disant que c'est forcément une dyslexie*. Il est indéniable qu'il s'agit d'un trouble spécifique du langage écrit. Toutefois, avec l'expérience, j'ai rapidement réalisé qu'il y a autant de types de difficultés en lecture et en écriture qu'il y a de jeunes... En effet, le seul point commun que je trouve à tous ces jeunes qui viennent me consulter sont les difficultés en lecture (et en écriture). Le langage écrit faisant partie de mes spécialités, mais surtout étant l'un de mes principaux champs d'intérêts dans mon domaine, j'ai décidé de vous écrire un billet sur la fameuse dyslexie pour la démystifier autrement.  

Environ 1 jeune sur 5 présente des difficultés en lecture (et en écriture). Toutefois, ces difficultés n'ont pas toutes la même « cause ». Dans d'autres mots, bien que la dyslexie pose véritablement défi à l'apprentissage et à l'automatisation de la lecture, ce ne sont pas toutes les difficultés de lecture qui sont forcément une dyslexie. 

La véritable dyslexie

La dyslexie c'est quoi? En résumé, il s'agit d'un déficit de lecture associé à des difficultés sur le plan du traitement des sons. Un mot ce n'est rien d'autre qu'une composition de différents sons qui, mis ensemble, font du sens. Ces sons, on les appelle les phonèmes. Lorsqu'on apprend à lire, on apprend à créer des associations entre les lettres de l'alphabet et les sons qui forment les mots. Autrement dit, on apprend qu'une lettre fait tel son ou qu'un son s'écrit avec telle lettre ou séquence de lettres.

L'individu dyslexique présente des difficultés à établir les bonnes correspondances entre les sons et les lettres (aussi appelées graphèmes). Par exemple, il est difficile pour lui de savoir que le son /u/ s'écrit ou et non au ou encore que le son /b/ s'écrit b et non d. On pourrait parfois penser, devant la ressemblance visuelle de certaines lettres, que les erreurs commises par les dyslexiques sont d'ordre visuel. L'aspect visuel peut notamment jouer un rôle dans les difficultés de lecture et d'écriture. Toutefois, dans le cas où il s'agit plutôt d'une difficulté sur le plan du traitement des sons, la fameuse confusion b/d ou p/q n'est pas associée au fait que l'individu dyslexique ne distingue pas ces lettres. C'est plutôt parce qu'il ne peut se rappeler quelle lettre va avec quel son, ce qui est d'autant plus difficile quand en plus, les lettres se ressemblent visuellement parlant.

L'individu dyslexique peut également éprouver de la difficulté avec les séquences de sons d'où le fait qu'il inverse ou omet notamment des syllabes dans les mots. 

ATTENTION! Ce n'est pas parce qu'une personne est dyslexique qu'elle est nécessairement « moins intelligente ». Ça n'a AUCUN lien. 

Mais si c'est pas une dyslexie, c'est quoi alors?

Trouble développemental du langage

Les difficultés de lecture peuvent être attribuables à une multitude de facteurs variés. En tant que professionnelle du langage, il m'arrive souvent de voir des jeunes avec un trouble développemental du langage (donc une atteinte principale du langage oral) avoir également des difficultés en lecture sans pour autant que ce soit de l'ordre de la dyslexie. 

En effet, ces jeunes qui ont parfois de la difficulté à s'exprimer comme à comprendre, ne maitrisent pas bien le langage à l'oral. Je vous laisse imaginer alors le défi que cela représente pour eux d'apprivoiser le langage écrit qui est, disons-le, assez différent et assez complexe par rapport à l'oral. Ainsi, toute l'énergie mise pour comprendre le sens des mots et des phrases à l'écrit ou encore pour organiser son discours en contexte de production écrite est sollicitée. Il en reste peu pour bien décoder les mots ou bien les orthographier. 

Ces jeunes qui ont des difficultés sur le plan du langage oral trouvent généralement plus ardu l'apprentissage de la lecture et de l'écriture parce que cela demande d'emblée une bonne maîtrise du langage. À l'école, une des façons d'évaluer le « niveau de langage » passe par la lecture et l'écriture. Ainsi, on tend à assumer que le jeune présente des habiletés langagières suffisantes lorsqu'on évalue le code écrit et toutes ses particularités, ce qui n'est pas le cas pour tous les élèves... 

