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Mon opinion d'orthophoniste sur les mots étiquettes

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Ah les fameux mots étiquettes! Quel parent n’a pas été découragé devant cette « nouvelle » façon d’apprendre les mots d’orthographe… Plusieurs enseignants se sont d’ailleurs questionnés sur cette façon d’enseigner les mots de vocabulaire depuis la mise en place de la réforme.

Et même si la réforme date déjà d’il y a quelques années, les débats sur les changements pédagogiques sont encore d’actualité. Les mots étiquettes n’en font pas exception…

Travaillant auprès de la clientèle d’âge scolaire présentant des difficultés notamment sur le plan du langage écrit, j’ai moi-même eu à me questionner quant à l’apprentissage de l’orthographe par mots étiquettes. Le fait de connaitre les principes sous-jacents à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture m’aide à mieux comprendre le raisonnement derrière la mise en place des mots étiquettes.

Toutefois, je dois dire que certains aspects me titillent un peu en tant qu’orthophoniste. Je vous partage donc mon opinion sur les mots étiquettes et surtout quelques trucs pour optimiser l’apprentissage des mots de vocabulaire sans avoir à refaire le programme pédagogique du Ministère de l’Éducation.

Pourquoi est-ce qu’on utilise les mots étiquettes?

Selon les explications que j’ai trouvées en faisant mes recherches, les mots étiquettes à apprendre sont choisis de façon à ce que les enfants se familiarisent, au courant de la première année, à l’orthographe d’environ 80% des mots lus dans la littérature jeunesse.

Autrement dit, les mots étiquettes représentent des mots auxquels les jeunes sont fréquemment exposés. Ainsi, en lui permettant de les apprendre, c’est lui donner la chance de lire plus facilement. En effet, quand le temps de lire arrivera, le jeune pourra reconnaitre (plus) facilement ces mots, ce qui augmentera sa vitesse et son aisance en lecture, donc son intérêt pour la lecture.

Toutefois, comme il est important de ne pas deviner les mots et de pouvoir les décoder, les enfants apprennent également à lire par décodage syllabique (lire une syllabe à la fois). Les mots étiquettes sont donc pensés pour pouvoir être décodés et lus par syllabe.

Quand on s’attarde sur les processus d’apprentissage de la lecture chez les jeunes, ces explications font un certain sens. En effet, lorsqu’un enfant apprend à lire, il procède d’abord par décodage. Il lit les mots son par son, syllabe par syllabe et en construisant le mot, il finit par en reconnaitre la forme globale. Chaque essai de décodage réussi d’un nouveau mot permet d’acquérir des connaissances orthographiques spécifiques à ce mot pour en faciliter la reconnaissance par la suite. L’apprentissage de la lecture repose donc sur les sons (la forme orale du mot) pour progressivement laisser place à l’élaboration d’un lexique orthographique (une sorte de dictionnaire de l’orthographe correct des mots). Il s’agit de la théorie d’auto-apprentissage.

Le problème des mots étiquettes

Maintenant que je vous ai résumé comment fonctionne l’apprentissage de la lecture et comment on retient l’orthographe correct d’un mot (en considérant les nombreuses irrégularités de la langue française), vous réaliserez que le problème des mots étiquettes ne réside pas dans le concept en soi, mais dans la façon dont on les utilise.

En effet, trop souvent, les jeunes doivent simplement apprendre par cœur l’orthographe du mot. Il n’y a donc pas d’intégration faite en lien avec la théorie d’auto-apprentissage qui est (actuellement) le principe à la base de l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe. Ainsi, c’est comme si chaque nouveau mot devait être appris par cœur plutôt que de réutiliser des concepts d’apprentissage qui permettent un apprentissage et une rétention plus efficace pour les jeunes.

L’autre aspect que j’aime moins par rapport aux mots étiquettes concerne encore une fois la façon dont ils sont présentés. La langue française présentant plusieurs particularités, plusieurs spécialistes de l’éducation ont mentionné qu’il serait plus pertinent de présenter les mots étiquettes suivant des règles orthographiques plutôt que des thèmes. Bon c’est vrai que d’un point de vue sémantique, cela fait du sens de regrouper les mots par catégories et c’est pertinent pour enrichir le vocabulaire.

Il est vrai que c’est amusant d’apprendre des mots comme cœur et amour lorsqu’arrive la Saint-Valentin, mais ces mots (comme bien d’autres) ne présentent pas le même niveau de difficulté en termes d’orthographe.

En présentant les mots par régularités orthographiques, on s’assure de respecter une certaine séquence dans l’apprentissage de l’orthographe et également de regrouper les mots par règles, ce qui peut favoriser la rétention des particularités orthographiques.