Trouble du traitement auditif

Il existe un trouble dont on entend peu parler, mais qui pourtant a des conséquences sur plusieurs sphères : le trouble du traitement auditif (TTA). Il s'agit d'une « incapacité à analyser correctement et à traiter les sons entendus »**. 

Les difficultés de lecture et d'écriture présentées par un individu présentant un TTA peuvent s'apparenter à celle d'une dyslexie sans pour autant en être une. Les individus avec un TTA ont également des difficultés avec la perception des sons à l'oral, ce qui n'est pas forcément le cas des dyslexiques. Par exemple, ils pourraient confondre le mot poisson et poison parce qu'ils se ressemblent beaucoup sur le plan de la sonorité. De plus, il ont également de la difficulté à établir les frontières entre les mots, du fait qu'ils ont de la difficulté à analyser correctement les sons entendus. Cette difficulté transparait davantage à l'écrit qu'à l'oral. Ainsi, ils pourraient écrire « léléphant » au lieu de l'éléphant. 

Force est donc de constater que si le jeune éprouve de la difficulté à traiter les sons à l'oral, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture sera d'autant plus ardu...

Et plein d'autres possibilités...

Je vous ai parlé plus en profondeur de troubles langagiers qui peuvent avoir un impact sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, car c'est directement associé à ma profession, mais il y en a plusieurs autres. 

Pour n'en lister que quelques uns :

  • Trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) : Ce trouble est notamment associé à de l'impulsivité et à des difficultés sur le plan de l'attention, de l'organisation et de la planification. On comprend donc que, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture demandant toutes ces capacités, cela peut avoir un certain impact... 
  • Problèmes associés à des difficultés de traitement visuel : est-ce que l'enfant est en mesure d'établir un bon focus sur la page, de « scanner » le mot au complet, etc? On s'entend que s'il ne voit pas l'ensemble des mots qu'il doit traiter, l'apprentissage de la lecture risque de ne pas être de tout repos.

Ok et maintenant je fais quoi si mon jeune a des difficultés de lecture?

Tout d'abord, la seule façon de distinguer quelle est l'origine de ces difficultés est de consulter un professionnel notamment une orthophoniste ou un neuropsychologue. À l'aide de tests spécifiques, ils pourront vous dire si votre enfant est véritablement dyslexique ou si ses difficultés sont attribuables à autre chose. 

Aussi, il est important de savoir que ce n'est pas parce que votre enfant est dyslexique qu'il ne pourra jamais s'améliorer en lecture ni en écriture. Peu importe l'origine des difficultés de votre enfant, il progressera à son rythme. Par contre, pour lui assurer la meilleure progression possible, il est important de savoir à quel trouble on a affaire histoire de proposer des interventions spécifiquement adaptées. 

Si vous avez des questions concernant les difficultés de lecture et/ou d'écriture de votre enfant, la meilleure façon d'en avoir le coeur net c'est de consulter un spécialiste (Dr. Google est bien généreux de ses informations, mais elles ne sont pas toujours nuancées). 

*Pour faciliter la compréhension de ce texte, je parle ici de dyslexie, mais en jargon orthophonique, on parlera plutôt de trouble spécifique du langage écrit. 

**Définition tirée du document de l'institut Raymond-Dewar.

Le trouble du langage, ça existe aussi dépassé 5 ans...

comprendre le trouble du langage chez les ados

« Je comprends pas pourquoi il va en orthophonie cet enfant-là... J'en n'entends pas de problème quand il parle... » Étant une orthophoniste qui travaille principalement avec la clientèle d'âge scolaire, c'est une question qu'on me pose souvent quand des gens de mon entourage connaissent des enfants d'âge scolaire qui sont suivis en orthophonie. C'est vrai que, quand on entend parler de troubles du langage, on pense immédiatement à l'enfant de 3-4 ans qui ne prononce pas bien les sons, qui ne formule pas de phrases complètes ou ne parle pas beaucoup. Toutefois, les troubles de langage concernent beaucoup plus que cela. C'est beaucoup plus large qu'un simple problème de prononciation et ça peut également être beaucoup plus subtil que cela. C'est ce qu'on observe chez les enfants plus vieux, notamment d'âge scolaire, et les adultes. Aujourd'hui, j'ai décidé de prendre un moment pour mettre par écrit l'explication que j'ai donnée à plusieurs reprises aux gens de mon entourage. 

 

«C'EST PAS PARCE QUE LA PERSONNE PRONONCE BIEN LES SONS QU'IL N'Y A PAS DE PROBLÈME...»

Ce n'est pas parce qu'un individu ne présente pas de difficultés à prononcer des mots ou à formuler des phrases qu'il n'éprouve pas de difficultés langagières pour autant. En effet, lorsqu'on parle de trouble de langage, cela implique nécessairement une persistance des difficultés. Ainsi, si un individu présente un trouble de langage alors qu'il a 5 ans, il y a de fortes chances que ce trouble soit encore présent lorsqu'il aura 15 ans, 25 ans, 50 ans. La seule différence, c'est que les difficultés ne sont pas les mêmes selon l'âge développemental de l'enfant, ses apprentissages, la sévérité de son trouble et les exigences de son milieu. 

Un trouble de langage peut se décliner de plusieurs façons. Dans le milieu orthophonique, on décompose le langage en 7 composantes et chacune d'entre elles peut être touchée de façon plus ou moins importante. Évidemment, il y a tout l'aspect de la compréhension du langage qui consiste à bien interpréter le message qu'on nous dit (comprendre les consignes, les questions, le sens des phrases que notre interlocuteur emploie ou qu'on lit, etc.) et qui n'est pas du tout à négliger. Il y a aussi tout le volet de l'expression qui se décline en différentes catégories.

  1. Tout d'abord, il y a les sons : c'est avec les sons qu'on formule les mots. Le fait de ne pas prononcer correctement certains sons peut avoir un impact sur la clarté du message livré. 
  2. Pour pouvoir formuler des phrases, on utilise des mots qui font partie de notre lexique. J'aime comparer le lexique à un bottin de mots. Dans le fond, le lexique contient tous les mots qu'on comprend et qu'on emploie. Ces mots doivent avoir un sens si on veut les comprendre et les employer correctement, ce qu'on appelle la sémantique. Ensemble, le lexique et la sémantique (soit les mots et leur sens) composent ce que j'appelle notre dictionnaire interne.
  3. Des mots mis ensembles forment des phrases. Mais ce n'est pas tout de combiner des mots ensembles... Encore faut-il respecter l'ordre des mots pour que ce soit grammatical, soit la syntaxe (p.ex. on ne dira pas « Je jus du veux », mais plutôt « Je veux du jus ») et bien accorder les mots selon les marques du genre et du pluriel (p.ex. le fameux « sontaient » au lieu de « étaient »), soit la morphologie.
  4. Lorsqu'on formule des phrases, généralement, c'est parce qu'on veut raconter, échanger, argumenter. Autrement dit, en combinant des phrases ensemble sur un sujet X, on fait un discours
  5. Le tout, dans le but ultime d'interagir avec les gens autour de nous, donc d'avoir des conversations et des échanges avec eux en tenant compte de tout l'aspect non verbal et des tours de parole, soit la pragmatique

Souvent, pour les enfants d'âge scolaire ayant un trouble de langage, selon le niveau de sévérité, la difficulté ne parait généralement pas à première vue à moins d'y prêter attention. Cependant, quand on s'y attarde, on peut voir certaines difficultés langagières surtout par rapport à l'utilisation du langage plus élaboré auquel on s'attend à l'adolescence et à l'âge adulte. Très souvent, les adolescents qui ont un trouble de langage ont de la difficulté à trouver leurs mots, ce qu'on appelle des difficultés d'accès lexical ou plus communément, le fameux phénomène du mot sur le bout de la langue. Ils vont souvent parler d'éléments ou d'objets en les désignant comme des « choses » ou des « trucs » et restent vagues dans leurs descriptions et leurs précisions de ce que c'est. Aussi, lorsqu'on leur pose des questions où on leur demande de raconter ou d'expliquer quelque chose, ils ont tendance à dire « Je sais pas » ou encore « J'm'en souviens pu ». C'est beaucoup plus facile pour eux de répondre ça que de commencer à réfléchir aux mots et aux phrases à utiliser pour avoir un discours organisé.