Comment utiliser les mots étiquettes ?

Comme on ne peut refaire le programme éducatif au complet pour de simples mots étiquettes, j’ai pensé vous proposer ici quelques façons de modifier l’apprentissage des mots étiquettes. Avec ces trucs, vous respecterez davantage la théorie de l’auto-apprentissage, mais également les règles orthographiques pour favoriser une meilleure intégration de l’orthographe.

1)   Découper les nouveaux mots en syllabes et en sons

Lorsque vous pratiquez les mots à apprendre avec votre enfant, avant de lui demander de vous l’épeler par cœur, prenez un moment pour analyser sa forme phonologique. Autrement dit, demandez à votre enfant de vous découper le mot dicté en syllabes, puis en sons.

À ce moment, l’enfant n’a pas besoin d’avoir accès à la forme écrite du mot pour le faire. Justement, c’est souhaitable qu’il ne puisse pas lire le mot pour qu’il fasse d’abord le lien avec la forme phonologique (sonore).

Ensuite, vous pouvez demander à l’enfant de faire les correspondances entre les sons et les lettres, soit de procéder syllabe par syllabe pour vous dire la forme écrite du mot. Ainsi, si l’enfant commet des erreurs, ce sera plus facile et efficace de les réparer. D’ailleurs, vous pourrez corriger plus aisément si jamais votre enfant fait des erreurs en omettant une syllabe ou un son par exemple.

2)   Expliquer les particularités orthographiques et faire des liens avec des règles enseignées

Lorsque votre enfant apprend un mot présentant des particularités orthographiques (p.ex. un M devant un P ou B), il peut être intéressant de lui rappeler lorsqu’il sépare son mot en sons ou en syllabes.

Vous ne lui donnez pas directement la réponse, mais lui rappelez cette règle et limitez le risque d’erreur. Le fait que votre enfant soit exposé plusieurs fois à la forme correcte du mot (sans erreur) favorise une meilleure rétention.

Éventuellement, vous pourrez lui demander, une fois qu’il a syllabé puis séparé le mot en sons, s’il peut vous mentionner la règle orthographique qui s’applique pour ce mot. Demandez-lui cela AVANT que votre enfant n’épelle ou n’écrive le mot.

3)   Créer un dictionnaire des exceptions

Parce que le français est une magnifique langue dans toute sa complexité, il existe des mots pour lesquels on ne peut vraiment appliquer de règles ou pour lesquels les règles sont peu fréquentes. C’est notamment le cas pour les petits mots fonction qui sont présentés au début de l’apprentissage de la lecture (p.ex. mais, à, et), mais qui doivent être appris par cœur d’une certaine façon. Dans ces moments, je suggère de remplir le dictionnaire des exceptions.

Le principe est fort simple : il suffit de choisir un duo-tang dans lequel on insère des séparateurs avec les lettres de l’alphabet. Quand le jeune doit apprendre un mot dit « irrégulier » (p.ex. toujours, hier) et/ou qu’il a de la difficulté à retenir, on lui demande (après avoir fait les étapes 1 et 2) de l’inscrire dans son dictionnaire des exceptions.

Il peut l’écrire à l’onglet correspondant à la première lettre du mot. Petit conseil : lorsque votre enfant écrit son mot, demandez-lui, une fois le mot écrit correctement, de vous mentionner quelle est la particularité et de la mettre en évidence par exemple en la surlignant ou en l’encerclant en couleur.

Pour savoir comment faire votre dictionnaire des exceptions maison, je vous l’explique juste ici dans cette vidéo.

Et vous les mots étiquettes? Vous aimez ou pas? J’espère que cet article vous aura permis de vous réconcilier un peu avec ceux-ci et surtout de mieux comprendre leur utilité.

Réinventer la tour Jenga

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Qui ne connait pas le fameux jeu de tour en bois Jenga. Ce jeu tout ce qu’il y a de plus classique qui consiste à, chacun son tour, retirer un bloc de la tour puis le placer sur le dessus sans faire tomber la tour. Ce jeu, qui a vu le jour dans les années 80, a connu plusieurs variantes depuis : throw n’go, Truth or dare, Jenga XTreme, Jenga XXL, et j’en oublie probablement plusieurs…

Avant d’être orthophoniste, j’avais complètement relégué aux oubliettes ce jeu qui avait pourtant marqué mes soirées d’adolescente entre amies. Toutefois, depuis les deux dernières années, Jenga fait pratiquement partie intégrante de mon quotidien en thérapie avec les jeunes, surtout les jeunes d’âge scolaire. C’est un jeu que j’adore particulièrement parce qu’il s’adapte à tous les contextes et aussi parce que les règles sont IN-FI-NIES donc il m’arrive souvent de l’utiliser plus d’une fois avec le même enfant et jamais on ne s’en tanne! Bref, une dépense qui en vaut l’investissement.

MON CONCEPT DU JEU… (PARCE QUE MOI LES RÈGLES, JE LES CHANGE TOUJOURS UN PEU)

Jenga est généralement un jeu qui s’adresse aux 6 ans et plus donc je le trouve parfait pour les jeunes d’âge scolaire qui aiment les défis. Parce qu’on s’entend, apprendre c’est cool, mais c’est encore mieux quand on peut y ajouter une petite touche de « challenge ». Pour ma part, j’aime particulièrement le Jenga Throw N’Goqui comporte différentes couleurs. J’aime beaucoup l’utiliser et associer une couleur à une question X, une autre à une question Y et la troisième à un point bonus par exemple. Ainsi, si l’enfant roule le dé et tombe sur une couleur, il doit répondre correctement à la question pour avoir le droit de retirer le bloc. J’ai aussi le Jenga classique que j’ai verni pour pouvoir écrire à ma guise sur les blocs avec des crayons effaçables à sec et ainsi m’ouvrir sur un monde de possibilités d’apprentissages par le jeu.

Ce qu’il est important de savoir quand on utilise des jeux classiques, c’est qu’à partir du moment où on tient mordicus à respecter les règles établies, l’intérêt pour le jeu diminue assez vite merci! Du moins c’est mon cas à moi (et aux jeunes avec qui je travaille également). Vous comprendrez donc bien vite que je ne joue à peu près jamais selon les règles classiques. Je préfère adapter le jeu selon les capacités de l’enfant avec qui je l’utilise pour qu’on en retire le maximum de plaisir et ainsi rendre l’apprentissage encore plus puissant. Par exemple, au lieu de remettre le morceau sur le dessus de la tour, comme il se devrait, on fait un concours de celui qui accumule le plus de blocs avant que la tour ne s’écroule. Vous pourriez vous amuser à enlever chacun un bloc en même temps, à ne jouer qu’à une main, etc. Bref, les règles ce sont vous qui les créez et pourquoi pas les créer avec votre enfant. Vous allez travailler son discours explicatif du même coup, car il devra vous expliquer les règles qu’il a choisi d’établir.

UNE TOUR DE VARIANTES POSSIBLES…

Si vous avez le jeu Jenga à la maison (ou si je vous ai convaincu de vous le procurer), je vous propose une liste de variantes possibles que vous pouvez faire avec votre jeune pour travailler les leçons et devoirs tout en vous amusant!

Avec le Jenga Throw N’Go…

  • Vous pourriez assigner une couleur à épeler le mot et l’autre couleur à l’écrire par exemple. La troisième couleur pourrait être de faire épeler le mot à l’adversaire. Si l’enfant épelle ou écrit correctement le mot, alors il garde le bloc (point).
  • Toujours en assignant une couleur, pour travailler l’élaboration du vocabulaire, vous pourriez utiliser une couleur pour donner un synonyme d’un mot X, l’autre couleur pour donner un antonyme et la troisième couleur pour faire une phrase avec le mot en question.
  • On peut aussi utiliser ce jeu pour travailler les conjugaisons en assignant un temps de verbe à une couleur. On réussit, on garde le point. On échoue, l’autre a un droit de réplique et donc une chance de « voler » notre point.
  • Votre enfant a plus de difficulté avec ses calculs? Pourquoi ne pas en profiter également : couleur A = addition, couleur B = soustraction, couleur C = tu lances une addition ou soustraction à l’adversaire.


Avec le Jenga classique…

  • Vous pouvez en profiter pour réviser des concepts de science par exemple en les écrivant sur des blocs et lorsqu’on pige un bloc pour pouvoir le garder, on doit expliquer ce que signifie ce mot/concept (ça se prête bien aussi pour travailler les fameuses dates à retenir en histoire).
  • À l’inverse, vous pouvez aussi ajouter des blocs où vous inscrivez une définition et cette fois-ci, l’enfant doit nommer le concept associé.
  • Pour les mathématiques, c’est sensiblement la même chose. Inscrivez différents calculs mentaux que l’enfant doit apprendre en leçon sur les blocs. Pour garder un bloc, il faut pouvoir donner la bonne réponse.

(Petite note : si vous inscrivez sur les blocs, je vous conseille de les placer face cachée lorsque vous montez la tour. De cette façon, l’enfant ne saura pas sur quelle question il tombera et n’aura pas l’occasion de la choisir d’avance).

Bref, de belles idées de jeu à adapter avec un seul jeu pour vous amuser (et apprendre) pendant un petit moment!


Bon Jenga!