 

COMPRENDRE N'EST PAS TOUJOURS UNE TÂCHE FACILE NON PLUS...

n contexte de conversation de tous les jours, les jeunes ayant un trouble de langage peuvent sembler bien comprendre ce qu'on dit et donc, avoir une compréhension fonctionnelle. C'est probablement le cas pour plusieurs d'entre eux d'ailleurs. Par contre, si on leur raconte une blague ou qu'on utilise le sarcasme pour faire rire, il se peut très bien que notre interlocuteur, ayant un trouble de langage, ne la comprenne pas ou ne la trouve pas drôle du tout... En effet, quand on raconte une blague, une énigme ou une devinette, pour arriver à bien la comprendre, il faut être en mesure d'aller chercher le sens caché de celle-ci, de voir au-delà du sens premier, ce que les adolescents et adultes ayant un trouble de langage ont de la difficulté à faire au même titre qu'un jeune enfant au développement langagier normal qui n'est pas encore rendu à ce stade de traitement de l'information langagière. Autrement dit, un adolescent ou un adulte présentant un trouble de langage prend souvent tout au pied de la lettre comme on dit. 

 

«MAIS JE COMPRENDS PAS... MON ENFANT ÉTAIT BEN CORRECT AVANT D'ENTRER À L'ÉCOLE...»

C'est vrai! Si l'atteinte est légère, le trouble de langage peut passer inaperçu en bas âge et les premières manifestations apparaîtront seulement à l'école au moment où l'enfant apprend le langage écrit, soit la lecture et l'écriture. À l'école, les exigences ne sont plus les mêmes qu'à la garderie. On passe de la phase apprendre à parler à la phase parler pour apprendre. Quand on est jeune, on développe le langage. Quand on est plus vieux, le langage nous sert à faire toutes sortes d'apprentissages. Vous comprendrez donc que, si d'avance on ne maîtrise pas bien le langage, ce sera plus difficile d'apprendre. C'est ce qui arrive chez les enfants ayant un trouble de langage. Leurs habiletés langagières sont limitées donc quand vient le temps d'apprendre en classe à partir de ce que le professeur leur enseigne oralement ou ce qu'ils lisent, cela représente un défi supplémentaire. Si je prends par exemple la compréhension de consignes. Souvent, en classe lorsqu'on fait une activité, la professeur donne plusieurs consignes et celles-ci sont souvent longues. Un enfant présentant un trouble de langage et pour qui les consignes complexes et longues sont difficiles aura donc très fort probablement de la difficulté à comprendre correctement tout ce qu'il a à faire. C'est la même chose lorsque le professeur pose une question avec une longue mise en situation. C'est souvent trop d'informations à traiter pour l'enfant avec un trouble de langage qui ne répondra pas adéquatement à la question, ce qui peut indiquer qu'il n'aura pas compris. Conséquemment, un trouble de langage présente des impacts importants sur l'apprentissage. Ce trouble est d'ailleurs souvent concomittant avec des troubles d'apprentissage. 

L'école est aussi synonyme d'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Par contre, plusieurs études ont démontré que, chez les enfants ayant un trouble de langage à l'oral, on observe des répercussions sur l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. 

Vous comprendrez donc qu'un trouble de langage ça affecte beaucoup plus que juste la prononciation et la formulation de phrases. Le langage est rempli de subtilités qu'un enfant ayant des difficultés ne maîtrisera pas sans l'intervention soutenue d'un professionnel de la communication, soit l'orthophoniste. Pour vous aider à mieux comprendre à quel point il peut être difficile de communiquer pour quelqu'un présentant un trouble du langage, je vous invite à visionner cette petite vidéo dans laquelle je fais une comparaison avec l'apprentissage d'une seconde langue.

Je vous laisse aussi ci-dessous un petit résumé imagé que vous pouvez télécharger ici en format PDF. 

Pour en apprendre plus sur ce que sont réellement la compréhension et l'expression, je vous invite à cliquer sur l'image ci-dessous.

Comment savoir si mon enfant se développe correctement?

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Tout parent, un jour ou l’autre dans sa vie, se préoccupera du développement de son enfant et le comparera inévitablement avec les petits amis de son âge ou ses frères et soeurs afin de se rassurer (ou non). Peut-être vous reconnaissez-vous dans ce que je viens d’écrire (je suis certaine que ce sera mon cas également d’ailleurs). En effet, le langage est souvent une grande préoccupation chez les parents qui sont très attentifs à la façon dont communique leur enfant et qui se posent plusieurs questions lorsque celui-ci ne semble pas suivre la courbe langagière des enfants de son âge. Souvent, dans ces moments, les parents en discutent avec les gens de leur entourage afin d’avoir leur avis. Le « hic » lorsqu’on parle avec notre entourage, c’est que, peu importe le sujet de discussion, les opinions seront toujours TRÈS divergentes. Bref, rien pour vraiment nous aider à nous faire une tête. Alors devant la persistance des inquiétudes qu’ont certains parents vis-à-vis le développement langagier de leur enfant, ils viennent consulter en orthophonie en espérant avoir l’heure juste, mais SURTOUT des « trucs » pour que leur enfant rattrape rapidement son « retard ».

En tant qu’orthophoniste à l’enfance, une des questions qu’on me pose le plus souvent quand on vient dans mon bureau est « Est-ce que mon enfant va être comme ça toute sa vie ? Est-ce qu’il va finir par parler comme les autres ? ». C’est une question à laquelle j’aime beaucoup répondre, car elle me permet de clarifier plusieurs éléments sur le plan du développement du langage, mais également de mieux cerner les inquiétudes des parents afin de travailler avec eux et à leur rythme. Comme la semaine passée j’ai fait un billet sur les enfants « dys », je trouvais qu’il allait de soi de clarifier un peu la différence entre un trouble et un retard de langage.

 

C'EST UN RETARD OU UN TROUBLE?

Tout d’abord, ce qu’il faut savoir, c’est qu’on peut TRÈS difficilement se prononcer avec certitude dès le départ à savoir si l’enfant évalué présente un trouble de langage ou un simple retard qui se rattrapera avec le temps et une intervention ciblée. C’est sûr que l’écart par rapport aux autres enfants de son âge (plus c’est sévère, plus il y a de risques que ce soit un trouble) et les différents facteurs de risques vont nous pister (p.ex. si un membre de la famille a lui-même un trouble de langage), mais ce n’est pas suffisant. En gros, une des principales façons pour nous de distinguer le retard du trouble, c’est la persistance des difficultés malgré une intervention ciblée et fréquente en orthophonie notamment. Généralement, si l’enfant n’a qu’un retard de langage, on remarquera rapidement des progrès et l’enfant rejoindra en peu de temps et de rencontres, le niveau langagier de ses amis. Il n’aura eu besoin que d’un petit coup de pouce pour rattraper la courbe normale. Si par contre, l’enfant présente des difficultés à comprendre et à généraliser certains concepts langagiers (p.ex. un son particulier, le masculin et le féminin) malgré qu’ils aient été travaillés plusieurs fois en orthophonie, alors on pourra pencher davantage vers l’hypothèse du trouble de langage.

 

EST-CE QU'IL VA FINIR PAR PARLER COMME LES AUTRES?

Même si on parle de courbe de développement normal pour à peu près TOUS les aspects du développement (physique, cognitif, socio-émotionnel, moteur) de l’enfant, la chose la plus importante à se rappeler est que chaque enfant se développe selon son propre rythme. Si votre enfant ne parle pas aussi bien que les amis de son groupe à la garderie, cela ne veut pas forcément dire qu’il y a un problème et que cela persistera. En effet, avant l’âge de 3 ans, la variabilité du développement langagier entre les enfants est très grande. Il est d’ailleurs difficile pour nous, orthophonistes (et je ne pense pas me tromper en disant que c’est le cas aussi pour d’autres professionnels de la santé), de se prononcer avec certitude quant à l’issue du développement langagier d’un enfant. En tant qu’orthophoniste, on se fie généralement à de grandes balises pour guider notre conclusion et notre intervention pour les enfants de cet âge, mais de façon générale, jusqu’à l’âge de 5 ans, les enfants apprennent encore à prononcer correctement les sons de la langue et à formuler les phrases correctement (cela donne lieu à des expressions assez cocasses parfois).
 
Quand les parents me demandent si c’est pour telle ou telle autre raison, il est difficile pour moi de répondre avec certitude, car on ne connaît jamais exactement les causes d’un retard de langage. C’est sûr que l’environnement a un impact important sur le développement du langage d’un enfant, mais il peut y avoir plusieurs autres facteurs. En effet, il y a souvent une partie d’hérédité (les études démontrent que le risque est plus grand d’avoir des difficultés langagières si des membres de la famille proche en ont ou en ont déjà eu). Dans d’autres cas, cela pourrait être relié à un trouble de l’audition, p.ex. des otites à répétition en bas âge. Dans de plus rares cas, cela peut être mis en lien avec d’autres problématiques du développement. Il ne faut pas oublier que certains enfants sont tout simplement « plus doués » pour le langage que d’autres comme certains le seraient pour le dessin ou pour les sports. Bref, j’aime bien comparer cela à un gros noeud : toutes les causes possibles sont entremêlées et il est difficile de savoir précisément à quel point elles sont reliées entre elles et comment elles interagissent entre elles pour avoir un impact sur le langage de l’enfant.

 

COMMENT SAVOIR SI MON ENFANT EST À RISQUE?

Il existe certains facteurs qui augmentent les chances que les difficultés langagières d’un enfant persistent. Je vous liste ci-dessous quelques indices qui pourraient vous inciter à consulter en orthophonie afin de valider la pertinence d’un suivi. Évidemment, ce n’est pas une liste exhaustive, mais ça me fera toujours plaisir de vous répondre si vous avez des questions plus pointues sur le sujet.

  • Vers 12 mois, votre enfant ne fait pas de gestes (p.ex. pointer pour montrer ou avoir un objet ; ne secoue pas la main pour dire « bye bye ») et produit peu de sons (p.ex. il ne babille pas) ;
  • Vers 18 mois, votre enfant ne réagit pas à son prénom, ne semble pas comprendre des consignes simples et routinières (p.ex. « Donne-moi ton gobelet. »), ne produit que des sons, mais peu ou pas de mots et communique surtout par des gestes et n’essaie pas de répéter ce qu’il entend (souvent, les enfants ont tendance à répéter ce qu’on dit. C’est ce qu’on appelle l’écholalie d’apprentissage) ;
  • Vers 2 ans (24 mois), votre enfant ne comprend que quelques mots familiers (p.ex. bain, lait, dodo), mais n’associe pas 2 mots (p.ex. « Papa parti ; Maman dodo »), n’imite pas les bruits/mots et ne produit que quelques mots intelligibles ;
  • Vers 3 ans (36 mois), votre enfant ne comprend pas les questions simples (p.ex. C’est qui? Il est où?), ne comprend pas les consignes simples non accompagnées d’un geste naturel (p.ex. « Mets ton jouet dans le panier. »), s’exprime surtout en combinant des gestes et des mots, mais rarement en combinant des mots ensembles et est difficilement compris de ses parents lorsqu’il s’exprime (il ne prononce pas les sons clairement) ;
  • Vers 4 ans (48 mois), votre enfant ne semble pas comprendre les questions simples et donne des réponses inadéquates (p.ex. « Où est le chien? » « Le chien est gros »),  comprend difficilement les notions spatiales (p.ex. en haut, en bas, dedans, dessus, etc.), a de la difficulté à reconnaître et à nommer les couleurs et s’exprime avec des phrases télégraphiques (p.ex. « Moi pas dodo! ») ;
  • Vers 5 ans (60 mois), votre enfant a de la difficulté à répondre aux questions ouvertes (p.ex. « Pourquoi le garçon est fâché? »), exécute difficilement une consigne double (p.ex. « Enlève tes bottes et mets les sur le tapis. »), ne comprend pas bien les concepts abstraits (p.ex. le premier, le prochain, le dernier) et ne produit pas de phrases complexes.

Comme mentionné plus tôt, ces indices sont très généraux et dans certains cas, un enfant ne sera pas identifié avant l’âge de 5 ans, mais seulement une fois rendu à l’école.

Mais savez-vous quoi? La bonne nouvelle de tout cela, c’est que, peu importe que votre enfant ait un trouble de langage ou un retard de langage, il s’améliorera toujours. Et c’est magnifique de voir les enfants faire des progrès, aussi minimes soient-ils.

Pour en apprendre davantage sur la différence entre le retard et le trouble du langage, je vous invite à cliquer sur l'image ci-dessous.